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    Economie

    Rénover la politique de coopération, une ardente opération

    Par L'Economiste | Edition N°:646 Le 25/11/1999 | Partager

    · L'Europe et la France doivent soutenir SM le Roi Mohammed VI dans sa volonté de réforme

    · De la rencontre de deux ambitions fortes peut naître une politique méditerranéenne rénovée


    L'alternance, c'est SM le Roi! La formule est lapidaire, voire provocante. Elle a aussi le mérite d'être juste, car elle résume bien le sentiment de la population marocaine quatre mois après l'avènement du nouveau Roi SM Mohammed VI. Le jeune Monarque a fait naître un espoir immense, à la mesure de la détresse sociale qui existe dans les couches les plus défavorisées et dans des régions comme le Rif et le Sahara. Cet espoir est aussi partagé par de nombreux hauts fonctionnaires, jeunes entrepreneurs, banquiers qui appartiennent à une génération déterminée à faire réussir à leur pays son examen d'entrée dans le XXIème siècle. Un espoir qui est aussi à la mesure de la déception provoquée par près de deux ans de gouvernement d'une coalition présidée par Abderrahman Youssoufi, chef de l'Union Socialiste des Forces Populaires. Le renouvellement des élites qui a suivi les élections de 1997 est resté limité, car il s'est fait par cooptation, avec des mécanismes de filtrage relevant de la traditionnelle "toile d'araignée" qui constitue le mahkzen, le pouvoir royal. Rénover ce système, l'ouvrir sur le talent que recèle une population de 30 millions d'habitants, est l'un des grands défis auxquels est confronté le successeur de feu Hassan II. Il faut aussi espérer que les partenaires occidentaux du Maroc (en particulier la France) sachent davantage comprendre et appuyer l'expérience de rénovation du jeu politique et économique marocain. Ce soutien ne doit pas être inconditionnel mais les événements de ces dernières semaines montrent que SM le Roi Mohammed VI a le courage de ses ambitions.

    La France et l'Europe peuvent être plus présentes dans ce débat: lesaccords de libre-échange signés par le Maroc et l'Union Européennereprésentent, plus que les nombreux accords signés au fil des ans avec le FMI et la Banque Mondiale, le véritable réajustement économique et structurel du Maroc. L'ouverture des frontières mettra à mal un tissu industriel souvent fragile, mais aussi des rentes de situation scandaleuses que la "marocanisation" des intérêts étrangers dans les années 60 a distribuées aux grands du Royaume et dont la grande masse des Marocains a fait les frais.

    Mieux gérer les crédits


    La question-clé demeure celle de l'attractivité des investissements étrangers. Le Maroc a montré sa capacité à convaincre grâce à la qualité de ses grands commis de l'Etat, intègres et compétents: ceux qui gèrent les douanes, les phosphates, l'électricité, etc. Encore faut-il que le Maroc nomme ses meilleurs fils aux postes-clés.
    De son côté, l'Union Européenne pourrait gérer les crédits qu'elle accorde au Maroc de façon plus efficace et plus transparente. Tout comme de nombreux crédits en provenance de la Banque Mondiale, des sommes considérables sont affectées aux ministères marocains, hors budget, et vont souvent aux offices nationaux, véritables tonneaux des Danaïdes. Les parlementaires n'ont jamais leur mot à dire, alors que ces crédits, une fois tirés, constituent une part de la dette extérieure du Royaume. Rares sont les entrepreneurs et petits paysans qui peuvent bénéficier de ces sommes.
    L'aide française est mieux ciblée mais sans doute trop dispersée. Que l'Union européenne finance une école supérieure des industriestextiles, ce qui n'est pas prioritaire, et forme des ingénieurs, dont la plupart semblent être des fils d'industriels locaux qui ont largement les moyens personnels de se former, semble aberrant. Il faut dire que le Parlement européen, pour sa part, ne semble rien contrôler du tout: l'opacité et, pour tout dire, la corruption tacite ne sont pas l'apanage de la rive sud de la Méditerranée. Rénover la politique de coopération économique avec le Maroc et avec d'autres pays de la rive sud est une ardente obligation: l'Union Européenne osera-t-elle avoir le courage des ambitions qu'elle affiche? C'est au prix d'une telle remise en ordre que l'Europe et la France pourront parler "vrai" au Maroc et qu'elles auront une chance d'être entendues. Ni les scénarios-catastrophes, tellement à la mode en Europe aujourd'hui, ni les compliments faits par certains dirigeants européens aux dictateurs de la région ne sont de mise. Le moment est bien choisi pour une politique plus honnête et plus ambitieuse face à un Roi qui affiche une volonté forte de réformer son pays. De la rencontre de deux ambitions fortes peut naître une politique méditerranéenne rénovée.

    Francis GHILES
    Syndication L'Economiste-
    Libération (France)

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