Competences & rh

Salaire des dirigeants: Jusqu’à quand les entreprises vont-elles tenir?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5118 Le 03/10/2017 | Partager
La surenchère des rémunérations continue, faute de compétences sur le marché
Enormes écarts salariaux entre les patrons et les autres catégories
Le baromètre Diorh-Mercer 2017 confirme la tendance
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Ces trois dernières années, la rémunération des dirigeants a augmenté en moyenne de 5,1% par an, contre 4,4% pour les managers. Ces évolutions sont bien au-dessus de celles de l’inflation (2%) et de la croissance non agricole (2,5%)

Le poids de la pénurie de compétences devient de plus en plus lourd à porter par les entreprises. Les salaires des dirigeants et managers s’envolent d’année en année pour atteindre des niveaux comparables (voire dépasser) à ceux d’Europe du sud et de l’Est (Portugal, Roumanie…). «Aucun indicateur économique ne permet de justifier cette inflation, si ce n’est la rareté des compétences.

Le salaire des dirigeants n’a finalement plus vocation à rémunérer la productivité, il correspond à un prix», a relevé Mehdi El Yousfi, DG de Diorh, mercredi dernier, lors de la restitution des résultats 2017 du baromètre Diorh-Mercer des salaires au Maroc. Le baromètre, qui a couvert cette année 136 entreprises (448 postes), confirme la tendance. Sur les trois dernières années, le salaire fixe garanti (salaire de base+primes et indemnités) des dirigeants a grimpé en moyenne de 5,1% par an (+4,4% pour les managers, voir illustration). C’est-à-dire qu’en cinq ans, leur rémunération a gagné plus de 25%.

  «A un certain moment, cette situation ne sera plus supportable. Certaines entreprises ont déjà dépassé le seuil de soutenabilité, d’autres l’atteindront bientôt. Cela nous ramène au problème de base, à notre incapacité à former des profils qui répondent aux attentes des employeurs», souligne Essaïd Bellal, fondateur de Diorh. «Nous nous concentrons trop sur le théorique à l’université, même dans les formations dites professionnelles ou spécialisées», regrette, quant à lui, l’ancien ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, également professeur universitaire.

Mais ce n’est pas là la seule «anomalie». De 2012 à 2017, la structure de la rémunération n’a pas beaucoup changé. La part du salaire fixe garanti dans la rétribution totale reste supérieure à 80%. «Cela pose une vraie question de management de la performance», estime El Yousfi. «Normalement, plus vous montez dans la hiérarchie, plus la structure du salaire devient complexe, et plus la part variable devient importante», explique-t-il. Généralement, les patrons marocains, au même tire que ceux de la région, dans un souci de sécurité, tiennent à l’augmentation régulière de leur rémunération fixe. Or, ils sont censés être récompensés en fonction de leur rendement.

Par ailleurs, les disparités entre les salaires des dirigeants, managers, cadres et des non-cadres sont énormes. Elles sont même bien plus prononcées que dans les économies avancées. La rémunération des dirigeants, par exemple, est près de 2,5 fois supérieure à celle des managers.

Trois secteurs se sont distingués par leur «générosité» en termes d’augmentation du salaire de base en 2017. Ceux des biens de consommations et des high-tech arrivent en tête, ex aequo, avec une hausse moyenne de 4,5%, toutes catégories confondues. Ils sont suivis de l’industrie pharmaceutique, avec une rallonge de 4%. Ce sont généralement là les secteurs les plus rémunérateurs. Chez les équipementiers, les salaires sont 13 à 22% inférieurs à la moyenne du marché, en fonction des postes.

Au niveau des avantages, la pharma et les biens de consommation se distinguent clairement des autres branches. Côté métier, les emplois marketing sont de loin les mieux payés. Néanmoins, globalement, les fonctions support (RH et finances) décrochent les meilleures paies (ainsi que les plus grosses augmentations), suivis de ceux de la vente (marketing, sales, logistique).   
En matière d’avantages en nature, les soins médicaux, le mobile, la retraite privée et la voiture de service se sont largement généralisés. D’autres restent peu pratiqués, comme l’actionnariat salarié (7%), ou encore, le logement (21%).

Investissements

L’inflation salariale, mauvaise, mais pas fatale

Le Maroc n’est compétitif que pour la catégorie des non-cadres, selon l’enquête Diorh-Mercer. Les compétences clés, elles, deviennent hors de prix. Cela pose le problème de l’attractivité de l’offre marocaine. Les investisseurs seront-ils plus nombreux à quitter le pays pour des destinations comparables mais moins chères? «Cette vision est incomplète, parce que la qualité de l’offre rentre également en jeu. La bataille des prix nous l’avons perdue depuis longtemps», nuance Youssef Chraïbi, président du groupe Outsourcia, également président de la Fédération marocaine de l’outsourcing. Un avis partagé par l’administrateur directeur général de Coface Maroc, Frédéric Louat. «La compétitivité salariale est importante, mais ce n’est qu’un facteur parmi d’autres. Le Maroc est, par exemple, noté A4, et c’est la meilleure note en Afrique. Il possède, également, plusieurs atouts, liés notamment à sa stabilité sociale et politique, à la taille de son marché interne, au taux de change, au cadre institutionnel et juridique…», précise-t-il.

 

 

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