Société

Héritage: L’égalité, une notion «récente»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5194 Le 24/01/2018 | Partager
Au Maroc, les résistances sont toujours fortes
Un processus lent qui s’étale sur plusieurs générations
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Pour la majorité, l’égalité hommes/femmes en héritage est juste inconcevable. Malgré l’injustice subie par les héritières, et la mobilisation de la société civile, aucun débat officiel sur la question n’a été ouvert 

Avancer que le Coran a été injuste avec les femmes relèverait du simplisme. A l’époque de sa révélation, le Livre saint s’apparentait à une véritable révolution. Grâce à lui, les femmes, qui pouvaient elles-mêmes se transformer en objet à hériter, ont eu droit à une part dans la succession. Une part qui correspondait à une configuration sociétale où les hommes avaient pour obligation de prendre en charge et de protéger les femmes de leur famille élargie, voire de leur tribu.

«L’égalité est une notion récente dans l’histoire de l’humanité, qui date de l’époque de la renaissance, et qui a du mal à s’intégrer dans toutes les sociétés», nuance le sociologue Jamal Khalil. «L’intégration de ce concept est un processus lent. Il peut prendre plusieurs générations. C’est généralement le cas des relations socioculturelles», poursuit-il.

Dans les sociétés arabo-musulmanes, le concept continue de faire face à de farouches résistances. L’autorité religieuse, qui a de tout temps été masculine, pour sa part, continue de défendre le schéma inégalitaire de la succession. Le Maroc a, cependant, cette particularité que l’on ne retrouve pas ailleurs, une commanderie des croyants à même de jouer un rôle décisif. Encore faut-il que le public soit prêt au changement.

Pour Khalil, il existe quatre postures face à l’héritage. La première, masculine, consiste à légitimer la position inégalitaire, et à rejeter toute autre. «L’idéal typique de cette posture serait que la femme n’hérite de rien. Même l’injonction coranique lui donnant droit à la moitié de la part de l’homme n’est pas appliquée. Les femmes dans ce cas sont exhérédées.

C’est-à-dire qu’elles héritent, mais sans rien obtenir concrètement», explique le sociologue. C’est le cas avec les habous privés (interdits en 2010), un subterfuge mettant les biens fonciers au bénéfice des seuls hommes de la famille. Ou encore les terres collectives, excluant les femmes descendantes (Soulaliyates).     
La seconde posture est celles des femmes qui, pour préserver les relations familiales et continuer à bénéficier de la protection de leurs frères ou oncles, acceptent l’injustice.

Au Maroc, nous sommes toujours en plein dans ces deux configurations, puisque 75% des hommes et 64% femmes continuent de rejeter l’égalité dans l’héritage, selon la dernière enquête de L’Economiste-Sunergia (voir page 2). Deux attitudes récentes se sont rajoutées: des héritières qui contestent l’iniquité et réclament leur dû.

«Cette prise de parole inhabituelle implique forcément des conflits», fait remarquer Khalil. Et des hommes et femmes cherchant ensemble une solution. Cela dit, les femmes revendiquant l’égalité seraient-elles prêtes à abandonner, une fois pour toutes, la prise en charge masculine, et à s’affranchir de toute tutelle?

 

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