International

Capital humain: La Banque mondiale lance le plus grand projet de son histoire

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5139 Le 01/11/2017 | Partager
L’institution en fait sa priorité pour les prochaines années
Une étude en cours sur les retombées des dépenses en éducation et santé
Les pays investissant le plus dans leurs RH engrangent 1,25 point de PIB supplémentaire!
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Dans les pays à haut revenu, le capital humain représente 65% de la richesse globale. Cette part est de seulement 40% dans les pays à faible revenu, dont le capital naturel continue d’être la principale locomotive de l’économie

C’est un changement total de paradigme que vient d’opérer la Banque mondiale. Après avoir longtemps donné la priorité au financement des infrastructures, l’institution prend la décision officielle de focaliser ses efforts sur le développement du capital humain.

«Auparavant, nous pensions qu’en aidant les pays à construire des infrastructures, nous encouragerons leur développement économique, et ce n’est qu’ensuite qu’ils auront les moyens d’investir dans les Hommes», a relevé son président, Jim Kim, le 14 octobre dernier à Washington, lors des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI.

Les dépenses en éducation et en santé étaient classées par la Banque dans la rubrique «charité». «Le lien entre ces dépenses et la création de richesses est aujourd’hui pour nous évident. Nous nous apprêtons donc à lancer l’un des projets de développement du capital humain les plus ambitieux et les plus agressifs de l’histoire, en encourageant les pays à mettre en place des programmes dédiés», avance Dr Kim. Ce lien sera encore plus fort à l’avenir, avec la digitalisation croissante de l’économie, nécessitant de plus gros investissements en compétences.

L’ex-président de l’université de Dartmouth (New Hampshire), médecin de formation, se dit préoccupé par la «crise de capital humain» que nous vivons: 155 millions d’enfants souffrant de retards de croissance, 400 millions de personnes n’ayant pas accès aux soins de santé et 100 millions qui basculent chaque année dans la pauvreté.

Pour l’heure, peu de détails filtrent sur ce grand projet. Mais la Banque a déjà commandé une étude auprès d’un groupe de chercheurs de l’université de Washington, qui travaillent également avec la fondation Bill Gates. L’idée est de prendre toutes les données de l’institution en matière d’éducation et de santé, et de les comparer avec la croissance économique sur les 25 dernières années. Les premiers résultats sont édifiants. Les 25% de pays qui investissent le plus dans ces deux secteurs gagnent chaque année 1,25 point de PIB supplémentaire par rapport à ceux qui dépensent le moins.

Ce travail débouchera sur un classement des pays, qui permettra aussi de mesurer la rapidité avec laquelle les Etats améliorent leurs indicateurs, et de renseigner sur leur situation future. «Il y a 10 ans, nous étions incapables de procéder à de pareilles analyses. Mais avec le développement de la technologie, nous n’avons pas d’excuse. Les chefs d’Etat et ministres des Finances jugeront ainsi de manière plus réaliste le coût de ne pas investir dans le capital humain», souligne Dr Kim.

Pour la Banque mondiale, à l’instar du FMI, dans cette conjoncture de reprise mondiale, c’est le bon moment pour les Etats de lancer des réformes renforçant leur résilience. A leur tête, celle de leurs ressources humaines. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de dépenser plus d’argent. De ce point de vue, le cas du Maroc est édifiant. Le pays fait partie de ceux qui dépensent le plus dans leur système éducatif et de santé (entre 5 et 7% du PIB, près de 6% pour la santé), sans résultats probants.

 

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