Affaires

Mohamed Hassan Bensalah au Club de L’Economiste
«La valeur du Groupe a été multipliée par 30»

Par | Edition N°:3030 Le 22/05/2009 | Partager

. Mohamed Hassan Bensalah est aux commandes du Groupe Holmarcom depuis 1993. Le CA de la 4e holding marocaine dépasse les 3 milliards de DH Holmarcom, ce groupe familial fondé en 1978 par le regretté Abdelkader Bensalah, a connu à travers les ans un essor sans précédent. De la génération de celui que les gens de l’Oriental surnommaient affectueusement Franco, pour son autorité mais aussi sa rigueur, au capitaine actuel bien dans ses basques aux destinées du groupe, bien des choses ont changé. Sans aller jusqu’à renier la méthode du père, mais pour l’héritier «il s’agit d’une question d’homme, de génération mais surtout de contexte». En effet pour la génération de son père, Mohamed Hassan Bensalah dit «qu’il fallait avoir le courage pour entreprendre, de l’ambition, et être surtout visionnaire». Aujourd’hui, «nous disposons d’indicateurs et d’outils qui nous permettent de guider et affiner nos investissements, ce qui n’existait pas à l’époque». Invité du Club de L’Economiste, vendredi 16 mai, pour sa première sortie médiatique sous sa casquette de président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR) et l’une des rares fois aussi en tant que PDG de Holmarcom, Mohamed Hassan Bensalah a fait fort. Du legs de son père, décédé en juin 1993, il dit avoir eu le choix soit de «vivre en héritier» -mais non sans se poser les bonnes questions- ou se retrousser les manches, se mettre au travail et perpétuer son œuvre. Pour cette pérennité, le premier choix se révélera infructueux. Du fait, dit-il, qu’il serait blâmable de dilapider l’œuvre de cet homme, bâtie brique après brique. Auquel cas d’ailleurs, à plus long terme, comment allait-il l’expliquer à ses enfants, se demandait-il, sachant qu’il n’en avait pas à l’époque. En somme, il s’est posé les bonnes questions. Sur ce père, Mohamed Hassan Bensalah ne tarit pas d’éloges. Il se plaît à évoquer, au détour de chaque phrase, ses qualités de «visionnaire», de «battant», mais aussi de «nationaliste». Comment alors succéder à cet imposant patriarche que fut Abdelkader Bensalah? Le cadet des Bensalah en a longtemps tremblé quand la succession à la tête du groupe lui échut, alors âgé d’à peine 24 ans. Mais, «sa force de caractère a fait le reste», laisse entendre l’un de ses plus anciens collaborateurs. A 39 ans, il a su faire de ce groupe un des leaders du pays, avec plusieurs filiales dans des secteurs aussi variés que l’agroalimentaire, l’assurance, la distribution, l’industrie et l’immobilier. Pourtant, une solution de facilité aurait été de savourer son statut d’héritier ou de fils de... mais c’était renier la mémoire d’un père self-made-man, qui a commencé de zéro dans un coin perdu près de la région de Taforalt. Près de 16 ans après, il parle encore de ce poids de responsabilité et du défi à relever pour ce groupe dont il mènera la restructuration, avec les autres membres de la famille Bensalah, sur de longues années. A la différence que maintenant il en parle avec des arguments sonnants et trébuchants. «la valeur du groupe a été multipliée par 30», le chiffre d’affaires consolidé en 2008 s’élève à plus de 3 milliards de DH, ce qui le hisse au 4e rang des holdings marocaines. Mais pour sa valorisation financière, dont le capital initial est à 100% familial, peu de détails filtrent. Précision! Bensalah réaffirme n’avoir pas l’intention de l’introduire en Bourse. De plus, lui donner une valeur financière n’a pas d’intérêt, car l’essentiel pour lui est de pérenniser cette belle œuvre pour ses 3.700 collaborateurs. Ce manager, d’une surprenante maturité, s’est permis, selon ses propres termes, certaines folies. Contre toute attente, il créa en 1997 la première compagnie aérienne privée du royaume, en partenariat avec le groupe FinanceCom. Dix ans après, Regional Air Lines se révélera un véritable challenge. Mais Bensalah reste persuadé que le concept était mal pensé, du fait du choix, dans un premier temps, d’avions petits porteurs avant d’acquérir des ATR qui ont changé la donne mais pas de manière très significative. De toute évidence, «l’ambition était petite dès le départ», mais n’a de cesse de tenir de rêve de deux hommes, animés par la même passion: Bensalah et Benjelloun. Il en faut plus pour que la non réussite du modèle conceptuel de Regional Air Lines décourage le big boss de Holmarcom. Bien au contraire. Les limites de ce modèle une fois constatées et assumées, il repart frapper à la porte du patron de FinanceCom, son partenaire de toujours dans le transport aérien. A Othman Benjelloun, Mohamed Hassan Bensalah dira sans détour: «On oublie tout ce qu’on a fait avec Regional Air Lines, partons pour une nouvelle aventure avec le groupe Air Arabia». La réponse du PDG de FinanceCom. ne le surprend guère: «C’est un projet très ambitieux! Mais on a la même passion, alors vas-y, fonce!». Il n’en faudra pas plus, non plus, pour qu’en moins de 6 mois les avions d’Air Arabia Maroc, filiale de Regional Air Lines, et la compagnie émiratie Air Arabia (de vrais cette fois-ci), prennent leur envol. Depuis, des faits saillants jalonnent la vie de ce conglomérat tentaculaire plutôt que mono secteur. Le rachat de Sanad et CPA en 1999, la réintroduction au Maroc de la marque américaine Pepsi en 2003, le rachat de la Somathes en 2006 ou encore l’introduction en Bourse de la compagnie d’assurances Atlanta...Pour consolider son leadership, le groupe table sur les 5 pôles d’activité (finance, agro-industrie, distribution & logistique, transport aérien, immobilier) qui l’animent. L’industrie, l’agro-industrie et la finance forment son socle, qui «restera inchangé, en tout cas à moyen terme», laisse entendre Bensalah. Ce qui n’exclut pas la perpétuation de cette «âme horizontale» que le groupe incarne depuis toujours. D’ailleurs toute sa stratégie est construite sur trois principaux axes: la consolidation du leadership de ses filiales (voire organigramme), la poursuite d’une politique d’investissement ambitieuse et l’accompagnement des grands chantiers de développement du royaume. Les ambitions cachées du groupe dans le secteur agricole renseignent sur cette volonté. En avoirs propres, Holmarcom a plusieurs centaines d’hectares en exploitation dans la région d’Oulmès et à l’Oriental dont environ 200 (oliveraie) à la sortie d’Oujda. Une oliveraie qui fait office de modèle aujourd’hui dans la région. Ce qui laisse croire que le groupe a des visées sur l’agropole de Berkane. Là-dessus aussi, c’est le pragmatisme de Mohamed Hassan Bensalah qui s’exprime. «C’est bien de créer un agropole à Berkane, mais il faut une valeur ajoutée, notamment en termes de transformation». Pour le patron de Holmarcom, l’Etat doit investir dans une unité pilote, une sorte de lièvre, pour inciter les investisseurs, «sachant que l’investissement comparé au celui du projet serait marginal». A défaut, «l’Etat doit mettre en place des systèmes d’incitation pour les premiers à investir dans ce genre de sites». «Nous n’avons pas acquis de terrains auprès de la Sogeta». Ça a le mérite d’être dit.


Immobilier: 1.500 à 2.000 logements/an

Pas moins de trois entreprises dédiées forment, depuis presque toujours, l’offre insoupçonnée immobilière de Holmarcom aussi bien dans le segment résidentiel que touristique. Pour le volet lotissement ou promotion de logements économiques, le groupe produit entre 1.500 et 2.000 unités par an.


CGEM: Il faut savoir raison garder

Pour le patron de Holmarcom, les rebondissements au sujet de l’élection du président et vice-président de la CGEM n’avaient pas lieu d’être, il faut vite tourner cette page. D’ailleurs, il ne faut pas non plus exagérer, car «ce n’est que la présidence de la CGEM après tout». Mais, Bensalah admet que c’est regrettable que le deuxième binôme ait retiré sa candidature. Il est vrai que «l’on dit beaucoup de choses, mais je reste convaincu que les deux binômes ont des profils intéressants et complémentaires». Il insiste aussi sur le fait que «c’est une tâche très lourde et je dis bravo aux personnes qui se portent candidates malgré l’importance de leurs engagements professionnels».


Cap Tangis: Signé Holmarcom

Sans conteste, le projet immobilier Cap Tangis de 61 ha sur une falaise à Tanger en front de mer sur la Méditerranée sera la signature immobilière par excellence de Holmarcom. D’une consistance de 1.200 appartements, une centaine de villas et un hôtel 5*. Ce projet qui débutera dans les semaines qui viennent a déjà attiré la convoitise des spéculateurs. Acheté il y a 3 ans et demi, le terrain a reçu des offres à même de réaliser «de grosses plus-values». Mais, le groupe tient là son plus prestigieux projet immobilier dont l’investissement, hors foncier, s’élève à 3,5 milliards de DH.


En finir avec la «caverne d’Ali Baba»

C’est en interne que le Comptoir Métallurgique Marocain, l’une des enseignes phares du groupe, est décrié. C’est la «caverne d’Ali Baba», répète même le PDG du groupe. Un fourre-tout où l’on retrouvait une tondeuse à pelouse de 3 ans à côté d’un téléviseur dernier cri ou un meuble de jardin... Un patchwork de 200 millions de DH de CA. Sa transformation ou sa séparation en 2 comptoirs, l’un spécialisé dans l’industrie et l’autre dans l’électroménager, a donné plus d’allure au pôle distribution & logistique du groupe. Déjà le chiffre d’affaires est monté à 800 millions de DH en 2008. La nouvelle enseigne, Atlas, spécialisée dans l’ameublement, la décoration et la cuisine, insufflera une nouvelle dynamique au pôle. Bachir THIAM

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