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Culture

Violences en France
Peut-être que moi aussi j’aurais brûlé des voitures…
Par Jamal BELHARACH, PDG de Manpower-Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:2156 Le 23/11/2005 | Partager

Jamal Belharach est «beur», Franco-marocain de deuxième génération. Il a eu un engagement politique remarqué en France où il a notamment participé à faire reculer le Front national à Dreux, une ville devenue, depuis, le symbole de la mobilisation contre Le Pen Les événements récents dans les banlieues françaises ne peuvent laisser indifférent. Préalablement, levons toute ambiguïté. Ma condamnation est totale s’agissant des incendies comme des actes de violences perpétrés contre des hommes et des femmes innocents, qu’ils soient policiers ou particuliers. Ces actes doivent êtres punis par la loi et durement. Tuer gratuitement un père de famille mérite la peine maximale et cela est un acte de voyou et effectivement de «racaille».Cela dit, prenons un peu de recul et analysons les raisons de cette situation. Les propos de Sarkozy ne sont pas dignes d’un homme d’Etat, certes, mais dire que c’est essentiellement cela qui a mis le feu aux poudres, c’est aller vite en besogne et insulter l’intelligence de toute une communauté issue de l’immigration qui a toujours souffert d’indifférence.. La victimisation n’est pas de mise50% de chômeurs dans les quartiers difficiles, une génération de Français issus de l’immigration très diplômés ne trouvant pas d’entreprise d’accueil, des stages impossibles à obtenir, une acculturation du fait d’une vie de quartier devenu le seul lieu de socialisation, un racisme qui ne dit pas son nom au quotidien… La liste serait trop longue, tant les maux subis sont importants.L’heure n’est pas à la victimisation, la gauche s’en est chargée pendant vingt ans pour des considérations politiques et politiciennes, mais force est de constater que le passif est lourd à porter.J’entends déjà les discours… Les uns disent que l’on devrait les renvoyer chez eux en oubliant qu’ils sont Français; les autres se demandent pourquoi ils se plaignent, c’est une chance de vivre en France!A qui la faute? Tous coupables mais pas responsables. De la responsabilité familiale à celle des politiques en passant par les entreprises et l’enseignement.Ma génération (la deuxième) a été sauvée car nos parents ont été très présents dans notre éducation et n’ont pas trop souffert du chômage en son temps. Aujourd’hui, ces mêmes parents n’ont plus d’autorité car, aux yeux de leurs enfants, ils ont perdu tout crédit. En effet, la majorité de ces troisième et quatrième générations n’ont pas vu leurs parents travailler. Comment voulez-vous qu’ils développent une culture de l’effort? L’exemple est devenu celui de la rue, de l’argent facile. C’est pourquoi il faut tirer un grand coup de chapeau à tous ces jeunes qui font un effort considérable pour continuer d’aller à l’école et faire des études pour sortir avec un diplôme. Et il y en a beaucoup. . La gauche s’est trompéeMalheureusement, la société ne fait pas beaucoup d’efforts pour les aider à entrer dans la vie active, avoir un statut et une dignité. C’est cela qu’ils veulent et rien d’autre.Liberté–Egalité–Fraternité, n’est-ce pas la devise de ce grand pays qu’est la France? En vérité, l’égalité n’existe pas. Les exemples ne manquent pas. Oui, la France est grande et ne mérite pas ce spectacle désolant qui fait mal à tout le monde.Mais la France refuse sa diversité et ce, depuis toujours. Les Français n’ont pas compris que la France est devenue plurielle car elle a fait un choix. Depuis quarante ans. Ce choix n’a pas été accompagné sérieusement pour éviter d’enfanter d’une génération sans identité.Le monde a changé, mais pas les idées de tous bords politiques. Depuis 1981, la gauche a instrumentalisé une communauté tout entière, qu’elle a poussée au communautarisme sans jamais donner un contenu au mot «intégration». Ou plutôt si. La règle était la suivante: un «rebeu» ou un black ne pouvait être que de gauche. Pas un député, pas une seule tête bronzée à des postes à responsabilité dans les médias, dans l’administration. La gauche a tué un rêve. Elle a leurré une génération de jeunes qui avaient des projets. Aujourd’hui, cette gauche devrait faire preuve d’humilité.Il a fallu attendre un gouvernement de droite pour voir un ministre issu de l’immigration avec Tokia Safi, aujourd’hui député européen. Pour autant, la droite a failli également. Couper les crédits des associations, mettre des jeunes sur des listes électorales en position non-éligible, insuffisance des moyens pour les écoles en milieux sensibles sont autant de manquements qu’aujourd’hui il faut savoir réparer.Ces jeunes souffrent de l’indifférence, ils crient leur colère et n’acceptent plus d’être sacrifiés. De plus, ce sont davantage les jeunes mineurs qui jetaient les pierres et les cocktails Molotov.A droite comme à gauche, la diversité est une réalité non encore intégrée dans l’esprit. A entendre les récents propos d’Eric Raoult (député-maire UMP du Raincy en Seine-Saint-Denis où ont eu lieu les violences les plus longues et les plus graves), je me dis que l’heure est grave: «Nous ne devons rien regretter», voilà des propos irresponsables mais qui confirment que ces politiques n’ont rien compris. La France ne veut pas intégrer et ne sait pas le faire. Critiquer le modèle anglo-saxon c’est bien, mais que proposer en face des réalités de cet échec et de ce mensonge permanent? Cette génération issue de l’immigration (dont je fais partie) doit se battre pour exister. D’abord, par ses compétences et en gérant sa double culture. Cette double culture doit être perçue comme une chance, une opportunité et une richesse pour la France et son avenir.Il est temps de se mettre collectivement sans clivage politique autour d’une table pour parler et bâtir une stratégie afin que les générations futures ne vivent pas les mêmes problèmes.A ceux qui sont confortablement assis, je dis: Faites l’effort de regarder le monde et la vie de tous les jours avec les yeux de ces jeunes qui souffrent, vous comprendrez alors que c’est l’absence d’horizon qui guide leur instinct et pas la raison. Les avoir abandonnés à leur sort, à leur quartier est un acte irresponsable. Ils veulent un travail pour pouvoir fonder une famille comme tout un chacun. Ils veulent qu’on ne les regarde plus avec un a priori négatif!Leurs actes sont inacceptables, mais l’inaction des politiques depuis trente ans et le refus de la diversité sont, d’une certaine manière, également criminels.Je suggère une conférence nationale sur l’intégration avec l’implication de tous les acteurs de tous bords. Sur cette question, il faut une union sacrée. L’avenir de la France en dépend pour partie. De cette conférence, devront naître des propositions concrètes sur la problématique de l’emploi, de la formation et ce, dans les domaines public et privé. La diversité doit voir le jour dans tous les pans de l’économie et de la société française.Cette génération a besoin de «grands frères» à qui s’identifier, pour dire que c’est possible de réussir en France en étant issu de l’immigration.Pour cela, il faut leur tendre la main pour la première fois et ensuite les laisser faire leur chemin. La France est un grand pays qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Je me suis pris en main, mais sans une main tendue, un mois d’avril 1985, j’aurais peut-être été parmi les brûleurs de voitures.Comme au jeu d’échecs, lorsque l’on se trouve «échec et mat», on n’a pas d’autre choix que d’entamer une autre partie, mais en adoptant une autre stratégie cette fois.


Refus de la diversité

Ce refus de la diversité est tel qu’il ne s’exerce pas que dans l’Hexagone. En effet, mon expérience personnelle au Maroc, depuis huit ans, me montre que notre binationalité n’est pas du tout acceptée par les instances diplomatiques sauf pour nous comptabiliser dans les statistiques.Le premier ministre des Affaires étrangères à faire cas de cette communauté de binationaux a été Michel Barnier et ce, sous influence et insistance d’une consul très engagée sur la question et fort critiquée au demeurant par la communauté française de «souche» de Casablanca. Heureusement, Dominique de Villepin a pris le relais lors de son dernier passage au Maroc.Il n’y a pas de solution miracle. Néanmoins, nous devons; ils doivent initier un processus long pour redonner de l’espoir à toute une génération et prouver que la devise de la France est une réalité.

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