Analyse

Pommier: La culture menacée par le stress hydrique

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5143 Le 08/11/2017 | Partager
Une production de qualité exige une irrigation régulière
Menace de sécheresse sur les nappes phréatiques
Alerte sur la vulnérabilité au réchauffement climatique
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Au Maroc, la pomme Golden est la plus cultivée puisqu’elle représente plus de la moitié de la production nationale. Son succès vient de sa capacité à répondre au goût des consommateurs et aux exigences des producteurs (Ph. YSA)

Le secteur des rosacées fruitières occupe une place de choix au niveau de la Région Fès-Meknès. Celle-ci contribue pour une part importante dans la production nationale, à savoir 80% pour les cerises, 66% pour les prunes et 40% pour les amandes.

Ainsi, dans le but d’appuyer les arboriculteurs de la région et cibler ces filières phares, le Département de l’Agriculture soutient une série de rencontres sur les filières des cerises, prunes, amandes et pommes. Ces manifestations abordent à la fois l’itinéraire technique des cultures et la valorisation de la production.

Concernant le premier volet, la Région Fès-Meknès est pionnière dans la production des plants fruitiers. L’introduction de cette technique dans la vallée de Tigrigra remonte aux années 1930. Aujourd’hui, cette vallée est réputée à l’échelle nationale pour sa production de plants fruitiers de rosacées à pépins et à noyaux.

La production de plants de rosacées fruitières dans la plaine de Tigrigra, située à l’ouest de la municipalité d’Azrou, oscille entre 5 millions et 7 millions de plants selon les années, ce qui représente 60% environ de la production nationale de rosacées. Les principales espèces produites demeurent l’amandier (30%), le pommier (20%), le prunier (11%), le pêcher (7%) et le cerisier (5%).

«Les plants les plus demandés sont ceux du pommier. Celui-ci est rentable dès la 3e année», affirme-t-on auprès de la DPA. Et d’ajouter: «Pour ce qui est des besoins en eau, deux systèmes d’irrigation sont adoptés, à savoir l’irrigation gravitaire et le goutte-à-goutte». La province d’Ifrane est considérée comme le château du Maroc.

Toutefois, cette zone n’est pas épargnée du stress hydrique quand les pluies manquent. Car, pour produire une pomme de qualité, l’irrigation régulière est obligatoire. Pour y remédier, les exploitations puisent dans la nappe phréatique. Résultat: celle-ci est menacée. Il en est de même pour les rivières et lacs avoisinants (Aoua, AnalyseHechlaf, Iffer, Ifrah…).

Face à cette situation, les experts alertent quant à l’assèchement des zones de production et la vulnérabilité du pommier au réchauffement climatique. Pour eux, «le manque des précipitations hivernales et la montée des températures peuvent engendrer des risques en termes de production (qualité et quantité)».

■ Dayet Aoua est complètement à sec

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En ce mois de novembre, le lac de Dayet Aoua, vieux de 90 ans, est complètement à sec. (Et l’hôtel du lac est mis en vente). Si certains accusent la faiblesse de la pluviométrie de ces dernières années ainsi que les infiltrations, d’autres évoquent une forte exploitation de la nappe par les vergers mitoyens. Pourtant, c’est ici que la meilleure des pommes de la région est produite. «Les pomiculteurs ont été subventionnés pour se doter des bons plants. Ils ont également investi dans un dispositif de lutte contre la grêle et le gel», souligne Abdelkader El Machhouri, DPA. Par ailleurs, pas moins de 14 grands frigos sont recensés au niveau de la province d’Ifrane. Le plus emblématique est celui des fermes Chaouni dont les exploitations produisent des pommes de qualité, de variétés différentes, et distribuées un peu partout au Maroc (Casablanca, Berkane, Oujda, Rabat, Agadir, Tétouan, Marrakech et Fès). Dotée d’une véritable chaîne de valorisation, l’unité Chaouni (Dayt Aoua) comprend la production, le tri des calibres (de 14 à 34), la distribution et la commercialisation. Il faut compter entre 7 et 13,5 DH/le kilo, selon le taille de la pomme (de 14 à 32). «Les calibres inférieurs à 14 de la variété Golden sont vendus en vrac à 6,5 DH le kilo». Pas question de brader les prix comme le font les petits pomiculteurs. Ces derniers vendent leurs récoltes à des «prix dérisoires: entre 2,5 et 3 DH/kg». «Certainement, leur pomme sera revendue beaucoup plus cher et tout le bénéfice ira aux intermédiaires», déplore Hamza Benabdallah, un petit exploitant. Et de conclure: «La filière pomme est à la croisée des chemins: entre le pari de valorisation et le défi de commercialisation».

■ Golden delicious vs Starking delicious

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La Golden delicious est la variété la plus cultivée au Maroc. C’est une pomme bien en chair avec un arôme fruité de banane et une robe jaune très populaire dans le monde entier. Bien qu’elle soit exigeante en froid (au minimum un cumul de 1.000 heures par an), cette variété possède une certaine souplesse d’adaptation lui permettant d’être cultivée dans différentes situations avec cependant des performances inégales. Sa rivale est la «Starking delicious». Cette variété est cultivée, au Maroc, en association avec la Golden. Elle contribue à près de 14% de la production nationale.

■ Les petits pomiculteurs en majorité
Selon le Département de l’Agriculture, le nombre de pomiculteurs est de près de 40.000 dont près de 79% ont des vergers de très petite taille de moins d’un ha. Les vergers de taille inférieure à 3 ha représentent 94% des exploitations et exploitent 46% de la superficie totale du pommier, avec une superficie moyenne par verger de 0,8 ha. Le pommier est conduit en irrigué. Près de 99% de la superficie plantée est irriguée contre 1% seulement en bour. Le mode d’irrigation le plus utilisé reste l’irrigation gravitaire avec 61% de la superficie contre 39% pour le système d’irrigation localisée. «Le pommier permet de valoriser le sol et les terrains chétifs de montagne», affirme Abdelkader El Machhouri, DPA d’Ifrane. En plus, la durée de vie de cet arbre est estimée à 100 ans. Notons que le verger national du pommier est considéré comme assez équilibré. En effet, près de 24% de la superficie plantée a un âge inférieur à cinq ans, alors que les plantations âgées ayant dépassé 25 ans ne représentent que 14% de la superficie totale.

 

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