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    Plus de 1,8 milliard de DH absorbés par le sucre

    Par L'Economiste | Edition N°:443 Le 15/02/1999 | Partager

    La subvention accordée au sucre a atteint le chiffre record en cours de l'année écoulée avec plus de 1,8 milliard de DH. C'est le pain de sucre qui se taille la part du lion avec 853 millions de DH pour la campagne 1997-1998.

    Les prévisions de l'actuelle campagne sont optimistes pour l'agriculture, pessimistes pour les finances. Elles tablent sur une production sucrière d'environ 650.000 tonnes. "En toute logique, affirment les experts, le Maroc va importer moins de sucre brut que par le passé. Les recettes en provenance des équivalents tarifaires devraient donc baisser. C'est le budget de l'Etat qui sera sollicité pour renflouer les tiroirs de la Caisse de Compensation.
    Pour l'heure, les chiffres disponibles portent sur la production de sucre raffiné (local et importé) pour la campagne précédente (1997-1998) qui a atteint 930.000 tonnes. Elle se répartit ainsi : 440.000t de pains, 370.000t de granulé, 100.000t de lingots et 20.000t de morceaux.
    Quant à la subvention accordée au cours de la même période, elle a totalisé 1,826 milliard de DH pour une consommation de 913.190 tonnes. Les produits ont diversement profité de ces subventions. Le pain de sucre s'est taillé la plus grosse part en absorbant 853 millions de DH pour une quantité consommée de 426.500t. Le granulé arrive en deuxième position avec une subvention à hauteur de 743 millions de DH (371.000t), suivi du lingot qui a bénéficié de 196,4 millions de DH pour une quantité de 98.200 t. Le sucre en morceaux est lanterne rouge puisqu'il a attiré 33,6 millions de DH pour une consommation évaluée à 16.800t.
    Cette subvention a été financée à hauteur des deux tiers par le budget de l'Etat, soit 1,2 milliard de DH. Le tiers restant a été supporté par les équivalents tarifaires qui ont atteint 626 millions de DH.
    Les industriels ne dissimulent pas leur mécontentement face à cette situation. Ils réclament le recours au marché international où le prix du sucre ne dépasse pas 2 DH le kg. Cependant, le système mis en place a ses contraintes. Quel que soit le coût, la valeur de l'entrée du sucre brut est fixée à 5.700 DH la tonne. C'est le prix-cible. Ainsi, l'importation de ce produit est régie par une formule de protection incluant un droit de douane de base et une protection supplémentaire. Cette dernière, connue sous le nom générique des équivalents tarifaires, a été négociée dans le cadre des accords du GATT. "Les droits de douane classiques vont au Trésor et le supplément appelé équivalents tarifaires va à la Caisse de Compensation et sert à couvrir une partie de la subvention", explique un expert.

    Argument réfuté


    En outre, le MAGG explique que le marché du sucre est un marché résiduel dans le sens où les cours peuvent subitement grimper si un pays venait à commander de grandes quantités. L'exemple de 800 Dollars la tonne est donné.
    Mais actuellement le sucre est vendu à 180 Dollars la tonne FOB. Avec les frais d'approche et de fret, il revient à environ 230 Dollars/t au marché spot. Car, précise un expert du Ministère, "le sucre importé actuellement est à un niveau de prix négocié il y a plus d'une année". Il s'agit de contrats à terme. Le Ministère rappelle qu'aucun pays au monde ne vend la matière première à son prix d'entrée. Les pouvoirs publics ont mis en place une protection sous forme de point d'équilibre entre les intérêts des consommateurs, des industriels et des agriculteurs. Ces derniers sont estimés à 150.000 personnes. Ce chiffre double avec les emplois indirects (300.000 personnes).
    L'argument de la concurrence des autres pays est également réfuté. Les services de M. Lahlimi rappellent que les produits concernés par cette décision sont soumis à des droits de douane de 50% (15% de PFI et 35% de droits de douane) sauf les dérivés du lait où la protection globale est de l'ordre de 115%. Autre élément, les industriels achètent le kg de sucre granulé à l'équivalent de 11 DH en France, 8 DH en Espagne et 5,7 en Tunisie.


    Le luxe archaïque


    Le pain de sucre a longtemps fait les beaux jours des couches populaires. Aujourd'hui, il apparaît de plus en plus pour ce qu'il est, c'est-à-dire un produit de luxe qui n'est aimé que par les consommateurs pauvres. Il subit des tirs croisés. Son prix de vente est depuis 1989 fixé à 10 DH. Pourtant, il est échangé sous les djellabas et les comptoirs des épiceries à plus de 15 DH, tant il est introuvable en période de crise. Avec la grève à la Cosumar, sucrerie privée qui produit plus de 90% des pains sur le marché, le phénomène a atteint plus d'ampleur. Cette situation donne l'allure d'une pénurie de sucre. Pourtant, les pouvoirs publics multiplient les déclarations en affirmant que les stocks de sucre granulé dépassent les 180.000 tonnes. Mais c'est le pain que veulent les consommateurs. Pour la plus grande joie des commerçants qui s'octroient une marge inespérée.
    Ce problème devient structurel et risque de resurgir puisque la capacité de production du pain est saturée, la technologie de fabrication archaïque. Cet engouement pour ce type de sucre est ancré ans l'histoire de la consommation au Maroc. Le déloger s'apparente au mythe de Sysiphe. Cela nécessite des moyens et une campagne de sensibilisation tous azimuts pour montrer les qualités comparables du sucre granulé. D'ailleurs, 90% du marché mondial du sucre est composé de granulé. Le pain est inexistant. Et le lingot est une invention marocaine à la Cosumar pour tenter de l'imposer comme produit de substitution au pain. Au début des années 80, alors qu'il est apparu que ni l'Etat, ni les contribuables ne pourraient continuer à soutenir la consommation du pain, les tentatives de substitution avaient commencé. C'est de cette époque que datent les emballages en plastique résistants pour la "sanida", ainsi que le lancement de cette marque. Trop chère, l'idée des boîtes résistantes avec un bec verseur avait été abandonnée. Mais depuis, tout est resté en l'état. Seule a grossi la facture.

    Mohamed CHAOUI

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