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Casablanca: Le grand bazar au centre-ville

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5063 Le 12/07/2017 | Partager
Vendeurs ambulants, guerrabs, tatoueuses, éleveurs de singes… envahissent l’espace public
Une situation «intenable» pour les riverains
Les commerçants en grève générale ce jeudi 13 juillet
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L’espace devant le célèbre café La Chope est transformé en véritable «shop» (Les visages ont été modifiés - Ph. F. Al Nasser)

Que se passe-t-il au centre-ville de Casablanca? Les vendeurs ambulants y prolifèrent à la vitesse de la lumière au nez et à la barbe des autorités locales. La rue piétonne Prince My Abdallah, bd Mohammed V,  11 Janvier… se sont transformés en un immense marché à ciel ouvert. Les vendeurs à la sauvette y proposent vêtements, jouets, chaussures et babioles de tout genre devant les devantures des vitrines, au grand dam des commerçants installés. 
De surcroît, les places Nations unies et Mohammed V, cœur battant de la ville, abritant plusieurs hôtels, sont devenues une véritable «cour des miracles». Guerrabs, tatoueuses au henné, montreurs de singe, photographes improvisés, mendiants… s’adonnent à leurs activités en toute quiétude. Il ne manque plus que les charmeurs de serpents pour compléter le tableau!
La nouvelle fontaine et la place récemment aménagée à 140 millions de DH ne sont pas épargnées. Son pavé blanc flambant neuf commence déjà à s’encrasser faute d’entretien. A l’aube, les rues avoisinantes sont jonchées d’ordures et d’emballages laissés sur place. Un spectacle désolant pour Casablanca qui prétend au statut de «hub financier» et de «ville monde»! 

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La rue piétonne du Prince My Abdellah n’a plus rien à envier à des quartiers commerçants comme Derb Sultan, Garage Allal … L’arrondissement Sidi Belyout devrait s’inspirer de l’expérience de Sidi Bernoussi. Ce quartier vivait dans l’anarchie totale avant le recasement des vendeurs ambulants dans des plateformes de commerce de proximité (PCP). (Les visages ont été modifiés - Ph. F. Al Nasser)

La situation est si intenable que les riverains, après avoir adressé moult plaintes et missives aux autorités concernées, ont décidé de réagir au plus vite. 
Alors que le 1er festival de shopping de Casablanca bat son plein (du 5 au 16 juillet), les commerçants de la zone crient au scandale. Et ils ne sont pas les seuls. Habitants et professionnels (médecins, avocats, pharmaciens…) se sont joints à eux et s’apprêtent à observer une grève générale. En signe de protestation, ils ont décidé de fermer leurs boutiques et bureaux durant la journée du jeudi 13 juillet. «Nous avons essayé par tous les moyens d’éviter d’en arriver là, mais les autorités, qui font la

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Entre klaxons des taxis blancs et vendeurs à la criée, les riverains de la petite place devant l’Institut Goethe vivent dans un vrai capharnaüm 
(Ph. Privée)

sourde oreille, nous obligent à prendre les choses en main», déplore Ali Bouftass, président de l’association Assafa des commerçants, des professions libérales et des services du centre-ville. Certains laissent même entendre qu’il y a de la «connivence» ou du moins de la «négligence» de la part de ceux qui sont censés lutter contre ce phénomène. En tout cas, les commerces lésés sont plus que jamais décidés à aller jusqu’au bout. Les membres de cette association (près de 250) ont tenu samedi dernier une AG extraordinaire consacrée à ce sujet. «Nous sommes prêts à reconduire cette grève tous les jeudis si les choses ne changent pas entre-temps»,  affirme leur représentant. Selon lui, plusieurs commerçants sont menacés directement par ces vendeurs à la sauvette. «Lorsqu’on leur demande de vider les lieux, ils nous répondent que le domaine public leur appartient et qu’ils ont acheté le silence des autorités», témoigne un autre commerçant ayant pignon sur rue. Certains n’ont de vendeurs à la sauvette que le nom. Ils vont même jusqu’à passer la nuit sur place pour défendre leur «chasse gardée». En effet, ils se font livrer la marchandise tous les jours sur place en quantité non négligeable. «Ces vendeurs n’ont rien à envier au commerce organisé avec les impôts, le loyer et autres charges en moins», explique un gérant de boutique. 
Il s’agit en fait d’une véritable filière de l’informel avec des bandes organisées distribuant les rôles entre eux.

L’espace public se ruralise

Alors que les chantiers du  plan de développement du Grand-Casablanca arrivent à terme, que des projets structurants (comme le Grand-Théâtre, les parkings souterrains, le parc de la Ligue arabe) seront bientôt achevés, l’espace public est curieusement livré à son sort. Le centre-ville prend de plus en plus des allures de moussem ou de souk hebdomadaire. «Des vendeurs de pastèque, de charbon, voire de saykouk (couscous au petit lait) s’aventurent même à présenter leurs marchandises devant le célèbre café La Chope», témoigne un commerçant de la zone. Si cette situation perdure, «ils n’hésiteront pas à vendre des moutons à la veille de l’Aïd Al Adha!».

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