Economie

L’euro fort, une aubaine pour la croissance?

Par Franck FAGNON | Edition N°:5097 Le 31/08/2017 | Partager
La vigueur de la monnaie est le signe que la reprise est bien engagée en Europe
Pour les exportateurs, ce serait une double bonne nouvelle
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Tout n’est pas bon dans la vigueur de l’euro. Cela va se traduire par une augmentation des charges de la dette extérieure publique. 61% de l’encours, soit 193 milliards de DH sont libellés en euro contre 27% en dollar

Peu de gens auraient parié sur le mouvement actuel de l’euro. La monnaie unique s’est renforcée de 14% face au dollar depuis le début de l’année, atteignant jusqu’à 1,20 dollar. Face à cette poussée, le dirham a reculé de 5% par rapport à l’euro, mais s’est apprécié de 7% vis-à-vis du dollar. L’économie ira- t-elle un peu mieux avec un euro fort? En tout cas, la robustesse de la devise européenne signifie quelque part que la reprise est bien engagée en Europe.

L’agence de notation financière Moody’s vient de relever ses perspectives de croissance pour la région. Le renforcement de l’activité chez le principal partenaire économique ne peut être in fine que bénéfique. En particulier pour les exportateurs, c’est une double bonne nouvelle. Cependant, la vigueur de l’euro n’a pas les mêmes effets pour tous les acteurs de l’économie. Il y a ceux qui profitent de ce mouvement et ceux qui en pâtissent. Déjà pour l’Etat et les entreprises publiques, 1 euro à plus de 11,2 DH, se traduira par une augmentation des charges de la dette libellée en euro. Celle-ci représente 61% de l’encours, soit 193 milliards de DH à fin mars 2017.

Les gains réalisés sur la partie dollar (27% de l’encours soit 86 milliards de DH) ne pourront pas totalement être compensés. Le poids de la dette en euro a sensiblement été baissé sur les deux dernières années pour lisser l’impact des variations de change. L’objectif est de rapprocher la structure en devises de la dette extérieure de celle du panier de cotation du dirham (60% euro-40% dollar).

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Les céréaliers sont parmi les plus exposés au risque de change. En outre, le marché des produits agricoles s’est beaucoup financiarisé et donne lieu à beaucoup de spéculations

Pour le commerce extérieur, les effets sont également variés. Quelques importateurs en dollar sollicitent des couvertures auprès des salles de marché pour profiter de la faiblesse du billet vert. Leur nombre est réduit puisque beaucoup avaient réalisé une mauvaise affaire quelques mois plus tôt en contractant des couvertures sur le dollar à des niveaux élevés. Ils redoutaient une dévaluation du dirham avec la mise en œuvre de la réforme du régime de change. Finalement, la réforme a été reportée.

Parmi les clients réguliers des salles de marché figurent les importateurs de céréales. Le volume des importations varie selon la performance de la campagne céréalière. L’année dernière, les achats de blé ont doublé pour atteindre 6,3 millions de tonnes. Le prix d’importation a sensiblement reculé en 2016. Ceci dit, les prix des produits agricoles sont devenus très volatils et ne répondent plus forcément à la loi de l’offre et de la demande. C’est un marché qui s’est beaucoup financiarisé et donne lieu à beaucoup de spéculations.

Dans les industries, le repli du dollar devrait s’accompagner d’une détente de la facture des intrants, à prix d’achats constants. Or, l’on n’est pas forcément dans ce cas de figure puisque le prix du baril de pétrole s’est renchéri depuis le début de l’année même s’il demeure à des niveaux relativement bas.

 

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