×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Tous les espoirs des agrochimistes conservés au fond des éprouvettes

    Par L'Economiste | Edition N°:601 Le 23/09/1999 | Partager

    · Certains responsables de multinationales imaginent une économie mondiale génétiquement
    modifiée

    · Des bio-prospecteurs volent des matériels génétiques pour se constituer des portefeuilles de nouveaux OGM


    Ce sera le meilleur des mondes. Et il sera transgénique... Malgré un débat agité autour des plantes génétiquement modifiées (voir article ci-contre), ces fameux OGM souvent qualifiés de "Frankenstein Food", les plus grandes multinationales de l'agrochimie conservent tous leurs espoirs au fond de l'éprouvette. Elles sont une poignée, dix précisément: Monsanto, Novartis, AgrAvo, DuPont, Rhône Poulenc, BASF ou encore Astra-Zenecca, Bayer, Dow Agrosciences, American Home Products. Toutes de nationalité américaine ou européenne, mais toutes installées aux quatre coins de la planète.
    Pour ces conquistadores des cultures transgéniques, la révolution du troisième millénaire est déjà en marche. A coups de milliards de Dollars, elles parient, depuis plus de deux décennies, sur l'irruption massive des produits transgéniques. Les grandes manoeuvres de cette bataille planétaire ont commencé lorsque les laboratoires Monsanto ont été capables de manipuler de petits morceaux de gènes. Au point de pouvoir les extraire d'un organisme vivant pour les introduire dans un autre. Depuis, le génie génétique ne cesse de stimuler leur appétit. Et pour cause, jusqu'ici, ces multinationales de l'agrochimie, spécialistes des plantes, se partageaient un marché des pesticides (fongicides, insecticides et herbicides) et des engrais d'environ 30 milliards de Dollars par an, soit près de 80% du marché mondial. Aujourd'hui, c'est le jackpot: elles peuvent continuer de vendre leurs herbicides tout en s'ouvrant le nouveau marché des semences génétiquement modifiées.
    Mais la bataille décisive est celle des brevets. Les forêts des pays en développement sont devenues l'or vert de ces entreprises. Elles y envoient leurs bio-prospecteurs. Au Brésil, au Pérou, en Chine, en Afrique... un peu partout, ils s'empressent de trouver le "bon" gêne dans l'espoir de modeler une plante aux couleurs du marché. Ces pratiques consistent à "voler" des matériels génétiques et un savoir ancestral en vue d'élaborer de nouveaux produits génétiquement modifiés. Par le biais des brevets, toutes ces entreprises sont en train de se constituer des portefeuilles de nouveaux produits génétiques modifiés. Car, pour elles, tout reste à faire, tout reste à jouer.

    "La révolution des biotechnologies est comparable à celle de l'Internet. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de détenir le premier l'information, génétique dans un cas, informatique dans l'autre", explique Daniel Rahier de Monsanto. Il faut donc devenir l'Intel de l'agriculture, être en situation de domination pour contraindre le marché à utiliser une séquence codande protégée par un brevet. Les enjeux d'une telle course sont colossaux. Il s'agit cette fois de jouer directement sur le produit fini. Partout on s'active, on rêve à la plus performante des biotechnologies. La possibilité de greffer des gènes sur certains produits alimentaires permet d'imaginer des fruits, des légumes ou des viandes génétiquement reconstruits à la carte et en fonction des desiderata de l'industrie agro-alimentaire. Un pactole gigantesque évalué à plus de 12.000 milliards de Francs. Mais l'imagination des "ex-agrochimistes" ne s'arrête pas là. A les entendre, les responsables de ces multinationales donnent l'impression d'imaginer une économie mondiale génétiquement modifiée. "Notre centre de recherche de San Diego, en Californie, compte 600 personnes. Nous y effectuons des recherches sur la génomique fonctionnelle et ce programme, qui s'étale sur dix ans, représente un investissement de près de 600 millions de Dollars", explique André Goig, patron de Novartis pour l'Europe. Agriculture, santé, environnement, mais aussi énergie, chimie, textile... aucun secteur n'échappera aux offres des agrochimistes. Les chimistes de Monsanto ont déjà réalisé une plante usine capable de produire du plastique. De la même façon, des gènes sont capables de modifier la composition du coton... pour lui donner les caractéristiques des fibres synthétiques ou la couleur bleue d'un jeans. D'autres plantes permettront bientôt de fabriquer des huiles spéciales utilisées dans certaines industries de pointe.


    Les aliments transgéniques sont-ils dangereux pour la santé?


    Toutes les plantes transgéniques passent, aux Etats-Unis comme en Europe, devant des instances de contrôle des risques sanitaires. Comme pour les démarches d'homologation de médicaments ou de pesticides, la preuve de l'innocuité doit être apportée par des études réalisées par le fabricant, les experts nationaux se réservant le droit de demander des compléments d'examens. Ce système n'est évidemment pas sans faille. D'où le débat d'experts engagé sur l'innocuit_ du soja de Monsanto ou du maïs de Novartis, entre autres plantes. Notamment, la présence dans ce maïs d'un gène de résistance à un antibiotique, a fait craindre que cette plante ne participe à la propagation de souches bactériennes résistantes à des antibiotiques, problème majeur en santé publique. En 1997, les experts européens ont, à une faible majorité, estimé le risque quasi nul. Néanmoins, Novartis s'est engagée à mettre au point des plantes dépourvues de ce gène embarrassant.

    Vittorio DE FILIPPIS
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc