Analyse

Feux de forêt: 2017, une année à très haut risque

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5019 Le 09/05/2017 | Partager
La saison démarre en mai et prend fin en octobre
32 incendies déclarés et 26 ha ravagés depuis janvier
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Le précédent d’Izaren, survenu dans le Rif en 2004, a marqué les esprits, au point qu’il a enclenché un revirement dans la gestion des feux de forêt (cf. L’Economiste n° 1840 du  26 août 2004). En une dizaine de jours, entre 3.800 et 4.000 ha de pins maritimes ont été ravagés par le feu dans les provinces de Chefchaouen et Sidi Kacem. C’était la première fois dans l’histoire du Maroc forestier qu’il y a eu appel à l’aide internationale (Ph. Eaux et Forêts) 

Une saison particulièrement difficile attend la brigade anti-feux de forêt. Elle s’étale sur six mois, de mai à octobre. La campagne 2017 est classée «à très haut risque» par le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers. Du 1er janvier au 3 mai, ce sont déjà 32 incendies déclarés et 26 ha ravagés alors que la saison des feux de forêt vient à peine de commencer.

«Les pluies (exceptionnellement) abondantes de cette année ont généré une végétation forestière dense comparativement à 2016. Son dessèchement induit un risque très élevé d’éclosion et de propagation d’incendie», alerte Fouad Assali qui dirige le centre situé à Rabat. Ses prévisions se basent notamment sur l’indice de disponibilité de la biomasse du combustible forestier (Voir infographie). «Les valeurs de 2017 sont largement au-dessus de la moyenne décennale et de l’année dernière et presque similaires, sinon plus, à celle de 2010 qui a été marquée par une pluviométrie record», poursuit le jeune ingénieur des Eaux et Forêts.

Ce risque d’incendie est important surtout au nord (Tanger-Tétouan), dans la région de Rabat-Kénitra où se situ les immenses et luxuriantes forêts de Maâmoura et Sidi Boughaba ainsi qu’au Rif (Chefchaouen, Al Hoceïma...). Cette zone demeure la plus sensible du territoire national. Elle a été encore une fois classée en tête des régions sinistrées l’an dernier: 129 incendies et un peu plus de 1.332 ha endommagés.  

Un autre indicateur confirme ce pronostic alarmant. La direction de la Météorologie nationale annonce une hausse de température en mai, juin et juillet 2017. Ses experts se fondent sur «des probabilités allant de 40 à 80%  et prévoient une chaleur supérieure de 2 °C à la normale saisonnière». Ce niveau de température appelé à la hausse est annoncé pour toute la saison printanière et une partie de l’été. Un «état thermique» inaccoutumé qui va favoriser encore plus le dessèchement de la flore disponible et augmenter par conséquent les risques d’incendie.

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Le précédent d’Izaren, survenu dans le Rif en 2004, a marqué les esprits, au point qu’il a enclenché un revirement dans la gestion des feux de forêt (cf. L’Economiste n° 1840 du  26 août 2004). En une dizaine de jours, entre 3.800 et 4.000 ha de pins maritimes ont été ravagés par le feu dans les provinces de Chefchaouen et Sidi Kacem. C’était la première fois dans l’histoire du Maroc forestier qu’il y a eu appel à l’aide internationale (Ph. Eaux et Forêts) 

«Une végétation forestière plus importante par rapport à la normale a été enregistrée dans les provinces de Tétouan, Larache, Ouazzane, Chefchaouen et Nador», précise pour sa part le Centre anti-feux de forêt. Vu la saison difficile qui s’annonce, la mission de ses brigades prend une envergure particulière. Le suivi des opérations menées sur le terrain se déroule à partir de son siège basé à Rabat (cf. L’Economiste n°4876 du 14 octobre 2016). Cinq unités scrutent, depuis la salle des opérations et en temps réel, les zones à risque et sites d’intervention.

Pratiquement tous les corps d’Etat travaillent main dans la main: les militaires et leur aviation, la Gendarmerie royale, les Forces auxiliaires, la Protection civile, les directions de la Météorologie nationale et de la Promotion nationale, le ministère de l’Intérieur, les autorités locales... Une simulation d’incendie organisée par les Eaux et Forêts est programmée pour ce mercredi 10 mai à Tétouan.

L’équipe des Eaux et Forêts est chapeautée par Fouad Assouli. Sa brigade anti-feux s’est entrainée aux USA pour suivre et gérer jusqu’à 15 départs d’incendie à la fois. Le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers dispose aussi d’un système de géo-localisation d’une centaine d’unités, dit «véhicule de première intervention». Ce centre de veille rattaché au Haut commissariat aux eaux et forêts a actualisé en 2016 toutes les cartes de localisation des infrastructures anti-incendie: 426 points d’eau, 260 postes de vigie, 1.663 km de tranchées pare-feux...

L’enjeu pour les années à venir est d’instaurer une gestion territoriale des incendies. Etant entendu que chaque région a ses spécificités: reliefs, flores, climat, risque, population, activité socio-économique... Les Eaux et Forêts ont choisi la province de Tétouan comme site pilote. C’est donc au nord que sera lancé en 2017 le Plan territorial type de lutte contre les incendies.

 

 

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