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    "Un principe décliné à tous les niveaux, l'intérêt de l'apprenant au coeur du système"

    Par L'Economiste | Edition N°:756 Le 27/04/2000 | Partager

    . Abdelaziz Méziane Belfkih, président de la Cosef

    Mettre à niveau l'école, la réconcilier avec les Marocains, améliorer la qualité de l'éducation, doper les ressources humaines... M. Abdelaziz Méziane Belfkih, conseiller de SM le Roi, livre les grandes lignes de la réforme de l'enseignement et sa vision de l'école de demain.

    - L'Economiste: Qu'est-ce qui changera pour l'école dès septembre prochain?
    - M. Abdelaziz Belfkih Méziane:
    La première année ne connaîtra pas de grands bouleversements car les changements demandés sont tellement importants qu'ils exigent eux-mêmes du temps. Les deux premières années, les changements s'effectueront en douceur car il faudra former à la nouvelle pédagogie. Septembre 2002 sera ainsi le premier rendez-vous de la Charte, où tous les enfants marocains de 6 ans doivent pouvoir trouver une place à l'école.

    - Y arrivera-t-on?
    - Avec les anciennes méthodes, il sera difficile d'y arriver. Pour cela, le changement touchera la planification. L'objectif aujourd'hui est de disposer d'un plan de scolarisation par commune. Un travail est actuellement en cours au MEN auprès des 1.500 communes afin de dresser un état des lieux et de définir les besoins en infrastructures, en équipements pédagogiques, en formation...
    Pour le préscolaire, la même méthode sera utilisée, sauf que ce ne sera pas l'Etat qui opérera. Sa mission consiste à définir ce palier, ainsi que ses objectifs, former les éducateurs et ensuite déterminer les zones d'éducation prioritaires, c'est-à-dire là où l'Etat consentira des subventions. Le préscolaire relèvera ainsi du secteur privé avec un soutien financier de l'Etat pour les zones d'éducation prioritaires.

    - Justement, quelle place occupe le secteur privé dans la réforme?
    - Elle est très grande. La part de l'offre privée dans le système reste quantitativement modeste. Elle avoisine aujourd'hui les 3% de l'ensemble des effectifs du fondamental et du secondaire (préscolaire non compris). La présence du privé n'est réellement significative et conséquente qu'au niveau du préscolaire et de la formation professionnelle.
    L'objectif de la Charte est que ce secteur passe de 3 à 20% en 2010. Il devra prendre entièrement en charge le préscolaire, sur la base d'une subvention par élève et par an pour des zones bien déterminées.
    Autrement dit, des régions où les enfants n'accèdent pas à ce palier et où il est important qu'ils y soient présents. Car c'est cela l'égalité des chances.

    Le libre et le conventionné


    - Toujours concernant le secteur privé, que lui réserve la réforme concrètement?
    - Schématiquement, il y aura deux types d'opérateur privé. Le premier est dit libre, à l'instar de ce qui se pratique aujourd'hui, avec l'obtention de toutes les autorisations nécessaires auprès du Ministère de l'Education Nationale pour la création d'une école.
    Second opérateur, le privé-conventionné. Ce dernier s'astreint à toutes les règles du secteur public, c'est-à-dire à réaliser les objectifs pédagogiques fixés, suivre les nouvelles méthodes d'enseignement exigées, ouvrir les comptes financiers, permettre à l'Etat de discuter les tarifs, se soumettre à toute évaluation et autoriser la publication des résultats de l'institution, notamment. En contrepartie, cet opérateur bénéficiera d'incitations fiscales ou d'aides à la solvabilité de la demande. Dans ce service public conventionné, chaque école signera un cahier des charges avec l'Etat pour l'ensemble du cursus. A signaler que dans ce système, le bénéfice des avantages est remis en cause chaque année, en fonction des résultats.
    Dans tous les cas, les deux opérateurs seront soumis aux mêmes programmes et méthodes pédagogiques. Cependant, la Charte prévoit la possibilité pour une institution de présenter un projet pédagogique pour aider à l'innovation, sous réserve que les enseignements de base soient fournis et que les diplômes nationaux soient délivrés par l'institution. Nous ne permettrons pas à une institution de délivrer, par exemple, un bac français, tchèque ou italien.

    - Est-ce possible dans le système libre?
    - Non. L'éducation est une affaire nationale et les diplômes nationaux priment et doivent être défendus. Une institution doit programmer les examens du baccalauréat marocain d'abord et un autre en parallèle si elle le souhaite, mais pas au détriment du diplôme national. Les baccalauréats étrangers sont du ressort des établissements faisant l'objet d'un accord de coopération d'Etat à Etat.

    - On parle beaucoup d'arabisation totale de l'enseignement, comment cela se passera-t-il? Et quelle sera la place réservée aux autres langues?
    - Il y aura arabisation, mais elle ne peut pas être exclusive. La Cosef est arrivée à bâtir une solution qui reflète bien la réalité de notre paysage linguistique, surtout les possibilités de son développement. Comme langue d'enseignement, l'arabe est une donnée incontournable et il serait anormal qu'elle soit bloquée à un niveau du cursus et qu'elle ne puisse pas se développer dans l'ensemble des paliers. La Charte se donne un objectif qui est celui de dix ans et des moyens qui sont l'Académie de la langue arabe et les centres de perfectionnement de la langue, notamment. Mais cela ne signifie pas que sera instauré un enseignement unilingue. Aujourd'hui, la maîtrise d'une deuxième langue au moins fait partie du SMIG linguistique de tous. C'est pour cela que la réforme introduit les langues étrangères en début de scolarité. Nous n'avons pas voulu spécifier quelles seraient les langues étrangères car nous avons considéré que dans une Charte nationale, nous ne pouvons aborder que la langue arabe.

    - Quelle solution sera adoptée pour l'enseignement des sciences, victime de rupture linguistique entre le secondaire et le supérieur?
    - A ce niveau, nous considérons qu'il n'y a pas de langue privilégiée. Un grand principe existe au niveau de la Charte, décliné à tous les niveaux, à savoir l'intérêt de l'apprenant qui est au coeur du système. Effectivement, un problème de rupture linguistique existe aujourd'hui entre le secondaire et le supérieur. Traiter cette question simplement avec des slogans n'est pas une bonne réponse.
    Il faut donc que l'arabe puisse trouver sa place dans le supérieur. Par exemple, dans les études médicales ou d'ingénieur il faut pouvoir dispenser des enseignements en arabe. Ce qui préparerait mieux nos cadres à intégrer leur milieu professionnel. Cependant, cela ne signifie pas qu'il n'y aura que la langue arabe dans le supérieur, d'autres modules ont aussi leur place.
    Aujourd'hui, le baccalauréat est considéré comme une porte d'accès au supérieur. Si c'est ainsi, il faut déjà à ce niveau préparer les élèves à devenir de bons étudiants. C'est l'orientation de leurs études supérieures qui commande leur langue de spécialisation. Autrement dit, la langue d'enseignement nécessaire pour les disciplines les plus spécialisées au niveau du baccalauréat est déterminée par le réceptacle existant au niveau de l'enseignement supérieur. C'est là la traduction du principe de l'intérêt de l'élève au coeur du système. Il n'y a donc pas de choix irréversible de langue.

    - Qu'en est-il des dialectes locaux?
    - En application du même principe voulant que l'intérêt des élèves soit au coeur du système, il faut permettre aux enfants berbérophones de poursuivre une scolarisation au cours de leurs premières années aussi harmonieuse que celles des autres élèves. Dans ce cas-là, les autorités pédagogiques régionales pourront opter pour cette langue. Pour ce qui est de l'université, elle verra la création de structures de recherche et de développement linguistique et culturel amazigh, ainsi que des formations de formateurs et de développement de programmes et curricula scolaires.

    - La question du financement préoccupe également beaucoup...
    - En effet, il s'agit de préoccupations pratiques: qui payera, comment et quand? Pour tout l'enseignement obligatoire, la scolarité des enfants âgés de 6 à 15 ans sera gratuite. Ce n'est qu'à partir du secondaire (cycle du baccalauréat) que la contribution des parents qui le peuvent interviendra mais dans un délai de cinq ans, après que la réussite de la réforme aura été avérée. Pour ce qui est du supérieur, le délai est de trois ans après l'application de la réforme. Le discours de S.M. le Roi devant le Parlement en octobre dernier a été très clair à ce niveau. D'autres mesures sont prévues; elles sont un corollaire indispensable, à savoir les bourses de soutien, les bourses de mérite et les prêts études au supérieur.

    - Et les enseignants?
    - La Charte prévoit un effort de revalorisation de leurs conditions.
    Etre enseignant n'est pas simplement une affaire de diplôme, c'est une vocation. La finalité aujourd'hui est celle d'améliorer les conditions d'exercice et rendre à l'enseignant une meilleure place par rapport à son métier, de disposer de règles plus transparentes au niveau du recrutement, de la formation initiale. De même que la formation continue devient un droit et un devoir et qu'elle est une réalité de tous les jours. Autre aspiration, instaurer une évaluation permanente, une promotion liée à l'ancienneté mais aussi au mérite, à l'encouragement ou encore à l'innovation. Mais maintenant, il faut aller plus loin.
    La Charte indique que cela peut être réalisé en concertation avec les représentants sociaux.

    - Pourquoi la réforme n'a-t-elle pas bénéficié d'une loi-cadre?
    - A partir du moment où S.M. le Roi a validé la Charte nationale d'éducation et de formation, elle s'impose à tous et sert de référentiel. Rappelons que cette Charte a été élaborée par une commission où siégeaient les représentants de l'ensemble des partis politiques, des syndicats, des ouléma et de la société civile. Il faut aujourd'hui traduire dans la réalité les principes énoncés par la Charte. Il s'agit d'abord des projets de loi qui permettent l'application de ces dispositions. C'est d'ailleurs le travail qu'a accompli le gouvernement et examiné le Parlement. Il restera le plus difficile: la mise en oeuvre dans les salles de classe selon l'esprit de la nouvelle école marocaine.


    Le gardien du temple

    M. Méziane est clair: la Cosef peut s'arrêter, mais pas sa mission.
    Cette dernière pourra être prise en charge par une autre structure, autrement dit le Conseil Supérieur de l'Enseignement qui devrait voir le jour. Dans tous les cas, il y a nécessité de création d'un organe qui serait, selon son expression, "une sorte de gardien du temple".


    Parents d'élèves, quel sera votre nouveau rôle

    Leur implication figure parmi les principes fondateurs de la Charte. "Nous considérons que les parents d'élèves d'abord et les enseignants ensuite devraient être les meilleurs défenseurs des enfants et de l'école", avance M. Méziane. Reste qu'aujourd'hui l'implication des parents mais aussi des enseignants est totalement absente dans la gestion des écoles. Aussi, estime le président de la Cosef, faut-il que ces deux groupes puissent trouver voix au chapitre. Cela a pu être effectué à travers notamment des conseils de gestion au sein des établissements. Ainsi, chaque institution d'éducation et de formation sera dirigée par un directeur assisté d'un conseil de gestion où seront représentés les enseignants, les parents d'élèves et les partenaires qui apportent à l'établissement un soutien matériel, technique ou culturel. Ce conseil émettra notamment des avis au sujet de la programmation des activités de l'établissement, des horaires d'enseignement et des emplois du temps. Il participera également à l'évaluation périodique de l'activité pédagogique et veillera au bon état des infrastructures, des équipements entre autres.

    Propos recueillis par
    Meriem OUDGHIRI &
    Malika El JOUHARI

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