Analyse

Réforme de l’administration: Les attributions plombent les services extérieurs

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5088 Le 17/08/2017 | Partager
Les directeurs dépendent de leurs ministères pour nombre de décisions
Quand il faut se déplacer à Rabat pour «quémander une signature»!
Regrouper les stratégies sectorielles par pôles dans les régions

Si 94% des effectifs travaillent à l’extérieur de Rabat et censés rodés à produire des prestations pour les citoyens, il en reste 6%, la tête pensante, dans les ministères de la capitale pour se pencher sur la stratégie et les moyens de la mettre en œuvre. Pourtant, dans la réalité, les choses se passent autrement. La qualité de service au niveau régional est dégradée. Faut-il pour autant blâmer exclusivement les fonctionnaires? On le sait, la déconcentration et la décentralisation sont un chantier à peine effleuré.

Dans la pratique, les fonctionnaires dans les délégations extérieures, y compris les directeurs, sont souvent dans l’obligation de remonter jusqu’à Rabat pour la moindre petite décision. Ce qui nourrit des lourdeurs supplémentaires dans les procédures.

Lors des réunions avec les walis, les délégués des ministères ne prennent pas la responsabilité de valider telle ou telle décision. En fait, beaucoup de monde, et pas seulement les fonctionnaires dans les régions, est amené à se déplacer jusqu’à Rabat pour «quémander une signature ou un document», pour reprendre l’expression d’un chef de division. Ce dernier rappelle le nombre de vieilles femmes qui passent souvent la nuit à Al Kamra, la gare routière de Rabat, pour faire signer un document pour «une pension misérable et où elles sont obligées de dépenser 200 DH de déplacement pour une retraite de 600 DH».

La plupart des technocrates de Rabat ne réalisent même pas l’ampleur de toutes ces aberrations dont certaines sont parvenues à SM le Roi, rappelle un politique. Autre constat relevé par des responsables dans l’administration: les fonctionnaires dans les services extérieurs ne disposent pas des mêmes avantages que ceux de la centrale, dans les ministères. «Ceux de Rabat sont les premiers servis», note un haut fonctionnaire. Pour lui, les systèmes sont gérés à Rabat par 6% des effectifs, qui taillent les procédures et les avantages à leurs mesures.

En réalité, même si le Chef de gouvernement aborde le projet de Charte de déconcentration, le travail continue à se réaliser en silos. Pourtant, depuis quelques années, le Maroc vibre au rythme de la régionalisation avancée. «Les stratégies nationales doivent être déclinées au niveau régional. Ce qui doit pousser les responsables à repenser l’organisation. Actuellement, chaque département travaille seul, sans convergence avec les autres, ni coordination de l’ensemble», indique ce haut fonctionnaire. Le wali? Il lui est difficile de suivre l’ensemble des politiques sectorielles.

Une idée qui fait son chemin: revoir les stratégies sectorielles, en les regroupant en pôles, économique, infrastructures, agricole, social,… Dans cette nouvelle configuration, la mutualisation du système et des ressources serait érigée en priorité. Ce qui permettrait au wali d’avoir plus de latitude pour coordonner les pôles.

En tout cas, toutes ces affaires ne concernent pas une minorité de la population. Car, si on additionne les 583.071 fonctionnaires à ceux des établissements publics estimés à 190.442 et des collectivités locales (151.000), on atteindra 924.513 personnes civiles qui travaillent pour le compte de l’Etat. Dans la répartition par secteur, c’est le ministère de l’Education nationale et la Formation professionnelle qui occupe la première place, à hauteur de 53% du nombre des fonctionnaires. Il est suivi par le ministère de l’Intérieur avec 16,41% des effectifs, la Santé 8,90% et l’Enseignement supérieur 4,33%. Le ministère de la Justice vient en 5e position, avec 3,61%, suivi des Finances avec 3,29%.

Les autres ministères disposent d’à peine 10,5%. La répartition régionale des fonctionnaires est pour le moins déséquilibrée. Ainsi, Rabat-Salé-Kénitra accapare 21,9% du total des fonctionnaires, suivie de la région de Casablanca-Settat à hauteur de 15,8% et celle de Fès-Meknès (12%). Autres indicateurs de ces anomalies: 76% des effectifs sont localisés sur 6 régions seulement alors que le Maroc dispose de 12. En moyenne, le Maroc compte 16 fonctionnaires pour 1.000 habitants ( contre plus de 80 pour 1000 en France par exemple).

La création des postes budgétaires est en constante hausse depuis quelques années (22.510 en 2015, 25.998 en 2016 et  23.768 en 2017). Pour cette année, il faudrait ajouter 11.000 enseignants recrutés par les Académies régionales d’éducation et de formation pour atténuer la crise de l’enseignement.

Selon les prévisions, le gouvernement table sur le départ à la retraite de 51.282 fonctionnaires au cours des cinq prochaines années (2021), soit 11,4% du total des effectifs de l’administration.

Grille des salaires

Selon des chiffres du ministère de tutelle,  54% des fonctionnaires de l’Etat touchent un salaire mensuel net variant entre 6.000 et 14.000 DH. Le salaire mensuel moyen net s’est établi à 7.700 DH en 2016, 7.200 DH en 2012, 5.333 DH en 2007 et 4.670 DH en 2003.  Par ailleurs, 9% ont des revenus mensuels nets variant entre 3.000 et 4.000 DH.
Quant au salaire minimum servi dans l’administration, il a atteint 3.000 DH en 2016 contre 1.586 en 2007. Cependant, à peine 2,36% des fonctionnaires civils  perçoivent des salaires mensuels nets supérieurs à 20.000 DH contre 1,4% en  2012.

 

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