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    Culture

    Les Villes Métisses
    Par Driss Alaoui Mdaghri , professeur, ancien ministre

    Par L'Economiste | Edition N°:2872 Le 02/10/2008 | Partager

    Métissage, voilà mon idéal de culture. Michel SerresL’avenir est au métissage. L’irruption fulgurante de Barack Obama sur la scène politique américaine en apporte un vivant témoignage. Il n’y a pas que les personnes qui soient susceptibles d’être métisses. Les sociétés et les villes peuvent l’être tout autant. Certaines de par leur origine, d’autres par nécessité, par vocation ou par choix. Ce sont ces dernières qui me semblent porteuses des espérances les plus grandes comme cela a été le cas un temps en Andalousie. Comme c’est le cas aujourd’hui au Brésil et, parfois, aux Etats-Unis. Dans un monde où, derrière la culture uniformisée on folklorise à tour de bras, pour se donner bonne conscience, pointe le visage plat de l’homme unidimensionnel (Herbert Marcuse). Dans une région où les fractures sont nombreuses et se creusent, le métissage représente une chance inestimable d’éviter l’uniformité réductrice pour les villes méditerranéennes.Il y a quelques semaines, à un ami franco-marocain, engagé dans l’action urbaine en France, qui cherchait une idée de manifestation à inscrire dans le cadre de la célébration de la naissance de l’Union Pour - j’ai naïvement failli écrire «pour» sans majuscule - la Méditerranée, je suggérai le concept de «Villes Métisses». Depuis, cela me trotte en tête avec un rien d’excitation au regard de l’actualité internationale.Qu’est-ce qu’une ville métisse? Pourquoi faut-il en faire un objet de débat? Et pourquoi la Méditerranée?Parce que le débat sur le fait urbain aujourd’hui est essentiel pour comprendre les évolutions en cours et leurs déclinaisons en termes d’enjeux de civilisation et de créations culturelles. C’est aussi l’urgence de promouvoir une certaine idée de l’évolution des sociétés actuelles et de leurs mélanges en tant que passage incontournable pour réduire les fractures et les conflits.En effet, à quoi assistons-nous dans les villes méditerranéennes? A deux phénomènes opposés qui rendent compte de bien des caractéristiques de ces villes. D’un côté, l’explosion énorme du tourisme, canal puissant de métissage culturel en dépit de ses effets destructeurs à beaucoup d’égards, parallèlement aux mouvements de migrants, définitifs ou temporaires, dans les deux sens. De l’autre côté, à la généralisation des exclusions. D’abord, celles qui, à l’intérieur de chaque tissu urbain, produisent des multitudes de laissés-pour-compte ainsi que des foules de marginaux de tous bords. Il y a, partout, à l’œuvre, le même phénomène puissant qui alimente les relations exacerbées dans les territoires urbains : la densification démographique. Il suffit de prendre note des innombrables symptômes que donne à voir une telle densification pour mesurer l’ampleur de l’exacerbation. Les délinquances de tous ordres, les violences de toutes formes, les nombreux lieux sanctuarisés par différentes mafias - «Gomorra», le livre de Roberto Saviano et le film de Matteo Garrone, décrivent cet univers cruel dans une ville comme Naples avec un réalisme saisissant -, les dysfonctionnement des services, les pollutions de plus en plus persistantes et les bruits de tous genres - accidents de la circulation comme norme de conduite et coups de klaxon intempestifs comme langue privilégiée d’expression - rappellent, s’il en est besoin, que l’environnement urbain est de moins en moins un lieu de bien vivre collectif et de bonheur individuel.Dans le prolongement de cet état de fait, le rapport villes-campagnes est désormais partout inversé. La population urbaine marocaine représente aujourd’hui 57% de la population totale. Le temps n’est pas loin où il n’y aura plus que des villes et quelques ilots réduits de résistance rurale dans les campagnes. Faut-il le déplorer? Pas vraiment, si la frange qui reste en milieu rural suffisait tout à fait à produire ce qu’il faut pour nourrir les gens et si les villes étaient tout à fait vivables. Or, rien de plus incertain au moment où se profilent des crises, notamment alimentaires, énergétiques et sécuritaires, redoutables.Là, dans ce nouveau contexte urbain en train de se généraliser, réside le terreau de toutes les dérives. Le projet méditerranéen, si on admet l’idée qu’il en existe un, gagnerait à mobiliser les moyens d’action sur ce qui, à l’évidence, représente l’enjeu primordial et le rempart véritable contre les périls de l’extrémisme: lutter contre les exclusions qui, en Méditerranée, poussent dans les tissus urbains désorientés comme des champignons dans une forêt humide. La difficulté majeure est que la question ne se réduit pas à une simple problématique alimentaire ou matérielle, mais elle revêt un aspect tout aussi crucial, qui met précisément au-devant de la scène le concept de «Villes Métisses». Sur le plan des partenariats économiques, inutile d’insister: les acteurs s’occupent de les développer et de les multiplier quand ils y trouvent intérêt, aidés en cela par l’encadrement juridique et financier alloué par les instances officielles. Il suffit de poursuivre et d’accélérer. Parce que la culture, en tant que ce qui complète notre nature, l’enrichit et la rend unique, sera de plus en plus au cœur des enjeux du siècle dans lequel nous sommes engagés, et qu’elle est souvent le parent pauvre des politiques de développement, il est urgent de la mettre à l’honneur. Intégrer avec conviction d’autres cultures entraîne, comme le souligne à raison Edward T. Hall (Le langage silencieux), «un sens aigu de la vitalité et de l’attention consciente, un attachement à la vie qui ne peut se manifester qu’au contact de la différence et du contraste».Œuvrer à promouvoir un métissage culturel équilibré et non destructeur dans les villes méditerranéennes, voilà qui donnerait un surcroît de sens et d’épaisseur à une UPM aux débuts hésitants. Tout cela, outre des budgets conséquents - qu’un léger prélèvement sur les mouvements touristiques, dont l’idée n’est pas neuve, pourrait financer- suppose une grande liberté de circulation des hommes de part et d’autre, qui ne serait qu’une vue de l’esprit, si, au-delà des désirs des uns ou des autres, les périls qui pointent à l’horizon ne rendaient de tels métissages culturels incontournables dans le monde en train d’advenir. Pour tout dire, c’est à une véritable «Initiative Méditerranéenne de Développement Culturel» que tous les pays de la région seraient alors conviés dans un effort sans précédent dédié à la promotion de la culture métisse qui représente une issue raisonnable aux défis des temps nouveaux. Cela donnera, peut-être, un homme plus raisonnable.


    Education, culture…

    Trois champs, parmi d’autres, auxquels des efforts et des fonds pourraient être consacrés, s’offrent à qui veut agir:- L’éducation métissée à travers l’intensification des échanges universitaires avec des programmes de recherche communs et des échanges d’enseignants et d’étudiants à une échelle significative;- La culture de la diversité avec des activités soutenues d’échanges d’artistes et de créateurs, des expériences de mélanges de musiques, de danses et d’autres formes de l’art, parallèlement à des programmes de mise en contact fréquents des populations avec les produits de toutes les cultures méditerranéennes;- La valorisation des cultures de la région à travers des actions en profondeur de préservation et de soutien du patrimoine riche et diversifié de la Méditerranée.

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