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    Economie

    Reportage dans le Haut Atlas: Comment les enfants vivent l'école

    Par L'Economiste | Edition N°:645 Le 24/11/1999 | Partager



    · Des matières de construction aux équipements en passant par les programmes, plusieurs éléments ne facilitent pas l'intégration de l'école dans le monde rural
    · Des handicaps propres aux régions berbères
    · La qualité de l'enseignement en est alors affectée



    Au coeur du Haut Atlas, à 2.000 mètres d'altitude, l'école, en béton armé, semble étrangère à cet environnement montagnard. Tout autour, les maisons sont construites à partir de matières primaires, terres, branches et troncs d'arbres. "Elles sont ainsi mieux adaptées au climat local", explique Mohamed, instituteur affecté dans le village de R'bat à deux heures à dos de mulet du Centre Tabant dans la Province d'Azilal. En effet, et comme le confirment les habitants de la région, "les maisons retiennent plus de chaleur l'hiver et dégagent de la fraîcheur l'été, contrairement au béton armé". Avec en prime du zinc pour le toit, l'air dans les classes devient irrespirable l'été avec une chaleur de plomb. L'hiver, et en l'absence souvent de chauffage, elles ressemblent davantage à des chambres froides. "En cette saison surtout, il devient difficile d'assurer les cours avec le froid qui y règne. Les doigts sont ankylosés et souvent les enfants sont incapables d'écrire", commente Mohamed. Son collègue Yassine explique pour sa part que cette situation constitue déjà un élément d'exclusion de l'école de son environnement". Mais il ne s'agit pas de l'unique handicap. D'autres jouent contre cette insertion.

    Problème de communication


    Il s'agit principalement des équipements, notamment sanitaires. Ainsi par exemple, et en l'absence de latrines, une majorité de filles quittent l'école dès la cinquième ou la sixième année du fondamental. "Alors que leur effectif dépasse parfois celui des garçons pour les premières années, la tendance est renversée pour celles du niveau terminal". Cette situation s'explique par des considérations de pudeur. "En 6ème année, la fille est déjà considérée "mature(1)" dans ces régions. Les parents ne tolèrent pas que leurs filles se découvrent à l'école en allant aux toilettes (au grand air)".
    Autre handicap, la langue. Elle constitue un sérieux facteur d'exclusion, si ce n'est parfois le principal. Cet élément est sensiblement ressenti dans les régions berbères (cas de la région de Bougamaz dans la Province d'Azilal). La difficulté de communication est alors vécue par les enseignants non berbères et ce, à deux niveaux. D'abord entre eux et la population locale dans la vie quotidienne, mais aussi lorsqu'un parent désire s'informer sur la situation de ses enfants. Ensuite, les choses se compliquent davantage en classe, particulièrement lorsqu'un instituteur, ne maîtrisant pas la langue berbère, a en charge une classe de première année du fondamental où les enfants ne comprennent pas le moindre mot de l'arabe. "La classe se transforme alors en cirque où l'instituteur peut piquer des crises de nerfs. Les enfants sont aussi lésés, puisque les cours ne sont pas assurés dans des conditions normales", reprochent plusieurs instituteurs.

    Et les programmes?


    S'agissant des programmes, là aussi la contradiction entre leur contenu et le quotidien des élèves est flagrante. Comme le commente Youssef originaire de Béni-Mellal, "il n'existe pas un seul Maroc, mais plusieurs Maroc». Les programmes scolaires doivent ainsi être adaptés en fonction des spécificités de chaque région, estime-t-il. "Comment parler aux élèves des feux de circulation, du train ou encore d'un shopping en supermarché alors que la majorité d'entre eux n'ont jamais eu l'occasion de voir même un véhicule et que la notion de shopping demeure abstraite pour eux?» Aussi les enseignants tentent-ils d'adapter ces programmes "en exploitant des éléments de l'environnement des enfants. Mais cela demeure insuffisant", expliquent-ils.
    A cette liste, non exhaustive, s'ajoute une particularité souvent propre à la campagne. Il s'agit de celle des classes à niveaux multiples. La même séance est alors partagée entre deux groupes différents. "En plus de la perte de temps, l'enseignant doit se partager entre deux classes. La qualité de la séance s'en trouve alors affectée". Les explications avancées pour justifier ce type d'enseignement sont souvent le faible effectif des élèves pour un niveau scolaire donné ou le manque de moyens, notamment humains.
    Par ailleurs, l'enclavement des villages et l'absence de routes et de moyens de transport font que les vacances des enseignants et des administratifs sont souvent prolongées. Souvent, les départs en congé sont programmés un jour avant la date réglementaire et le retour une ou deux journées après celle de la rentrée. Ainsi, ce sont des milliers de journées de travail qui sont perdues, compte tenu du nombre des enseignants dans le monde rural.

    Aniss MAGHRI

    (1) Dans certains villages, notamment celui de R'bat, les filles sont proposées au mariage dès l'âge de 12 ans.

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