Analyse

Pommier: Fès-Meknès, un champion régional

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5143 Le 08/11/2017 | Partager
La région concentre près de la moitié de la production nationale
3 millions de journées de travail, 10 milliards de DH de CA
Forte valeur ajoutée, adaptation au climat, appui du PMV… les clés du succès
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Après un pic d’importation de pommes enregistré en 2009 et 2010 avec plus de 14.000 tonnes, un recul des quantités importées est observé depuis cette date. En 2013, les importations marocaines de pommes sont estimées à 7.200 t, principalement en provenance d’Italie (58%) et de France (17%). En termes de valeur, ces importations sont évaluées à 43 millions de DH

L’histoire des pommiers au Maroc remonte à loin. Dès les années 1920, plus précisément, date à laquelle les premières plantations de pommiers ont été installées sur la base de variétés espagnoles ayant un faible besoin en froid. Cette culture à haute valeur ajoutée occupe aujourd’hui plus de 49.000 hectares et se place au 2e rang au niveau des rosacées fruitières avec 20% de leur superficie totale.

C’est dans la Région Fès-Meknès que s’effectue le plus gros de la production des pommes au Maroc. C’est aussi la Région qui tire la plus grande partie de la manne apportée par la culture de la pomme. Elle concentre plus de 30% de la production nationale et 31% des superficies cultivées du pays.

La production régionale a atteint 354.268 tonnes (campagne 2015/2016) sur une superficie de 15.700 ha. Les zones de production les plus importantes sont localisées dans les altitudes du Haut et du Moyen Atlas. «La répartition de la superficie montre que la province d’Ifrane occupe la 1re place au niveau régional avec 45%, suivie par la province de Sefrou avec 28% de la superficie, puis viennent respectivement El Hajeb et Boulemane», déclare Abdelkader El Machhouri, Directeur provincial de l’Agriculture (DPA) à Ifrane. Les premiers vergers commerciaux ont été développés en zones de montagne, à Khénifra, El Hajeb, Sefrou, Midelt, Meknès, et Ifrane.

Dans ces localités, les conditions climatiques sont favorables au développement et à la fructification de cette espèce. «Grâce au Plan Maroc Vert (PMV) et des initiatives privées, cette filière a connu un développement important durant les dix dernières années. Les subventions octroyées par le Département de l’Agriculture dans le cadre du Fonds de Développement Agricole (FDA) et du PMV ont stimulé cette culture au point que les superficies récoltées au niveau de la province d’Ifrane ont triplé», explique El Machhouri. Et de poursuivre: «Le pommier occupe près de 8.000 ha au niveau de la vallée de Tigrigra (près d’Azrou) et Dayet Aoua (entre Imouzzer et Ifrane)».

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L’exportation de pommes au Maroc est très récente, elle a commencé en 2009. Les quantités exportées sont très faibles, autour de 200 tonnes par an et commercialisées notamment sur le marché français (64 t) et le marché sénégalais (61 t). L’essentiel de la production est destiné au marché local

Dans ces localités à potentiel, des programmes diversifiés ont été mis en place en vue d’accompagner les pomiculteurs dans leurs efforts d’amélioration et de valorisation de leur production. Résultat: 10 ans après le lancement du PMV, la Région Fès-Meknès, et particulièrement la province d’Ifrane, concentre près de 38% de la production nationale de pommes et 34% des superficies cultivées du pays (48.671 ha).

«Au regard des bénéfices engendrés, plusieurs agriculteurs ont opté pour une reconversion. Si la culture des céréales leur garantissait un rendement de 1.200 DH/ha, avec la pomiculture, ils sont passés à plus de 150.000 DH/ha. C’est une culture à haute valeur ajoutée», souligne le DPA. Encore faut-il savoir que certains vergers atteignent une production record de 30 tonnes/ha. Ce n’est d’ailleurs pas fortuit si le festival de la pomme est tenu annuellement à Ifrane. La 6e édition, qui s’est déroulée les 21 et 22 octobre, était l’occasion de montrer les potentialités de la pomme.

Le festival a permis également de s’arrêter sur l’évolution et les performances réalisées par la filière depuis le lancement du PMV. «Aujourd’hui, le pommier crée plus de 3 millions de journées de travail. Le marché de cette filière se chiffre à plus de 10 milliards de DH. Je connais un petit pomiculteur (exploitant une superficie de 30 ha) qui vend sa récolte sur pied (dans l’arbre) à plus de 13 millions de DH», confie le DPA.

Une production moyenne de 17,8 t/ha

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 Abdelkader El Machhouri (Ph YSA)

Si, au niveau national, la production enregistrée au titre de la campagne agricole 2015-2016 a été de l’ordre de 687.000 tonnes, avec un rendement moyen de 17,8 t/ha. Pour la Région Fès-Meknès, l’on a dépassé les 340.000 tonnes, dont plus de 190.000 tonnes produites à Ifrane, avec des pics de rendement allant jusqu’à 30 t/ha. Pour la campagne 2016-2017, les cueillettes ont démarré en septembre pour prendre fin en novembre. Selon la DPA, la récolte de cette année est assez bonne et le pommier recule davantage vers l’altitude et la montagne. «Nous produisons de la pomme entre 800 et 1.800 mètres d’altitude. Cette culture est considérée parmi les filières les plus adaptées aux conditions édapho-climatiques. Elle constitue la principale source de revenus pour une large frange des petits et moyens agriculteurs», affirme Abdelkader El Machhouri...

                                                                

Appui aux pomiculteurs

Au Maroc, les pommes de Midelt et Imilchil ont été labellisées en 2014. L’effort de l’Etat ne s’arrête pas à une appellation d’origine ou à une simple indication géographique. Bien au contraire, le pommier bénéficie d’un appui et incitations de l’Etat dans le cadre du contrat-programme arboriculture fruitière conclu entre l’Etat et la Fédération de développement de l’arboriculture au Maroc (FEDAM) pour la période 2011-2020.

Celui-ci prévoit la mise à niveau et le développement de la filière axé notamment sur l’augmentation de la production, la promotion de la qualité et l’amélioration des conditions de valorisation, le développement de projets d’agrégation autour d’unités de valorisation et le renforcement de l’organisation professionnelle des différents maillons de la filière.

Celui-ci bénéficie également d’incitations financières dans le cadre du contrat-programme relatif au développement des industries agroalimentaires, signé entre le gouvernement et les opérateurs privés en avril 2017 sur la période 2017-2021.

 

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