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Une petite tournée dans les écoles…

Par L'Economiste | Edition N°:1776 Le 26/05/2004 | Partager

. Centrale Laitière poursuit son travail de sensibilisation à la nutrition. Des actions citoyennes comme il en faudrait beaucoup. Le délabrement des écoles n’a d’égal que la négligence des hommes et des femmesAvec peu, on peut faire beaucoup. Surtout en ce qui concerne l’éducation publique, dont la pauvreté matérielle (et intellectuelle) vous agresse à tout bout de champ. L’engagement du ministère de l’Education nationale et de Centrale Laitière en est un exemple... Pas assez reproduit par l’EN. L’action des deux partenaires (qui ont signé une convention de cinq ans en mai dernier) est centrée sur des thèmes fédérateurs comme la sensibilisation des enfants aux problèmes de nutrition, l’équipement des infirmeries, la prise en charge d’élèves démunis et malades et la contribution au renforcement nutritionnel. Lundi dernier, 800.000 élèves de 2e année du cycle primaire ont suivi un cours de sensibilisation: “un petit-déjeuner sain et équilibré”. Le même cours avait été donné l’an dernier. Cette année, un petit millier d’élèves ont eu droit à une sorte de perfectionnement sur le rôle des nutriments dans la santé de l’enfant. Par ailleurs, la Centrale distribue100.000 petits-déjeuners aux élèves de l’enseignement primaire. La filiale du groupe ONA a mis entre 1 et 1,5 million de DH dans ces diverses opérations. Cette année, elle est accompagnée par l’agence Public’s.. Une pièce pour s’approprier la connaissanceSur le terrain, les résultats sont intéressants. Lundi dernier, à l’école Haman Bnou Rabah, dans la commune de Sala Al Madina, l’équipe de Centrale Laitière a été accueillie par des centaines de sourires, de rires et de piaillements de tout petits aussi radieux que le soleil… mais aussi par un navrant délabrement des meubles et des murs. Une fois dans la classe-témoin, vétuste mais colorée, les tables étaient réparties en blocs, de manière à favoriser la communication. Est-ce que cette disposition existe partout ailleurs, dans chaque classe? Est-ce possible d’enseigner ainsi, alors qu’il manque de tout pour enseigner justement?Petits et petites, assis côte à côte, ne suivaient pas le cours de la maîtresse sur le petit-déjeuner. Ils le faisaient. “Maîtresse! Maîtresse! Maîtresse!” criaient-ils tous ensemble. “Sans un petit-déjeuner sain, l’élève ne sera pas en forme la journée”, dit un enfant. Un autre se lève: “L’élève ne pourra pas travailler, ni se concentrer”. Puis une autre: “Il sera tout le temps fatigué”. Ces enfants ont sept ou huit ans. Ils ont même préparé une pièce théâtrale. Il y avait la maîtresse, divinement bien interprété par une petite fille de 7-8 ans, aux longs cheveux sur son tablier blanc. Elle crie, d’une voix étonnamment forte: c’est ça une maîtresse, la dame qui crie fort quand elle explique.Parmi ses élèves (du même âge qu’elle), un s’appelait “Dormeur” (Naassane en arabe). Devinez pourquoi! Il est pâle, il a l’air fatigué, fait remarquer une des petites comédiennes. Elle demande à Naassane s’il a pris son petit-déjeuner. Non, bien sûr. “Et voilà ce qui arrive quand on ne prend pas un petit-déjeuner sain et équilibré”, lui reprochent ses camarades, avant de lui offrir tous les éléments d’un bon petit-déjeuner. La manière de transmettre le message est astucieuse puisque la leçon n’en est plus une. C’est une réalité que les enfants comprennent et s’approprient. Ce sont peut-être des évidences que les adultes connaissent et ceux qui en ont les moyens pratiquent. Mais que ces enfants, issus de couches sociales défavorisées les intègrent, c’est une vraie bataille de gagnée. Une fois rentrés chez eux, ces petits expliqueront comment améliorer leur menu du matin. Ils “doivent” être comme les autres. Ceux qui n’en ont pas les moyens se sentiront écartés, “pas comme les autres”. Et les parents feront tout pour qu’ils ne le soient plus. Bref, sensibiliser un enfant, c’est sensibiliser une famille. Le ministère et Centrale Laitière l’ont bien compris. Au groupe scolaire de Bouknadel, zone semi-rurale, qui enseigne à près de 1.700 élèves, le staff de Centrale Laitière a distribué 560 “petits-déjeuners”: yaourt, biscuits et fromage. “Le complément liquide (jus ou lait) n’a pu être distribué pour des raisons de coût et de logistique”, explique Benoît Delavarene, directeur Marketing de Centrale Laitière. L’apport des opérations comme celle de Centrale Laitière est certes d’enseigner aux enfants à mieux se nourrir et se faire nourrir, mais il y a aussi la lutte contre l’échec scolaire. Il faudrait beaucoup d’initiatives comme celles-là pour convaincre qu’il y a d’autres manières de faire et de travailler que celle dans laquelle sont plongées ces écoles.


Les maîtresses moustachues

Les enfants du groupe scolaire Bouknadel sont mal habillés. Beaucoup d’entre eux sont sales. Ils ont l’air si fatigués, si démotivés… Il y a peu de sourires aussi, les regards sont tristes, abattus, voire soumis. Un coup d’oeil sur l’établissement et les enseignants suffit pour comprendre d’où vient ce grand malaise des enfants: les maîtresses moustachues à force d’être négligées, mal fagotées, mal lunées. Et les hommes? Pas mieux! Mal rasés, mal fagotés, mal lunés!Une grande cour ensablée: maigre verdure, et tout autour des murs dont la peinture rose et bleu ne cache pas la construction et l’entretien négligés, “je-m’en-foutiste”. Malgré cela, la grande main “matki’ch bladi”, en toile, posée comme un panneau d’affichage. Des classes nues, grises et sales comme des étables (odeur comprise), 46 élèves par classe; des sortes de draps occultent les fenêtres car il n’y a pas de volets pour protéger du soleil. A la sortie, trois ou quatre femmes, leur bébé sur le dos, sont là, on ne saura pas pourquoi.Dans cette école, pas de voile islamique. Dans une autre, plus des deux tiers des enseignantes portent le foulard, parmi lesquelles une seule l’étrenne élégamment: vert amande, retenu par une broche, sur un mignon petit tailleur-pantalon vert foncé. Mais les autres enseignantes sont tout aussi moustachues, tout aussi mal fagotées et mal lunées que leurs collègues de l’école précédente.Dans le groupe scolaire de Bouknadel, travaillent un directeur et 50 professeurs pour 1.709 élèves. La misère des lieux est couronnée par une odeur qui dépasse la notion du nauséabond! Une usine ou abattoir de poulets, en face de l’école, en est à l’origine. La puanteur est insoutenable. Par quelle autre négligence et incompétence, cet établissement sent-il aussi mauvais? A qui vont être servis les poulets élevés ou abattus dans une telle crasse? Où sont donc passés les services vétérinaires? Les protestations d’enseignants n’ont servi à rien: les écrits envoyés à la délégation de Sala Al Jadida sont restés lettre morte. “Alors qu’avec un peu de rigueur, un peu de travail, un peu de propreté, on pourrait commencer par faire retrouver le sourire (ndlr: et la dignité!) à ces enfants. Leur donner envie d’apprendre”, dit un membre de ce groupe d’écoles. Si les moyens matériels manquent clairement, planter un arbre ou deux, venir propre le matin, enthousiaste, décider de régler le problème de l’odeur nauséabonde, ne coûte certainement pas grand-chose. Mais c’est encore une fois cette “saleté de pauvreté intellectuelle” qui tue la mission d’enseignement. Mouna KADIRI

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