Politique

La communication politique à l’épreuve du numérique

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:4950 Le 31/01/2017 | Partager
Le net favorise la diffusion des messages de haine et du rejet de l’autre
Ce qui constitue un danger pour la démocratie et la paix dans le monde

De l’éditorial au Tweet, un long parcours, de plus d’un siècle, qui trace l’évolution de la pratique de la communication politique. Celle-ci va connaître des changements en termes d’outils et de contenus grâce au développement fulgurant des nouvelles technologies de l’information (NTI). Certes, cette évolution va permettre une démocratisation dans l’accès à l’information et le développement de la communication. Mais, ce progrès va présenter des défis et des dangers sur la paix et la démocratie dans le monde. Jamal Eddine Naji, DG spécialiste en communication, a essayé d’appréhender ce paradoxe lors d’une conférence organisée la semaine dernière par la filière master en communication politique de l’ISIC.

Il a entamé sa présentation par un rappel historique sur l’émergence de la pratique de la communication politique au Maroc. La presse a été introduite au Maroc à la fin du 19e siècle par les grandes puissances européennes dans le cadre du projet de colonisation du pays. A cette époque la diffusion de l’information et la communication politique via la presse écrite et par la suite par la radio et la TV obéissait à une approche qui diffère de celle pratiquée dans le monde d’aujourd’hui fortement connecté via notamment Internet et les réseaux sociaux. Auparavant, il s’agissait d’une communication verticale relativement contrôlée avec un émetteur identifié qui agit avec professionnalisme et qui détient un pouvoir au sujet du contenu de l’information à diffuser au public. Les moyens de l’époque ne permettaient pas une réactivité rapide pour exprimer son point de vue.

Le développement technologique va bousculer les paradigmes. «Au début, nous pensions que les NTI avec le développement des autoroutes de l’information, allaient contribuer au rapprochement entre les peuples et la promotion de la démocratie et la paix», se rappelle le conférencier. Illusions. Il n’y a qu’à voir les conflits et guerres qui ravagent plusieurs régions du monde depuis plusieurs années. Tout le monde se souvient du rôle joué par les réseaux sociaux dans l’embrasement des pays arabes. Aujourd’hui, les conflits et le terrorisme sont devenus une menace permanente et aucun pays n’est épargné.

«Actuellement, grâce aux moyens technologiques, chacun pourra booster un petit conflit ou un ressentiment envers quelqu’un en mobilisant assez de force pour en faire une situation de conflit plus grande», explique Naji. Les NTI pourront jouer en défaveur de la démocratie en favorisant la diffusion des discours provocateurs et populistes des hommes politiques conservateurs. Avec des tweets, on peut créer un buzz médiatique à travers les réseaux sociaux et les médias, signale Naji. Comprenant juste 140 caractères, ces tweets disposent d’une force d’influence et de mobilisation plus forte que celle de longs discours.

Proximité

En tant qu’ex-professeur à l’ISIC, Naji a formulé un certain nombre de conseils pour les étudiants qui ambitionnent de devenir des conseillers en communication politique. Pratiquer auparavant le journalisme constitue déjà un atout pour réussir cette mission. Il faut aussi s’intéresser aux informations de proximité qui collent avec les besoins du public. Au menu également la crédibilité de l’information et la promotion de la culture démocratique chez le citoyen. «Le cursus de notre master s’inscrit dans cette vision pour contribuer à la formation des spécialistes dans la communication politique», indique Mohammed Allali, coordinateur de ce master à l’ISIC.

 

 

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