Culture

Louvre Abu Dhabi: Une visite guidée à travers l’histoire de l’humanité

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5151 Le 20/11/2017 | Partager
Un chef-d’œuvre architectural pour un musée universel
600 œuvres majeures dont 300 prêtées par la France
Un concept révolutionnaire de la muséographie
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Le bâtiment conçu par l’architecte français Jean Nouvel semble flotter miraculeusement sur les eaux opalines du Golfe persique (Ph. ABo)

Direction Abu Dhabi, la ville émiratie qui malgré quelques excès architecturaux, a su garder une dimension humaine par rapport à son extravagante voisine Dubaï. A l’entrée de la cité, sur l’île de Saâdiyat, une double avenue, pavée de marbre blanc et bordée de palmiers, offre une très belle perspective à l’emblématique bâtiment qui abrite le tout nouveau musée du Louvre-Abu Dhabi, ouvert au public depuis le 11 novembre.

L’œuvre signée de l’architecte français Jean Nouvel, présente un enchevêtrement de cubes d’une blancheur immaculée qui semblent flotter comme par magie sur les eaux opalines du golfe persique. Le tout supportant un gigantesque dôme en acier de 180m de diamètre, constitué de quelque 7.850 étoiles provoquant une pluie de lumière qui frappe le sol et les murs dotant l’ensemble d’une atmosphère étonnante et irréelle.

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L’entrelacs d’acier du plafond, fait d’une superposition de huit couches d’inox et d’aluminium ajourés, jouant avec l’ombre et la lumière, jette une pluie de lumière sur le sol et les murs du bâtiment (Ph. ABo)

L’entrelacs d’acier du plafond, fait d’une superposition de huit couches d’inox et d’aluminium ajourés, jouant avec l’ombre et la lumière rappelle la façade de l’Institut du Monde Arabe, réalisée par le même architecte en 1987 et dont la structure de moucharabieh tient tout autant de la délicatesse d’un mécanisme d’horlogerie et de la sophistication d’une mosaïque. L’intérieur du musée, n’est que lumière, ombre, géométrie, mouvements et découvertes.

Simulant une véritable «médina», constituée d’une trentaine de bâtiments le long d’une promenade, comme autant de quartiers d’une ville arabe, l’édifice est traversé de ruelles et de passages singuliers. Les plafonds à hauteurs variables donnent à voir plusieurs façades, toutes différentes, dotées d’ouvertures laissant passer tantôt une lumière franche tantôt indirecte.

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Sur l’une des façades du musée, gravée, le texte de la «Moqadimat» de Ibn Khaldoun, témoigne de l’apport du savant marocain à l’histoire de l’humanité (Ph. ABo)

Le choix de traiter la lumière, comme une matière à part entière, atténuant les frontières entre l’intérieur et l’extérieur, évoque le travail d’un certain Le Corbusier, dans son discret chef-d’œuvre, la chapelle de Ronchamp, 60 ans plus tôt. Un monumental écrin pour un musée qui a pour ambition de raconter l’histoire de l’humanité. Car c’est en véritable musée universel que se positionne le musée qui a fait rentrer l’institution (le Louvre) multi centenaire de plein pied dans le 21e siècle.

Dès la première salle, le ton est donné. Celui de privilégier le comparatisme universel, à la départementalisation de rigueur dans les grands musées. En effet, que ce soit au Métropolitain Museum à New York, au British de Londres ou même au Louvre à Paris, les civilisations égyptienne, sumérienne, grecque antique ou africaine, sont présentées dans des départements bien distincts.

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Le musée compte actuellement 600 œuvres majeures dont 300 de la collection permanente acquise par le Louvre Abu Dhabi et 300 prêtées par les institutions françaises (Ph. ABo)

L’équipe scientifique du Louvre Abu Dhabi a donc fait le pari audacieux de décloisonner les civilisations, en les mettant face à face pour interpeller le visiteur sur le jeu des métissages et des influences mutuelles entre les civilisations. Plus qu’un parcours chronologique, c’est un véritable dialogue partant de la préhistoire à nos jours et présentant des œuvres de toutes les cultures et les civilisations que propose le Louvre Abu Dhabi.

Dès la première salle, d’une élégante sobriété, baptisée «Prologue», le visiteur se trouve devant 3 masques funéraires en or datant de la fin de la préhistoire, l’un précolombien, le deuxième africain et le troisième asiatique, nous interpellant sur la similitude des rapports qu’ont entretenu des civilisations éloignées face à la mort.

Plus loin, ce sont deux sculptures africaines, la première représentant la «Maternité Yombe» originaire du Congo, la deuxième un «Gardien de reliquaire Fang» du Gabon qui côtoient des sculptures assyriennes, chinoises ou gothiques. Le principe ayant commandé la scénographie étant toujours le comparatisme universel, les œuvres ont été associées pour les raisons thématiques  à la maternité et la prière.

La naissance des grands empires donne également lieu à des confrontations scénographiques entre des civilisations éloignées: indiennes, chinoises, américaines, africaines ou européennes. Des statues de la Grèce antique, côtoient des divinités chinoises ou des guerriers Mayas. Des empires qui ont également permis la naissance des religions universelles particulièrement le Bouddhisme, l’Islam et le Christianisme.

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La première salle du musée intitulée «Prologue» donne le ton quant au choix de la direction scientifique de privilégier le concept de comparatisme universel

L’exposition tient à souligner non seulement ce qui les différencie mais également ce qui les unit, particulièrement leur tendance à l’universalité, leur rapport à la lumière (source divine), ainsi que la notion de transhumance qui a toujours accompagné les religions.

C’est ainsi que le visiteur peut admirer dans la même pièce, un texte de Thora manuscrit originaire du Yémen datant du 15e siècle côtoyant un  feuillet du Coran «Bleu»  de Kairouan datant du début du 10e siècle et devant son nom à sa teinture à l’indigo et une Bible gothique, comme une réunion œcuménique traversant les âges.

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Mounir Fatmi, le plus international des artistes contemporains marocains a trouvé une place de choix dans le musée du Louvre Abu Dhabi (Ph. ABo)

Le visiteur peut ainsi passer d’une section à l’autre à travers les 23 galeries réparties en quatre ailes, pour découvrir 12 thèmes universels choisis par les conservateurs.  L’institution dispose aujourd’hui de quelque 600 œuvres majeures: 300 appartenant à la collection permanente acquise par le Louvre Abu Dhabi et 300 autres prêtées par différentes institutions françaises, dont quelques chefs-d’œuvre universels comme la Belle Ferronnière de Vinci, l’autoportrait de Van Gogh, Bonaparte franchissant les Alpes de Jacques Louis David, ou le Joueur de fifre de Manet.

L’histoire de l’humanité se poursuit, comme un voyage qui mène le visiteur à travers des civilisations éloignées, mais guidées par les mêmes aspirations, démontrant qu’en tous temps et tous lieux, les humains ont créé pour satisfaire les mêmes désirs et conjurer les mêmes angoisses, propres à leur espèce. La visite se termine par la galerie abritant quelques-unes des œuvres d’artistes majeures de l’art contemporain, pour comprendre que les questions qui ont de tout temps taraudé les artistes restent cruellement d’actualité.

Né dans la douleur

Initialement prévue fin 2012, l’inauguration du Louvre Abu Dhabi a finalement eu lieu le 11 novembre. Le projet est né d’un accord intergouvernemental signé en 2007 entre Paris et Abu Dhabi. D’une durée de 30 ans, il prévoit que la France apporte son expertise, prête des œuvres d’art et organise des expositions temporaires. Le tout en échange de la modique somme de 1 milliard d’euros. Sur ce total, la seule concession du nom du Louvre jusqu’en 2037 rapporte au musée parisien 400 millions d’euros. La construction du musée, un contrat estimé initialement à 654 millions de dollars, a été financée par Abu Dhabi en sus de l’accord de coopération. Le lancement du projet avait été suivi par une controverse en France sur la «marchandisation» de la culture française en général et la marque du musée parisien en particulier. «Les musées ne sont pas à vendre!», s’indignaient un collectif d’intellectuels, dans une tribune du quotidien Le Monde.
La question du transport, de la conservation et de la sécurité des chefs-d’œuvre a suscité des inquiétudes chez les spécialistes. En février 2015, l’association Human Rights Watch pointe du doigt le traitement infligé aux travailleurs étrangers œuvrant sur le chantier du Louvre. Rétention des salaires, confiscation des passeports, attribution de logements précaires…

De notre envoyé spécial à Dubaï, Amine BOUSHABA

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