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Produits alimentaires : Contrebande: Les "créneaux" du produit périmé

Par L'Economiste | Edition N°:99 Le 14/10/1993 | Partager

Les mesures de libéralisation, en ouvrant le marché local et en abaissant les droits de douane, devraient constituer un frein à la contrebande. Or, en ce qui concerne les produits alimentaires, il semble que la contrebande s'est au contraire accentuée. Les chocolats, biscuits, miel, pâtes alimentaires et fromages d'origine étrangère sont abondants chez les épiciers. Une partie de ces produits provient de la contrebande.

La contrebande concurrence deux catégories d'entreprises:

- les industries locales qui fabriquent des produits similaires . Elle leur cause les désagréments classiques: des produits importés hors taxes, hors douanes et bénéficiant du préjugé favorable au produit étranger sont plus compétitifs;

- les importateurs en l'état. Pour ceux-ci, le préjudice porté par la contrebande est plus grave. Elle les concurrence sur des produits de même marque, dont généralement ils détiennent l'exclusivité. Avec un avantage certain pour les contrebandiers qui ne payent toujours pas de taxes.

Cependant au niveau des consommateurs, les produits importés par voie légale et ceux qui le sont par la contrebande se vendent au même prix. La différence des prix d'approvisionnement des intermédiaires par le circuit officiel et par la contrebande dépasse le différentiel qu'expliquerait la taxe douanière.

Où va le différentiel des prix?

Pour illustrer ce phénomène, prenons le cas du riz de marque "Cigala". Ce riz est importé par la Générale Alimentaire S.A. Ses dirigeants affirment que leur prix de revient est de 12DH le paquet. Les grossistes de Derb Ghallef le commercialisent à 9,50DH. Or le riz ne subit qu'une simple taxe compensatoire, en faveur de l'ONICL, de 9%. L'origine du différentiel se trouve ailleurs: les produits commercialisés par la contrebande sont des "fins de série", c'est-à-dire des produits dont la date de péremption est proche, aux dires des importateurs officiels.

A ce titre, ils peuvent constituer un risque pour la santé des consommateurs. La date de péremption, pour les produits alimentaires, est en général de 12 mois après leur fabrication. Le consommateur se trouve donc en face de produits périmés ou en passe de l'être. Les importateurs "légaux" ou officiels soulèvent un autre aspect du problème. Les produits de contrebande portent les mêmes marques que ceux qu'ils importent. Or généralement, ils ont fourni un effort de marketing, souvent coûteux, pour installer le produit sur le marché.

Les deux cas les plus explicites sont ceux des biscuits "Maria" et des corn flakes "Kellog's".

Les biscuits "Maria" ont été rapidement acceptés par le marché, d'après la Générale Alimentaire. De qualité moyenne, leur prix est concurrentiel par rapport à la production locale. Le rapport qualité-prix est intéressant pour l'importation. Depuis que cette marque est "demandée", la contrebande s'en est saisie. La société importatrice trouve des difficultés à écouler sa marchandise. Pourtant le consommateur accepte de payer 8DH au lieu de 5,50. De son côté, le corn flakes nécessite plus d'efforts pour pénétrer le marché local. Produit réservée à une couche sociale aisée, il exige des changements d'habitude alimentaire. Une campagne publicitaire fut menée. Ses résultats ont fait grimper la consommation de ce produit de 62% en 1992. C'est alors que la contrebande se place sur le marché.

Ventes sur la zone nord

Dans les deux cas, la société importatrice a été contrainte de demander un packaging différencié. Les quantités importées ne justifient pas nécessairement un tel effort de la part du fournisseur. Pour limiter les dégâts, la Générale Alimentaire n'a pas trouvé mieux que de vendre à perte sur la zone nord ce qu'elle importe.

Auprès des épiciers et supérettes contactés, il ressort que les produits de contrebande sont achetés moins cher. Le "Dairy Milk" serait fourni par les contrebandiers à 5,70DH . L'importateur légal le commercialise à 12DH. Le consommateur le payera de toute façon à 14DH. Le problème de dates de péremption ne paraît pas préoccuper les épiciers. Certains reconnaissent que leurs confrères l'effacent à l'acétone.

Pis encore, même des produits achetés au circuit officiel ne sont pas retirés de l'étalage une fois périmés. Pourtant tous les négociants acceptent d'échanger ces produits.

Le Dr Maurice Zanon, responsable des services d'hygiène de Casablanca, confirme l'existence du problème. "Mais nous ne pouvons contrôler les contrebandiers, ils n'ont pas de domiciliation". Alors il reste les récipiendaires joutya, souks, distribution. Des contrôles réguliers se font, mais ce service se heurte à 3 difficultés majeures.

La première est la multiplicité d'intervenants. Pour inspecter Derb Ghallef, par exemple, il faut réunir une commission inter-services. Ce n'est qu'une fois que la date est arrêtée que le Service d'Hygiène, avec la Répression des fraudes, le Commerce Intérieur etc... peut intervenir. Lourdeur de la procédure, mais aussi risque de fuite multiplié en sont la conséquence.

La seconde est la méconnaissance des règles d'hygiène par les distributeurs. Les épiciers laissent sur l'étalage des produits périmés qu'ils doivent échanger auprès de la société importatrice. La grande distribution ne respecte pas les règles de séparation des produits. La chair animale est souvent placée juste à côté des produits laitiers, ce qui est en principe formellement interdit.

La dernière entrave à l'efficacité du service d'hygiène vient du fait des consommateurs eux-mêmes. Ils alertent rarement ce service quand ils ont en main des produits malsains.

J.B.

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