Société

Fresco, l’ingénieur-philosophe qui n’a pas fréquenté l’école

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5151 Le 20/11/2017 | Partager
«Pour changer le comportement, changer l’environnement»
La technologie pour améliorer la vie sociale et créer l’abondance
La rareté des ressources à l’origine de la violence et de la pauvreté
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«Si vous enlevez le profit à la guerre, elle n’existera plus. Pourquoi pensez-vous que nous allons chez les autres, pour la démocratie? Nous y allons pour les ressources ou pour d’autres besoins», Jacque Fresco (Ph. J.F.)

«La grande dépression m’a aidé à éveiller ma conscience sociale. Durant cette période, j’ai constaté que la terre était la même, les ressources étaient intactes, mais les gens n’avaient pas de monnaie pour acheter les produits. A ce moment, j’ai sentis que nos règles étaient obsolètes et inefficientes». Jacque Fresco est né en mars 1916 à Brooklyn et mort en 2017 à l’âge de 101 ans.

Il a vécu la crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale, l’avènement et la chute du communisme…Toute l’histoire contemporaine. C’est un ingénieur, économiste et philosophe, mais qui n’est pas allé à l’école. Il n’était pas intéressé par le système scolaire qu’il a quitté à un âge précoce. L’Américain a plutôt préféré fréquenter assidûment la bibliothèque. Il effectuait également des travaux expérimentaux à la maison.

Dès l’âge de 13 ans, le prodige a conçu un ventilateur en caoutchouc après la blessure d’un membre de sa famille par un ventilateur métallique. «Ma conception n’a pas intéressé les entreprises, peu après, le produit a été commercialisé. C’est de cette manière que j’ai été introduit au libre marché», raconte-t-il dans une interview. 

Fresco a travaillé en tant qu’ingénieur pour plusieurs firmes ainsi que pour l’armée américaine, pour laquelle il concevait notamment des avions. Plusieurs de ses inventions sont largement commercialisées. Il a par exemple conçu des systèmes pour réduire le bruit et la pollution des avions, du matériel expérimental pour la science comportementale, des bâtiments industriels préfabriqués… En 1956, il prédit qu’il y aura des voitures roulant sans pilote et qui ont des détecteurs qui diminuent le risque de collision, la voiture Google.

Sa plus grande réalisation est cependant l’Economie Basée sur les Ressources. Ce système est le fruit de 75 ans de recherche et de réflexion. L’économie basée sur les ressources est «un système socio-économique qui utilise la science et la technologie d’aujourd’hui pour produire l’abondance pour tous, sans monnaie, troc, dette, crédit ou servitude». On ne parle pas ici d’une économie qui permet juste de subvenir aux besoins fondamentaux, mais d’une société prospère hautement avancée qui garantit à chaque individu un très haut niveau de vie.

Le raisonnement de Fresco part du principe que la violence, la pauvreté, la jalousie, l’avidité, etc. sont des comportements générés par la rareté. «Imaginez que l’or commence à pleuvoir. Les gens vont s’y ruer le premier jour, ils n’y prêteront pas attention le lendemain, le troisième jour on va commencer à dégager l’or des portes, et jeter l’anneau qu’on a dans le doigt», explique-t-il. Le philosophe rejette donc la notion de «nature humaine». Nous ne somme pas nés avec l’avidité, la haine, la bigoterie… nos comportements ne font que refléter notre entourage. Pour changer le comportement, il faut changer l’environnement.

Fresco fait un second constat: nous avons pour la première fois dans l’histoire la possibilité d’en finir avec la rareté à condition d’utiliser la technologie. Il a réalisé que la science se développe à très grande vitesse, mais que les systèmes sociaux stagnent. Le scientifique élabore alors un mode d’organisation qui se base sur les ressources disponibles et non sur la monnaie.

«Vous ne pouvez pas manger de la monnaie»

L’Idée peut paraître farfelue à première vue, mais elle part d’un constat très simple: «Nous avons assez de ressources pour créer l’abondance, à condition d’adopter une gestion intelligente. Nous n’avons cependant même pas assez de monnaie pour fournir un habitat pour tout le monde», analyse Jacque Fresco.  Pour cet économiste, le rationnement des ressources à travers le contrôle monétaire n’est pas seulement obsolète, mais contre-productif quant à la survie même de l’espèce. Il donne l’exemple d’une pratique bien connue dans le capitalisme: «L’obsolescence programmée». Pour que le système puisse continuer de fonctionner, la population doit poursuivre sa consommation. «Les innovateurs vont dans les meilleures écoles et sont sollicités après pour la  conception de biens qui cessent de marcher à la date prévue». De cette pratique résulte un immense gaspillage de ressources et d’énergie. «Nous sommes en train de piller la planète pour du profit. Les individus ne veulent pas de l’emploi, ils veulent l’accès à ce qu’offre le salaire. La monnaie ne représente rien de réel. Elle ne se base ni sur de l’or, ni de l’argent ni sur n’importe quelle autre ressource. Vous ne pouvez pas manger de la monnaie ou construire une maison avec. Ce n’est même pas lié à notre capacité réelle à produire des biens et services. Le système monétaire a été inventé il y a des siècles, et nous continuons de l’utiliser sans poser de questions».

 

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