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    International

    Peut-on sans danger spéculer sur les denrées alimentaires?
    Par Denis Drechsler, George Rapsomanikis, et Alexander Sarris

    Par L'Economiste | Edition N°:3320 Le 15/07/2010 | Partager

    Les prix des aliments de base ont augmenté de manière dramatique en 2007 et 2008, provoquant une crise alimentaire dans de nombreux pays pauvres ou en développement. Les prix internationaux du maïs, du riz et du blé, par exemple, ont atteint leur plus haut niveau depuis 30 ans, générant des instabilités économiques et politiques – ainsi que des émeutes – dans de nombreux pays.

    Au départ, réduire l’incertitude…
    Plusieurs facteurs ont contribué à la crise, dont les prix élevés du pétrole, la forte demande pour les cultures à destination du secteur des biocarburants, la chute des réserves mondiales en matières premières, et une baisse de la production de céréales. La forte croissance économique et les politiques monétaires expansives ont encouragé cette tendance, tout comme les mesures protectionnistes, comme les restrictions sur les exportations. Tandis que ces facteurs ont sans aucun doute contribué aux pressions haussières sur les prix des denrées alimentaires, ils ne peuvent à eux seuls expliquer ces fortes hausses. Certains pensent que la crise a été amplifiée par la spéculation sur les opérations à terme sur les produits de base, qui fait désormais partie intégrante des marchés des denrées alimentaires.
    … A l’arrivée, des pures folies!
    Les opérations à terme sur les produits de base sont des accords formels de vente ou d’achat à un prix spécifié et à une date ultérieure déterminée. Ils constituent donc un instrument de couverture des risques sur les marchés des matières premières. En entrant dans un contrat à terme, le vendeur et l’acheteur ont tous deux une certitude quand au prix de la transaction à venir, indépendamment de l’évolution des marchés.Mais qu’en est-il des investisseurs qui suivent la tendance, ou de ceux avec une force de marché suffisante? En fait, sur le court terme, un investisseur pourrait être attiré par la hausse d’une matière première, bien que le prix ne soit basé sur aucune donnée fondamentale. Ces investissements spéculatifs peuvent renforcer la tendance et éloigner plus encore les prix des marchés à terme de l’équilibre, surtout si beaucoup d’investisseurs les suivent ou si ceux qui investissent ont des fonds suffisants pour influencer le marché. Les fonds indiciels sont un exemple de la puissance de tels investisseurs. Ils sont devenus des acteurs clés sur le marché, détenant environ 25 à 30% de toutes les opérations à terme de denrées agricoles. En plus d’investir d’importantes sommes d’argent, ils détiennent ces contrats à terme pour longtemps, ce qui pourrait expliquer pourquoi ils sont moins réactifs aux changements dans les fondamentaux du marché. Les évidences empiriques n’apportent pas de réponses concrètes pour déterminer quelle hypothèse est correcte. Pour chaque étude ayant trouvé une relation significative entre une transaction spéculative et la volatilité des marchés, il s’en trouve au moins une qui prétend le contraire. Les marchés à terme ont historiquement évolué en réponse aux besoins des participants des marchés pour gérer les risques liés aux prix, et ils constituent un instrument marketing pour de nombreuses matières premières. Limiter ou même interdire la spéculation sur les marchés à terme pourrait donc bien s’avérer coûteux et avoir des conséquences non désirées. La proposition de créer un fonds international pour neutraliser les hausses de prix sur les marchés à terme pourrait par exemple convaincre les investisseurs de ne plus négocier et contribuerait à réduire la liquidité du marché pour les opérations de couverture. De plus, un tel fonds nécessiterait des ressources exorbitantes pour être opérationnel, sans mentionner les énormes défis que pose le fait de déterminer le niveau de prix qui déclencherait son intervention. Etant donné le rôle important des opérations à termes sur les matières premières pour de nombreux participants du marché, les mesures règlementaires devraient viser à redonner confiance dans le fonctionnement du marché. Plus de transparence et une meilleure information sur les marchés y contribueraient. De récentes initiatives par la Commission américaine des opérations sur les matières premières à terme pointent dans cette direction. Pour contrecarrer tout comportement suspicieux – comme des courtiers demandant la permission d’investir des montants supérieurs à la limite de leur position spéculative – la Commission a levé l’exemption pour deux entreprises négociant des opérations à terme sur le maïs, le blé et le soja. De telles mesures contribueront à créer un environnement plus stable pour les marchés et à s’assurer que les opérations à terme réduisent les risques et la volatilité.

    Pourquoi ça marche à l’envers?

    Les opérations à terme sur les matières premières sont généralement échangées avant leur terme. Seuls 2% des contrats sont effectivement portés jusqu’à la livraison matérielle des matières de base. Le marché attire donc aussi des investisseurs qui ne sont pas tant intéressés par les matières premières que par les gains spéculatifs. En fait, les opérations à terme sur les matières premières deviennent de plus en plus intéressantes pour les investisseurs non commerciaux, étant donné que leurs rendements semblent être négativement corrélés aux rendements des actions et des obligations. La participation croissante d’investisseurs non commerciaux a apporté d’importantes liquidités sur les marchés, puisque les spéculateurs assument les risques sur le prix des matières que les arbitragistes désirent éviter. Mais leur présence a aussi fait naître des inquiétudes car la spéculation sur les marchés à terme de matières premières peut entraîner une haute volatilité des prix à la hausse. Les économistes considèrent généralement les opérations à terme sur les manières premières comme étant la solution à la volatilité des prix à la hausse, et non la cause. Ils prétendent que les courtiers de ce genre de produits ne font que réagir aux signaux de prix qui dépendent en fin de compte des fondamentaux du marché. En ce sens, la spéculation accélère le processus de recherche d’équilibre de prix et de stabilisation physique du marché.


    La spéculation est-elle vraiment responsable?
    Trois raisons permettent de penser que la spéculation n’a pas été une force motrice majeure dans la récente explosion des prix de l’alimentaire: - Bien que les investissements des fonds indiciels soient importants, comparés aux positions d’autres participants des marchés à terme, leur comportement est prévisible, puisqu’ils annoncent officiellement à la fois leur portefeuille de matières premières et le terme de leurs contrats;- La volatilité a aussi été élevée pour les matières qui ne sont pas négociées sur les marchés à terme (cuivre, fer et minerai), ou pour celles dont le marché est plus modeste (acier et riz); - Dans la mesure où l’on peut répondre à l’excès de la demande sur les marchés à terme dynamiques par des réserves suffisantes (en émettant de nouveaux contrats à terme, par exemple), l’effet de la spéculation sur le prix d’équilibre est relativement minime et d’une durée de vie assez courte comparé aux oscillations de prix d’un actif vif, pour lequel les réserves seraient moins élastiques ou même fixes sur le court terme.Compte tenu de ces constatations, l’activité des marchés à terme semble n’avoir amplifié la volatilité des prix que sur le court terme. L’équilibre des prix à plus long terme, cependant, est au bout du compte déterminé sur les marchés au comptant qui révèlent les forces fondamentales par les achats et les ventes de matières physiques.Copyright: Project Syndicate, 2010.Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats
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