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Culture

Vous avez dit «guerre dissymétrique»!
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2693 Le 16/01/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Le 6 janvier, dans le détroit d’Ormuz, côté Golfe, se produit un incident curieux. Cinq embarcations rapides et armées iraniennes harcèlent trois bâtiments de l’US Navy, tournent autour à vive allure et s’en rapprochent dangereusement. Les Américains sont à deux doigts d’ouvrir le feu. Ils ont entendu sur leur radio un avertissement sinistre: «Nous venons vers vous… vous allez exploser…». Même si le Pentagone ne peut dire si l’annonce provenait bien des bateaux iraniens, l’affaire intrigue. Elle n’est pas tout à fait nouvelle. En décembre, dans la même région, un navire américain a dû tirer des coups de semonce pour éloigner une vedette. La Marine des Etats-Unis craint d’être vulnérable. Elle n’a pas tort. Au Yémen, le 12 octobre 2000, le destroyer lance-missile USS Cole avait perdu 18 tués et 40 blessés lors d’un attentat provoqué par un bateau piégé venu se placer contre sa coque. Toute force moderne doit redouter d’être prise à revers par des irréguliers rustiques mais courageux et inventifs; comme si sa puissance même stimulait l’imagination d’adversaires dépourvus d’armes évoluées. A se demander si un excès de technologie, l’accent mis sur l’automaticité des moyens, l’utilisation de procédés de détection sans cesse plus élaborés, ne sont pas inadaptés face à des insurgés astucieux, coupables au fond de ne pas jouer le jeu comme il est décrit dans les manuels!On s’était moqué de George W. Bush pour avoir annoncé le 1er mai 2003 la fin de la guerre d’Irak. On avait tort! La guerre entre les deux Etats, l’Irak et les Etats-Unis, classique, conventionnelle, symétrique, entre deux armées semblables, avec soldats en uniforme, états-majors et grandes unités, cette guerre-là était bien terminée. Pour éviter l’anéantissement, l’armée irakienne s’était sagement dispersée. Saddam Hussein n’avait pas su concevoir une stratégie de contournement. Le seul véritable obstacle rencontré par les envahisseurs avait été un fort vent de sable qui les avait immobilisés cinq jours durant. Cependant l’occupation de l’Irak, les excès, des destructions, l’humiliation d’un peuple, ont vite engendré l’insurrection. A ce type de guerre dissymétrique, les Etats-Unis n’étaient pas prêts. En Irak, les surprises tactiques se sont succédé. Pendant des années, l’essentiel des pertes américaines a été causé par des engins explosifs dissimulés au bord des routes. Mercredi dernier, des combattants irakiens ont fait sauter une maison piégée au préalable pour y ensevelir les G’I en train de la fouiller. Six Américains ont été tués. Telle un caméléon, la guerre change sans cesse de couleur, exigeant du soldat qu’il s’adapte aux circonstances. . Des stratégies déviantesDepuis David et Goliath, les inventions stratégiques ou techniques n’ont pas manqué, propres à surprendre une armée trop sûre d’elle-même, empêtrée dans sa puissance, ce qui ne l’empêche pas de réfléchir. Témoin cet exercice largement informatisé joué aux Etats-Unis en août 2002(1). Pour l’occasion, on rappelle de sa retraite Paul Van Riper, un général connu pour son habileté à concevoir des stratégies déviantes. Lieu de l’exercice: le détroit d’Ormuz, passage obligé d’une moitié des exportations pétrolières de la planète; thème: «attaque d’un convoi naval d’un Etat Bleu par un pays riverain Rouge». S’interdisant tout message radio, utilisant des estafettes motocyclistes et des hors bords pour transmettre ses ordres, Van Ripert attaque le convoi au moyen d’une flotte de vedettes rapides semblables à celles employées par les Iraniens le 6 janvier. Des dizaines de ces petits bâtiments, dotés de lance-roquettes et de mitrailleuses, appuyés tout de même par des tirs de missiles de croisière sol-mer et air-mer, saturent les radars américains, franchissent sans trop de pertes l’obstacle présenté par le feu des navires assaillis, et détruisent virtuellement un porte-avion et quinze autres bâtiments. C’est la déroute du «tout technologique». Coût de cet exercice informatique, doublé sur le terrain par 13.000 marins et les bâtiments correspondants: 250 millions de dollars. En vain! Difficile, en effet, pour d’éminents marins, d’admettre que leur flotte, la première du monde, aux qualités hors du commun, présente un défaut dans sa cuirasse. Les marins ne sont pas seuls visés. En 1987, les Tchadiens avaient ridiculisé les colonnes blindées libyennes, entre Faya et Ouadi Doum, au nord du Tchad. Virevoltant à toute allure avec des «pick-up» armés de missiles antichar Milan tirés à bout portant, les troupes d’Hissène Habré avaient fini par prendre d’assaut la base libyenne de Ouadi Doum et libéré le Borkou-Ennedi-Tibesti (BET) indûment occupé par les troupes du colonel Kadhafi. En 1991, lors de la guerre du Golfe, la méthode aurait pu resservir pour attaquer la coalition lors de sa mise en place en Arabie. Qu’on imagine vingt mille Irakiens montés sur cinq mille Jeeps, fonçant la nuit, au travers du désert, par vingt puis cent itinéraires différents, semant le désordre et la mort dans les bivouacs alliés grâce au tir des mitrailleuses et des antichars, détruisant blindés, véhicules et cantonnements, évitant, par l’imbrication recherchée des dispositifs, toute réaction des appuis adverses… Rentrés chez eux, probablement décimés, les Irakiens n’auraient pas gagné la guerre mais remporté une incomparable victoire. Que sera la guerre demain? On l’imagine volontiers «civile». Nombre d’Etats, trop faibles, sont menacés de subversion interne. On la voit plutôt rustique. D’ordinaire, les révoltés sont pauvres, peu structurés, dépourvus d’armements de haute technologie. La guerre, enfin, sera urbaine. En ville se trouvent le pouvoir et les biens, objectifs prioritaires des luttes internes. Pour rétablir ou imposer la paix, les armées doivent se prémunir contre l’inévitable surprise. Toujours nouveau sera leur adversaire, différent d’elles-mêmes, intermédiaire entre le soldat traditionnel et l’irrégulier d’hier, trublion sans loi, ni principes, sans tradition, ni héritage, cependant capable de s’organiser très vite pour prendre à contre-pied une force moderne. Il usera du terrorisme comme d’un procédé normal de combat.


Définitions

- Dans un conflit symétrique, les belligérants combattent pour des objectifs de même ordre (territoire à prendre ou à défendre), avec des moyens semblables (armées structurées en système de forces et d’armes), en utilisant les mêmes modes d’action sur le terrain et en respectant, peu ou prou, les lois de la guerre…- Dans un conflit dissymétrique, il y a divergence quasi totale entre les buts poursuivis, les moyens mis en œuvre, les voies suivies par les parties en présence.--------------------------------------------------------------------(1) Voir The New York Times, “For navy, Gulf incident offered a vision of 9/11 at sea”, Thom Shanker, 12-13 janvier 2007.

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