Médias

Culture et médias: Je t’aime, moi non plus

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5135 Le 26/10/2017 | Partager
L’UPF Maroc a organisé son «tea time» de la rentrée
Oum et Lakhmari, pour un débat franc et direct
Plaidoyer pour un plan «Emergence» de la culture
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Le réalisateur Nouredine Lakhmari et la chanteuse Oum se sont prêtés au jeu des questions/réponses en toute franchise (Ph. Fadwa Al Nasser)

C’est à la relation, presque incestueuse, entre les médias et la culture que s’est intéressée l’UPF, l’Union de la presse francophone, qui organisait, mardi 24 octobre, son troisième «tea time» au Four Seasons Casablanca. Le concept réunit, chaque mois, experts, artistes, hommes et femmes politiques ou acteurs de la société civile, avec des journalistes pour une causerie autour de sujets d’actualité.

Le réalisateur Nouredine Lakhmari et la chanteuse Oum se sont prêtés au jeu de questions/réponses, dans une ambiance conviviale, mais non dénuée de quelques petites piques, des uns et des autres. Dans une époque où les médias, classiques ou alternatifs, occupent une place de plus en plus prépondérante dans notre quotidien, quelle place ces derniers consacrent-ils à la culture? Quelle différence y a-t-il entre le loisir, «l’entertainment» et la culture dans le traitement journalistique? Y a-t-il aujourd’hui, chez nous, une presse dédiée, des journalistes spécialisés? Quelles sont les attentes des artistes? Celles des journalistes? Y a-t-il une frontière entre le métier de journaliste et celui de critique?…

Le débat co-animé par Meriem Oudghiri, présidente de la section Maroc de l’UPF, et Anouar Zyne, auteur et expert en communication, franc et direct, a permis de sortir avec quelques pistes de réflexion intéressantes. Si la question de la pagination de la rubrique culturelle dans les journaux et magazines illustre, pour Nouredine Lakhmari, le peu d’intérêt que portent les décideurs à la culture, celle-ci est pour l’auteure compositrice Oum à l’image du désintérêt du public pour tout ce qui n’est pas sensationnel, ou générateur de buzz.

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L’évènement mensuel réunit experts, artistes, hommes et femmes politiques ou acteurs de la société civile, avec des journalistes pour une causerie autour de sujets d’actualité (Ph. Fadwa Al Nasser)

Il y a un réel équilibre à trouver, selon l’assistance, dans le traitement des questions culturelles, par les médias. Entre une presse qui enferme la culture dans des chapelles inaccessibles, avec un discours complexe et incompréhensible pour le commun des mortels, et une autre qui lui consacre un traitement superficiel et souvent laudateur, sans aucun esprit critique, les questions fondamentales portées par la culture sont souvent sur-intellectualisées, ou complètement ignorées. C’est en trouvant cet équilibre que la presse en particulier, et les médias en général, peuvent renouer avec leur rôle de prescripteur.

Lakhmari n’a, d’ailleurs, pas hésité à qualifier les médias de faiseurs de stars et créateurs de tendances, rappelant la sortie actuelle de son film «Burn Out» et le choix de certains journalistes à donner plus de visibilité à certains acteurs aux dépens d’autres. Pour Oum, c’est la télévision et, dans une moindre mesure, la radio qui jouent le plus ce rôle de prescripteur, pas toujours avisé,  en valorisant certains artistes, ou certaines œuvres, qui seront finalement retenus comme la vitrine culturelle du pays. Prenant l'exemple de la musique, les radios contribuent, dans ce cadre, à façonner les goûts musicaux des publics, particulièrement chez les jeunes,  en choisissant de diffuser en boucle tel genre musical ou tel artiste.

Mais aussi puissant qu’il puisse être, le 4e pouvoir ne peux pas tout faire, particulièrement concernant l’amélioration des conditions de vie des artistes. Car force est de constater que seules quelques poignées d’artistes, dans certaines disciplines, peuvent aujourd’hui vivre dignement du fruit de leur travail artistique.

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Les deux artistes intervenants en compagnie de certains membres du bureau de l’UPF Maroc, pour le «tea time» de la rentrée au Four Seasons Casablanca. (Ph. Fadwa Al Nasser)

Nouredine Lakhmari, qui rappelle que le secteur culturel en France équivaut à 3,2% du PIB, soit sept fois la valeur ajoutée de  l'industrie automobile (57,8 milliards d’euros au PIB et 104 milliards d’impact en 2014. ndlr), déplore que les gouvernements successifs au Maroc n’aient pas encore compris l’importance de ce secteur dans le développement du pays.

«C’est tout un écosystème autour des industries créatives et culturelles qu’il faut inventer au Maroc», précise l’un des intervenants. Dans une ère où le monde passe très rapidement d’une économie matérielle à  une économie immatérielle, nous devons prendre conscience que notre diversité culturelle, notre richesse artistique et la créativité débordante de nos jeunes, sont un atout considérable pour renforcer le développement du pays.

C’est un véritable plan «Emergence pour la culture» qu’il est urgent de mettre en place, à l’image de ce qui a été réalisé pour le tourisme, l’industrie ou l’artisanat. L’appel est lancé alors que le Souverain exhorte, depuis plusieurs années, le gouvernement à prendre en considération le capital immatériel du Maroc dans ses visions stratégiques.

 

 

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