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Pour un moindre mal en Afghanistan
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2646 Le 07/11/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 En Afghanistan, la situation serait plutôt calme si dans le sud et l’est du pays les combats n’avaient pas tendance à s’amplifier. Les Talibans, d’ethnie pachtoune, en liaison avec leurs cousins des zones tribales pakistanaises, se renforcent et harcèlent les forces de l’Otan insuffisamment nombreuses pour en venir à bout. Les Occidentaux comptent seulement 41.000 hommes dont 7.000 forces spéciales américaines. A l’exception des Etats-Unis, les pays membres de l’Otan sont intervenus en Afghanistan d’abord pour y maintenir la paix et renforcer la sécurité. Ces missions se sont ensuite transformées en opérations de guerre au cours desquelles, depuis août 2003, l’Organisation militaire de l’Alliance atlantique a perdu 644 de ses soldats. Or, face aux risques encourus, les contingents ne sont pas égaux. Certains pays, comme le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et, bien sûr, les Etats-Unis, opèrent dans le sud et l’est du pays, là où le danger est le plus grand, d’autres comme l’Allemagne, l’Italie ou la France s’efforcent dans les régions plus tranquilles de former l’armée et la police afghanes. A Noordwijk (Pays-Bas), le 25 octobre 2007, le commandement de l’Otan a battu le rappel. Il souhaite engager des effectifs accrus fournis par un plus grand nombre d’Etats et mieux répartir tâches et dangers. Au lendemain de ce sommet, Robert Gates, secrétaire d’Etat américain à la Défense, sermonnait les chefs d’état-major de 38 pays, réunis à Heidelberg, dans le cadre de la Conférence des Armées européennes. «Qu’une Alliance formée il y a soixante ans par les plus grandes démocraties de la planète n’ait pas la volonté de mener un combat jugé par tous moralement juste remettrait en cause l’existence même du Pacte atlantique». Pas moins! Hélas, ce genre d’arguments convainc peu. L’Afghanistan est loin. Priés de vouloir bien prêter des forces au Tchad, au Soudan, au Congo, au Liban, au Kosovo,… les Européens renâclent. Non sans raison! Le projet d’envoyer des renforts en Afghanistan pour mieux contenir les Talibans résiste mal à l’analyse, tout comme l’idée de quitter l’Irak pour renforcer l’Afghanistan. Si l’intervention dans ce dernier pays ne semble pas aller trop mal, c’est en raison d’ambitions limitées et de la liberté laissée aux Afghans de gérer eux-mêmes leurs affaires.. Eviter d’aggraver les chosesDans ce pays déchiré depuis huit siècles par d’inexpiables luttes tribales, la situation, relativement, n’a jamais été meilleure que maintenant. Les camps d’entraînement des groupes terroristes ont été rejetés le long de la frontière pakistanaise. La richesse nationale a doublé en 5 ans; le taux de croissance dépasse 8%. A Kaboul, la population est passée de moins d’un million en 2001 à 4 millions aujourd’hui; chaque semaine s’ouvre un nouveau chantier d’immeuble commercial ultramoderne; un manœuvre sans qualification y gagne 4 dollars par jour, quatre fois plus qu’au Pakistan voisin. Au moment où les Irakiens fuient leur pays, les réfugiés afghans, par millions, rentrent chez eux. On peut circuler sans grand risque dans les régions occidentales, centrales et septentrionales d’un pays où les écoles comptent aujourd’hui 38% de filles contre 0% en 2001.Certes, la situation au sud et dans l’est du pays est affreuse. Les Talibans ne cessent d’effectuer des raids contre les villages et les postes militaires. Dans la province d’Helmand, l’administration a partie liée avec les voleurs, les assassins, les auteurs d’enlèvements. A elle seule, cette province fournit 50% de la consommation européenne d’héroïne. Cependant la présence des troupes de l’Otan ne change rien à la situation,  au contraire. En 2005, à une époque où les Talibans étaient peu nombreux et leurs attaques rares, 4.000 militaires britanniques ont relevé un détachement de troupes internationales de quelques centaines d’hommes avec l’intention d’introduire de nouvelles normes administratives et policières. En vain! 18 mois plus tard, les choses allaient encore plus mal, la corruption était généralisée, l’insurrection s’était largement développée. Même chose dans la province d’Oruzgan avec les Hollandais ou dans la région de Kandahar avec les Canadiens. Partout, la présence étrangère décuple l’envie d’en découdre des Afghans. Envoyer des dizaines de milliers d’hommes supplémentaires serait s’engager dans une guérilla interminable, probablement ingagnable et sans même avoir la volonté de durer. L’Otan en Afghanistan n’a pas le choix. Ou bien elle abandonne les Afghans à leur sort, ou bien elle maintient une présence civile et militaire allégée en faisant délibérément l’impasse sur les zones pachtounes et leurs redoutables Talibans. Si ceux-ci commettaient l’erreur de reconstruire une sorte d’armée conventionnelle comme celle dont ils disposaient en 2001, l’Otan la réduirait sans difficulté tout en ayant encore les moyens de protéger les grandes villes du centre et du nord, comme Kaboul ou Mazar-i-Sharif. La meilleure manière de prémunir le monde des forfaits d’Al Qaida n’est probablement pas de quadriller les zones rurales de l’Afghanistan avec des dizaines de milliers d’hommes. Il serait sans doute préférable d’accorder une priorité absolue au renseignement pour identifier et localiser les quelques centaines de fanatiques, afghans et étrangers, disposés à commettre des attentats, et de se garder des unités de forces spéciales pour les réduire. Autant éviter de créer en Afghanistan le même chaos qu’en Irak.


Afghanistan, l’histoire récente

Après qu’Al-Qaïda ait revendiqué les attaques du 11 septembre 2001, Washington lance un ultimatum au gouvernement taliban en Afghanistan qui abrite les principaux dirigeants de la nébuleuse terroriste. Le refus des Talibans de livrer leurs hôtes entraîne le déclenchement par les Etats-Unis de l’opération «Liberté immuable» le 7 octobre 2001.Les Américains se livrent à une campagne de bombardements et appuient les forces de l’Alliance du nord qui luttaient déjà contre les Talibans. Ces forces entrent à Kaboul le 13 novembre 2001 et les Talibans évacuent Kandahar, leur fief d’origine au sud du pays, le 7 décembre 2001. Le 20 décembre suivant, le Conseil de sécurité crée la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), une coalition de pays volontaires placés sous l’autorité des Etats-Unis (résolution 1386).Depuis le 11 août 2003, l’Otan assure le commandement, la coordination et la planification de la FIAS.


Mandats

La résolution 1386 spécifie que la FIAS a pour mandat «d’aider l’Autorité provisoire afghane à maintenir la sécurité à Kaboul et dans ses environs, de telle sorte que l’Autorité et le personnel des Nations unies puissent travailler dans un environnement sûr. La résolution 1510, du 13 octobre 2003, élargit le mandat de la Force qui devra «maintenir la sécurité dans les régions de l’Afghanistan en dehors de Kaboul…». Le 8 décembre 2005, les pays membres de l’Otan décident de «rehausser le niveau de soutien apporté,… entérinent le plan opérationnel» selon lequel «les équipes de reconstruction provinciales sont le fer de lance de l’Otan; elles sont soutenues par des forces capables de répondre aux menaces… et reçoivent le renfort de forces de réserve, souples et robustes, chaque fois que la situation sur le terrain l’exige».

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