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Un courant idéologique belliqueux: Les «néoconservateurs» américains
Par Lahouari ADDI, Professeur de Sciences Po- Lyon

Par L'Economiste | Edition N°:2156 Le 23/11/2005 | Partager

Lahouari Addi, économiste et sociologue, a enseigné à l’université d’Oran, avant de devoir fuir son pays pour des raisons de sécurité. Il est aujourd’hui intégré au corps enseignant de l’Institut des études politiques («Sciences Po») de Lyon en France. Une conférence donnée au printemps dernier à Rabat a eu un énorme succès auprès des élites marocaines (www.leconomiste.com). Aussi L’Economiste a-t-il eu à coeur d’obtenir pour ses lecteurs la collaboration aussi régulière que possible de ce chercheur, qui s’est fait un nom dans la recherche française en sociologie politiqueLe champ politique américain est divisé, comme chacun le sait, en républicains et démocrates. La frontière entre les deux camps n’est pas aussi nette qu’on veut bien le croire, car il y a des «républicains modérés» qui ressemblent beaucoup à des «démocrates du centre». Ce clivage se retrouve dans le champ académique, particulièrement dans la discipline reine des campus américains, les Relations Internationales (qu’il faut traduire par «International Politics»). Là, dominent les «réalistes» ou néoconservateurs au détriment des «libéraux». . Le «self help» ou la méfianceLes premiers, les «néoconservateurs», ont un paradigme théoriquement cohérent bâti sur les concepts de puissance, de sécurité, de souveraineté, d’intérêt national, etc. Ils décryptent la scène mondiale, perçue comme anarchique, dans le sens où aucun des Etats n’obéit à aucune autorité supérieure à la sienne. Le «self help» des réalistes exprime la méfiance qu’ils ont envers les institutions internationales (Onu, Unesco, Cnuced…) et explique par exemple la position hostile des administrations républicaines à l’égard du traité instituant la Cour pénale internationale et les accords de Kyoto, même si, sur ces derniers, il y a un changement dans les discours. Pour un dirigeant républicain, puisant dans l’argumentaire “réaliste”, les institutions internationales sont une ruse diplomatique des petits Etats pour limiter la puissance souveraine des USA comme le montrent les votes à la majorité dans les différentes organisations de l’Onu. S’appuyant sur la tradition du parti démocrate à laquelle a appartenu le président Woodrow Wilson (inspirateur de la SDN en 1918), les libéraux sont favorables à un leadership américain à travers les institutions internationales comme l’Onu, mais aussi le FMI et les différents accords multilatéraux où les USA jouent un rôle hégémonique stabilisateur. C’est ce que les spécialistes appellent les «régimes internationaux» auxquels adhèrent des Etats qui jouissent par ailleurs, selon eux, de «biens publics internationaux» fournis par l’hégémon (terme qui regroupe les signes-instruments de la puissance ou de l’hégémonie: sécurité, monnaie internationale, respect des instruments juridiques…). . Attention aux free ridersIl faut cependant, disent-ils, se méfier des «passagers clandestins», les fameux «free riders» dont le nom est souvent traduit par «cavaliers libres» dans les ouvrages des sciences économiques. Ce sont des acteurs qui profitent d’un service public sans en supporter le coût, ni dans le prix, ni dans les impôts, ni dans la nuisance (leur influence sur les décisions publiques peut cependant être considérable, ce qui fait tout l’intérêt d’étudier les «cavaliers libres»). Quand ils sont trop nombreux, les «free riders» alourdissent les coûts supportés par les adhérents aux régimes. Selon ces nouveaux réalistes, les «passagers clandestins» seraient, par exemple, ces pays qui, sans adhérer à l’OMC et sans respecter ses clauses, profitent néanmoins des avantages liés au régime commercial de l’OMC. Les débats universitaires entre les deux visions ont été intenses et, souvent, des convergences se sont dessinées, les uns faisant des concessions théoriques aux autres. Deux événements majeurs viendront cependant bouleverser la routine des débats entre les deux écoles: la chute du mur de Berlin en 1989 et les attentats contre le World Trade Center le 11 septembre 2001. La chute du mur de Berlin avait semblé donner raison aux réalistes qui se félicitaient que leur pays soit sorti vainqueur de la guerre froide grâce à la course aux armements, accélérée par l’administration Reagan dans les années 80. La démonstration de la puissance militaire aurait été payante et aurait mis à genoux l’ennemi communiste. La dislocation de l’empire soviétique aura comme conséquence, sur le champ académique, de renforcer un courant intellectuel extrémiste, jusque-là minoritaire, apparu au milieu des années 70, appelé les «néoconservateurs», en raison de leurs positions idéologiques droitières et de leur activisme militant emprunté aux groupuscules gauchistes. . Plus long que la guerre froideIls rejettent la notion «réaliste» d’équilibre de puissances, chère à Henry Kissinger, et se prononcent pour un «impérialisme démocratique» propageant les valeurs américaines. Ils mèneront un véritable travail de guérilla contre l’administration Clinton qu’ils détestent, à la faveur de la victoire des républicains au Congrès en 1994, et occuperont des postes-clés après avec l’élection de George W. Bush en 2000. Les attentats du 11 septembre donneront à leurs idées une notoriété publique, se déployant dans les médias qu’ils utilisent pour influencer l’électorat. Ils font du 11 septembre la preuve de la validité de leur discours axé sur les forces du mal prêtes à détruire l’Amérique et ses valeurs. C’est ainsi qu’ils ont été les ardents défenseurs de la guerre en Irak, présentant Saddam Hussein comme un leader disposant d’armes de destruction massive destinées à être utilisées contre l’Amérique par des terroristes islamistes. Paul Wolfowitz, fervent apôtre de l’invasion en Irak quand il était secrétaire adjoint à la Défense, soutenait qu’il fallait «débaathiser» l’Irak comme l’Allemagne a été «dénazifiée». Le combat pour la sécurité internationale et la paix mondiale, ajoutait-il, est celui de la chute de tous les régimes autoritaires hostiles aux USA. Ce combat, pense-t-il, durera plus longtemps que celui de la guerre froide et sera aussi dur que celui de la Deuxième Guerre mondiale. L’échec de l’armée américaine, embourbée en Irak, à qui les néoréalistes avaient promis un accueil avec des fleurs à Bagdad, les a obligés à se replier. Paul Wolfowitz a quitté le Pentagone et a été nommé directeur général du FMI. Dans ses nouvelles fonctions, il estime que la pauvreté est une source d’insécurité pleine de menaces pour la paix mondiale. Dans ses différents entretiens accordés à la presse, il tente de faire prendre conscience à l’Amérique que le monde ressemble à une grande métropole du tiers-monde où les quartiers riches, à proximité de bidonvilles explosifs, sont menacés dans leur quiétude. La question reste cependant de savoir si la solution pour éradiquer les bidonvilles à l’échelle mondiale est militaire ou politique.


Autour de «Project for a New American Century»

Ce courant regroupe de nombreux universitaires, dont Irving Kristol, le fondateur du mouvement connu pour son idéalisme et son passé trotskiste, Michael Ledeen, théoricien de la guerre antiterroriste (et aussi impliqué dans le scandale de l’Irangate), Albert Wohlstetter, spécialiste de stratégie militaire, Allen Bloom, critique féroce du relativisme culturel, Paul Wolfowitz, le célébrisssime professeur de Relations internationales, etc. Très marqués à droite et estimant que les Etats-Unis doivent jouer un rôle plus agressif sur le plan mondial pour défendre les valeurs libérales, ces intellectuels, qui ont créé en 1996 l’influent think tank «Project for a New American Century» (PNAC), essaient de convaincre les décideurs de la mission des USA pour modeler le monde selon les valeurs idéologiques de l’Amérique. Pour eux, le meilleur allié des USA est Israël qu’il faut défendre au risque de provoquer un conflit mondial.


Michael Ledeen, ancien conseiller au département d’Etat et impliqué dans l’affaire de l’Irangate, est un des leaders du PNAC, l’un des groupes de réflexion les plus influents sur la politique étrangère américaine. Son dernier livre est «The war against the terror masters». L’auteur estime que cette guerre durera plus longtemps que la guerre froide qui avait occupé les relations internationales du milieu des années 50 jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989 (Ph. American Enterprise Institute)Ancien gauchiste (trotskiste), Irving Kristol est souvent considéré comme le fondateur du nouveau conservatisme américain, ou du «nouveau réalisme», lequel n’a plus rien à voir avec l’idée d’équilibre des puissances, qu’avait développée un «ancien réalisme», celui de Henry Kissinger. Outre le PNAC, Kristol a participé à la création du groupe de recherche «American Enterprise Institute», où la plupart de ceux que nous citons ci-contre travaillent. Il est aussi cofondateur de deux revues axées sur l’intérêt collectif, National Interest -disparue tout récemment- et Public Interest. Son dernier livre est «Neoconservatisme, autobiography of an idea» (Ph. American Enterprise Institute)
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