Régions

Tourisme: L’Oriental cherche toujours son modèle

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5249 Le 11/04/2018 | Partager
Tout baser sur une seule station balnéaire, un fiasco qui coûte cher
Saïdia devrait être un produit touristique parmi d’autres (arrière-pays, histoire, culture...)
Soutien des projets porteurs et masse critique litière indispensable pour relever le pari
tourisme-oriental-049.jpg

L’offre en infrastructures d’accueil s’est renforcée en 2017 par deux nouvelles unités. Une troisième est programmée pour cet été (Ph A.K)

Rendre la destination visible à l’échelle nationale et internationale est un objectif à atteindre au plus vite pour faire du tourisme un levier de croissance dans l’Oriental. Les grands espoirs qui ont accompagné l’inauguration de la station balnéaire de Saïdia en 2009 ne sont pas tous concrétisés. Certaines actions ont marqué le tournant (infrastructures et équipements de base).

D’autres continuent à «battre de l’aile». Le cas des plages de Saïdia et Ras el Ma est typique. Au lieu qu’elles soient valorisées, elles ont subi une dégradation de leur environnement naturel. Les constructions en béton (cafés, restaurants) leur ont porté le coup de grâce. A tel point que les citoyens doivent faire des kilomètres pour jouir d’un moment de détente.

Pourtant, la région dispose d’un important potentiel touristique: patrimoine historique, architectural, folklorique, gastronomique, artistique et culturel. Son littoral méditerranéen est l’un des plus beaux de la rive méditerranéenne et longe un environnement naturel, attractif et diversifié.

Talon d’Achille du secteur, l’activité touristique ne bénéficie pas encore à la population locale. Elle n’est pas arrivée à assurer les 48.000 emplois directs et 40.000 indirects prévus lors du lancement du plan Azur. L’offre actuelle est essentiellement liée au tourisme balnéaire et à la problématique de la saisonnalité. C’est le cas pour la station balnéaire de Saïdia, appelée à réussir sa mission de locomotive de croissance régionale.

Le secteur nécessite plus d’efforts pour atteindre son rythme de croisière: faible capacité d’accueil (exception faite pour Saïdia), absence de toute promotion percutante de la région, aucune feuille de route n’a été réalisée pour développer l’arrière-pays, faible accompagnement pour les deux stations (Marchica et Saïdia), absence de programmation pour la promotion du train du désert et valorisation des gîtes.

Même sur le plan des ressources humaines, la région est handicapée. Elle ne dispose que de deux guides touristiques avec une population qui ne maîtrise pas les astuces nécessaires pour profiter des atouts existants. 

En 2010, le secteur s’est doté d’une stratégie ambitieuse pour redynamiser le tourisme international et national. Un programme ambitieux allait être lancé. Ironie du sort, il n’a pas été suivi par l’ensemble des intervenants. «La promotion du tourisme n’est pas du seul ressort du département de tutelle», souligne Amine Abdellaoui, directeur régional du tourisme. Malgré les efforts fournis (vision 2020), l’attractivité de l’offre et la performance restent encore limitées.

Compte tenu du poids économique du tourisme et de son importance en termes de création d’emplois, le département du Tourisme a mis plusieurs programmes pour relancer la dynamique touristique avec 4 objectifs majeurs, ajoute Abdellaoui: susciter et soutenir les projets viables et commercialisables générant la création d’emplois et de la valeur ajoutée, mise en valeur des richesses régionales, accroissement de la notoriété de la région, prolongation de la durée de séjour des touristes.

tourisme_049.jpg

En matière de promotion, le Conseil régional du tourisme de l’Oriental a signé un accord-cadre avec l’ONMT pour promouvoir la destination. Cet accord vise à renforcer les plans marketings et mutualiser les réflexions et les moyens relatifs à la promotion de la destination.

Dans ce cadre, plusieurs actions ont été lancées, telle la réalisation d’un film sur les potentialités touristiques de la région, élaboration d’un guide sur l’Oriental en 4 langues, réalisation de visuels de la région et le référencement d’un site web régional de l’Oriental en 5 versions linguistiques.

Dans le sillage, des antennes, des points d’informations touristiques et kiosques pour les produits du terroir (aéroport Nador El Aroui, port de Nador, marina de Saïdia, aéroport Oujda Angad) sont opérationnels. Pour réaliser ce travail, le CRT a bénéficié de 400 millions de DH de subvention du Conseil régional de l’Oriental. «Nous avons également défini des plans d’action détaillés pour chaque province de la région construits autour d’axes porteurs.

C’est le cas pour les provinces de Berkane et Driouch. Deux provinces côtières avec des arrière-pays aux multiples atouts», rapporte Youssef Zaki, président du CRT. Et d’ajouter, «l’Oriental est vaste et ses provinces du Sud (Figuig et Jerada) regorgent de sites inexploités et nécessitent l’engagement de tous les intervenants pour diversifier l’offre.

Ce que compte faire la SDS

Pour son actuel programme d’investissement, la Société de développement de Saïdia (SDS) a débloqué 1,6 milliard de DH visant la mise à niveau des infrastructures et le développement de la capacité hôtelière de la station. Le but est d’augmenter la capacité d’accueil et d’hébergement, de créer une offre complète et homogène autour de la marina et du golf, de valoriser la composante animation et d’améliorer le standing et l’image de la station.
Un programme offrira à terme 1.962 nouveaux lits hôteliers:
• 1 hôtel 5 étoiles de 794 lits, ouvert en juillet 2017 et géré par Melia
• 1 hôtel-club 1re catégorie de 400 lits, ouvert en juin 2017 et géré par Melia
• 1 résidence hôtelière 1re catégorie 768 lits, qui ouvrira en 2018 sous la gestion de Melia
• 1 aquaparc de 7 ha, prévu pour mai 2018
• 1 golf de 82 ha et son club house, qui ouvriront cette année
• 1 parcelle résidentielle mixte de 174 unités, dont la livraison des premières unités se fera à partir du 4e trimestre 2018.

                                                                             

Trop de all inclusive tue les initiatives

tourisme-oriental-2-049.jpg

La ville de Saïdia et la station balnéaire ne disposent que d’une unité d’animation nocturne qui n’arrive pas à répondre à une demande de plus en plus accrue (Ph A.K)

L’offre touristique de la région est exclusivement concentrée sur le «all inclusive» avec une faible animation et peu de loisirs. Quittant rarement l’hôtel, la clientèle actuelle devient plus sédentaire et donc moins interactive (clientèle souhaitant une culture d’expérience).

De fait, la marge de progression de captation d’une clientèle additionnelle est faible malgré la richesse du potentiel existant au niveau de l’arrière-pays. Le produit touristique se caractérise également par une demande quasi stagnante avec 240.000 touristes et 550.000 nuitées (une moyenne de 3 nuitées par personne). Quant aux TO, ils assurent 49% de la demande.

Ceci dit, l’offre d’hébergement est en croissance (avec 11.000 lits sur la région) même s’il n’a pas atteint la taille critique suffisante pour booster le PIB régional (21.000 lits). C’est ce que préconise le contrat-programme réalisé à cet effet. Les campagnes promotionnelles ciblent essentiellement le segment «familles» et une clientèle internationale constituée de Portugais, Espagnols, Slovaques et Tchèques. Ce qui nécessite une ouverture plus percutante et vaste à l’international. 

De notre correspondant permanent, Ali KHARROUBI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc