Economie

ALE Maroc-États-Unis: Le grand saut n’a pas eu lieu

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5118 Le 03/10/2017 | Partager
Les échanges commerciaux largement défavorables pour le Royaume
Le Comité conjoint de suivi se réunit le 18 octobre à Washington
Peu d'impact sur l'investissement américain
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Les échanges commerciaux sont largement favorables aux États-Unis. Les exportations marocaines se concentrent sur les phosphates et les dérivés

Le comité conjoint de suivi de l’accord de libre-échange Maroc-États-Unis se réunira, mercredi 18 octobre, à Washington. La rencontre intervient dix ans après l’entrée en vigueur de l’accord, qui avait été signé le 15 juin 2004, mais entré en application en 2006.

Elle permettra de procéder à l’évaluation du deal entre le Maroc et son partenaire d’Amérique du Nord. Le secrétariat d’Etat chargé du Commerce extérieur a demandé à l’Association marocaine des exportateurs (Asmex) de recueillir les observations et les requêtes au sujet de l’application de l’accord de libre-échange. Les requêtes des exportateurs seront ensuite remontées au gouvernement pour en discuter lors de la réunion du comité de suivi de l’ALE. L’accord de libre-échange avec les États-Unis n’a pas permis un rush des IDE américains vers le Maroc. En 2016, ils se sont élevés à 1,6 milliard de DH contre 3,6 milliards pour 2015.

Parmi les secteurs ciblés par les investisseurs américains figure en premier lieu l’automobile. Ainsi, Delphi, qui a ouvert plusieurs usines dans le Royaume, est  devenu le premier employeur privé au Maroc, avec 20.000 salariés. Il faut également citer Lear Corporation qui dispose de neuf usines et qui a racheté récemment l’espagnol Antolin, spécialisé dans l’intérieur de l’automobile. Ce qui va lui permettre de renforcer sa production.

L’enseignement fait également partie des secteurs de prédilection des investisseurs américains. Plusieurs établissements ont été ouverts et couvrent tous les niveaux d’enseignement : American Academy, George Washington Academy, l’Université internationale de Casablanca (UIC), University of New England-Tangier Campus…
La présence américaine, estimée à quelque 167 entreprises, est également matérialisée par un grand nombre de franchises: McDonald's, GAP, Starbucks, KFC… «Les success stories sont en train de ramener de nouvelles success stories», confie El Alama. Les chefs d’entreprises américains préfèrent souvent réaliser des opérations commerciales ponctuelles sur un marché avant d’investir en propre. C’est la démarche qu’a suivie le constructeur automobile Ford qui souhaite augmenter son sourcing local avant de décider, peut-être, de s’implanter à l’image de Renault et de PSA.

Côté marocain, l’ALE n’a pas été à la hauteur des espérances des opérateurs au vu des exigences et de la complexité liées à l’étendue et à la diversité du marché américain. Depuis 2006, date de l’entrée en vigueur de l’accord, la balance commerciale a toujours été largement en faveur des États-Unis. En 2016, les échanges entre les deux pays se sont élevés à 33,7 milliards de DH, dont 26 milliards au profit des exportateurs américains. Ce qui ne doit pas surprendre vu la taille du marché américain et les limites de l’offre exportable nationale.

En 2016, les échanges entre les deux pays

se sont élevés à 33,7 milliards de DH

Le Maroc importe essentiellement des avions, des équipements aéronautiques et spatiaux, du blé, du maïs, des produits pétroliers, des voitures de tourisme… Il exporte pour moitié des engrais, des conserves de poisson, des composants électroniques, des phosphates…

Au cours des dix premières années d’application de l’ALE, les exportateurs marocains ont été confrontés à une réglementation américaine rigoureuse. La question revient souvent dans les débats, d’autant que les entreprises nationales étaient plus habituées aux normes des débouchés classiques comme l’UE ou les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Ce qui relève beaucoup plus d’un a priori. «Les entreprises structurées, qui ont la volonté de pénétrer le marché américain, qui ont des produits compétitifs, disposent de ressources humaines anglophones y arrivent. Plusieurs sociétés marocaines ont beaucoup investi dans le design, le marketing, la certification et réussissent à exporter aux États-Unis», affirme Rabia El Alama, directeur général de la Chambre de commerce américaine au Maroc (AmCham).

Le deuxième grief qui revient souvent chez les exportateurs marocains, en liaison avec la réglementation américaine, concerne les lourdeurs et le coût de la conformité aux exigences du marché américain. C’est pour cela qu’ils réclament des mesures de mise à niveau pour monter en régime.

«Parmi les raisons qui limitent les exportations marocaines aux États-Unis, on peut citer la structure de l'appareil productif qui ne permet pas de servir des commandes de gros volumes. Les faiblesses logistiques constituent également un frein supplémentaire. D’où la nécessité de se constituer en consortiums pour pouvoir explorer des niches», conseille Hassan Sentissi, président de l’Asmex. Le gouvernement a mis en place un dispositif pour favoriser la création de consortiums capables d’attaquer des marchés de grande taille. Mais le programme n’a pas encore donné ses fruits. Les coûts logistiques restent également élevés en raison de l’éloignement et de l’absence de lignes directes vers le marché américain.

Côté américain, les investisseurs relèvent souvent des questions liées à la bureaucratie, la corruption, au manque de transparence, l’inefficacité de la justice, sans oublier les délais de paiement. Un climat des affaires parfois illisible pour un investisseur américain.

                                                              

Ce que prévoit l’accord

L’accord de libre-échange Maroc-États-Unis, qui a fait des jaloux du côté européen qui réclame les mêmes concessions, s’applique à tous les secteurs. Le deal prévoit l’ouverture progressive avec des plafonds, des périodes transitoires et un échéancier de démantèlement sur 25 ans. En échange, le Maroc peut exporter des produits frais ou en conserve ainsi que les produits agro-industriels.

L’accord prévoit également un accès libre pour la quasi-totalité des produits industriels et de la pêche en contrepartie d’une exonération des droits de douane pour 58% des positions tarifaires américaines. Le reste devait être  démantelé sur neuf ans.
Pour le textile, il y a trois listes symétriques: une liste exonérée dès l’entrée en vigueur de l’accord, une autre de 43 produits dans la limite d’un contingent (+25% sur 5 ans). Le reste ayant été démantelé sur 5 ans. Un contingent de 30 millions de m2 pour un certain nombre de produits de textile a bénéficie d’une franchise des droits de douane pendant 10 ans.

L’ALE prévoit des règles d’origine générale pour tous les produits sauf le textile, qui doit être originaire à 100% du Maroc. Un quota a tout de même été consenti pendant 10 ans, mais les textiliens nationaux n’ont pas su l’utiliser.
«Nous souhaitons que les industriels du textile puissent utiliser des intrants hors Maroc, parce qu’il n’en dispose pas et que le quota soit reconduit comme lors de la signature de l’accord. Le textile a une valeur socio-économique capitale car il crée de l’emploi. C’est la raison pour laquelle la partie américaine doit en tenir compte», espère Karim Tazi, président de l’Amith.

La conclusion de l’accord avait coïncidé avec un dollar faible, le rush des donneurs d’ordre vers la Chine et l’absence d’une stratégie dédiée au textile.
Au niveau des services, le Maroc a imposé des réserves pour protéger certains secteurs, notamment l’OCP, l’ONEE, l’ONCF, Poste Maroc, ANP…  La priorité a été accordée à certaines professions nationales comme les services juridiques, la comptabilité, l’architecture, le tourisme… D’autres secteurs ont également été mis à l’abri de la concurrence américaine telle que l’assurance, la santé, les télécoms…

 

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