Culture

Festival des Andalousies d’Essaouira: Des «salam» et des «shalom» à l’unisson

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5137 Le 30/10/2017 | Partager
Une pléiade d’artistes de haut vol chante la paix
Essaouira, la ville qui se démarque
400 juifs, enfants du pays, ont fait le voyage
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Pour le concert d’ouverture du 14e Festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira, l’enfant de la cité, Abderrahim Souiri, qui a fêté ses 60 ans pour l’occasion, a chanté aux côtés du rabbin Haim Louk. Une première soirée faite de vers en arabe et en hébreu, qui a donné le ton de ce long week-end de festivités (Source: Soufiane Bouhali)

«Un concept, un engagement, une prise de position, qui fait l’éloge de la diversité». Pour la secrétaire générale de l’association Essaouira Mogador, initiatrice du Festival des Andalousies Atlantiques, Kaoutar Chakir Benamara, «l’esprit de ce rendez-vous automnal s’inspire d’un lieu et d’une époque ayant marqué l’histoire de l’humanité, l’âge d’or de la coexistence des trois religions du Livre».

En ce long week-end de festivités musicales et de débats, ils étaient près de 400 juifs originaires d’Essaouira à avoir fait le voyage. «C’est la première fois depuis plus de 50 ans, que la ville n’avait pas connu la présence d’autant de ses enfants», confie André Azoulay.

«Ici, nous refusons d’être amnésiques et restons en résistance. Nous revendiquons une histoire complète, entre les moments heureux et les pages noires. L’islam et le judaïsme ont à reprendre le fil de cette histoire, avec cette blessure d’une lourde liste de rendez-vous manqués de la paix» ajoute Azoulay. Il y a les mots, et il y a les actes. Et parfois ils vont de paire. Sur scène ou dans l’intimité de Dar Souiri, la musique a transcendé tous les espoirs.

Une première soirée d’anthologie portée par l’enfant de la cité, Abderrahim Souiri, qui a fêté ses 60 ans pour l’occasion, et Haim Louk, originaire d’Essaouira, qui officie comme cantor et rabbin dans la communauté marocaine Em Habanim de Los Angeles depuis 30 ans.

Ces deux personnalités étaient accompagnées par l’orchestre tétouanais de Mohamed Larbi Temsamani, dirigé par le maître Mohamed Amine El Akrami. Dans une salle pleine à craquer, un joyeux bazar de spectateurs qui oscillent entre émotion et enthousiasme. Tout ressemblait à une immense réunion de famille où certains de ses membres revenaient après une longue absence. Avant la clôture et les musiques Yiddish, Klezmer et Tzigane, une première, et le flamenco de Mercedes Ruiz, élue meilleure danseuse d’Espagne de l’année 2015, des moments suspendus.

Un concert inédit avec la star palestinienne Loubna Salama, qui a rendu hommage à la légendaire Oum Kalthoum, la «perle orientale» Raymonde El Bidaouiya accompagnée du violoniste Ahmed Cherkani ou, entre autres invités d’exception, le rabbin David Menahem, qui est également membre de la Coalition oecuménique pour la paix mondiale et le fondateur de l’association «Prier ensemble», qui rassemble juifs et musulmans.

Le Festival des Andalousies Atlantiques a aussi son pilier moral et intellectuel avec ses matinées colloques. Des rencontres où chacun y va de ses ressentis, entre respect et liberté de parole. «La capacité d’être ensemble sans en faire la démonstration bruyante», raconte Azoulay. En effet, ces moments de convivialité ouverts à tous sont autant d’enseignements et de partages de la pensée, en toute humilité, que l’on emporte avec soi comme un trésor.

Comme lorsque l’on écoute Houda Abu Arqoub, militante palestinienne de l’Alliance internationale pour la paix, l’une des initiatrices de la marche, main dans la main, de milliers de palestiniennes et israéliennes, en octobre dernier, dans l’Est de la Cisjordanie occupée. Née à Jérusalem, c’est la première fois que la militante venait au Maroc. «Je vais repartir avec le témoignage et l’exemple d’une coexistence possible et réussie ici à Essaouira» insiste-t-elle.

Même le rabbin Haim Louk en a fait l’éloge en témoignant avec malice que «si les 120 députés d’Israël étaient natifs d’Essaouira, la paix serait immédiate». Alors vivement que l’on ne s’étonne plus de cette coexistence. Vivement que l’esprit qui habite la ville des alizés ne soit plus célébré pour sa particularité, mais devienne terriblement commun pour le monde entier.

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