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    Politique Internationale

    Les puissants de Casablanca

    Roman de Rida LAMRINI

    Par L'Economiste | Edition N°:598 Le 20/09/1999 | Partager

    66ème épisode
    La Police Judiciaire reçoit des "instructions"

    Résumé des épisodes précédents
    Aïcha, la jeune fille disparue, est en Italie où elle a émigré clandestinement, au lendemain du meurtre dont elle a été témoin. Elle a eu peur que la justice protège le meurtrier, le fils du puissant banquier Yamani et son complice, Jamal, neuveu de Yamauni et fils du parlementaire Talibi. Les deux hommes avaient entraîné Aïcha et la victime pour un après-midi galant, qui a mal tourné. Aïcha explique tout ce qui s'est passé dans une lettre. N'ayant pas osé écrire directement à sa famille au Derb Talian, elle s'est adressée à son ancien employeur, Amine.

    Amine plie lentement la lettre de Aïcha et lève les yeux vers Ba Lahcen. Celui-ci pleure, sa dernière fille blottie contre lui. Pour la première fois, elle voit les larmes couler sur les joues de son père. Le reste de la famille pleure aussi silencieusement.
    "C'est donc bien le fils de Yamani qui a tué Lamia! fait Ba Lahcen après avoir recouvré quelque peu ses esprits.
    - Avec la complicité de son cousin qui le couvre. Il l'a certainement aidé à cacher son crime, ajoute Amine.
    - Et maintenant, que faut-il faire, mon fils? demande Ba Lahcen, un peu inquiet.
    - Nous devons montrer cette lettre à l'inspecteur Bachir. Il faut l'aider à établir la vérité. En plus, cela lèvera les doutes qui pèsent sur votre fille.
    - Vous avez raison mon fils. Viendrez-vous avec moi?
    - Bien sûr, nous irons ensemble".
    "Inspecteur Bachir, laissez tomber l'affaire Yamani! c'est un ordre!"
    La voix du commissaire Nasser est grave, le ton ferme. Bachir a souvent entendu dans sa jeune carrière cette phrase. Elle signifie qu'il n'y a pas de discussion possible et qu'en fonctionnaire discipliné, il n'a d'autre choix que d'exécuter les consignes de ses supérieurs qui, eux-mêmes, les ont reçues de plus haut. Il est abasourdi. Il n'en croit pas ses oreilles.
    Debout à la fenêtre, Nasser tournait le dos à Bachir. Comme s'il évitait d'affronter le regard de l'inspecteur, de peur d'y voir le sien.
    "Mais patron, nous avons une nouvelle preuve de la culpabilité de Jamal et la complicité de son cousin! balbutie Bachir. Cette lettre de Aïcha est une preuve accablante. Nous pouvons, le moment opportun, la faire venir et garantir sa sécurité en tant que témoin à charge. Son père et son employeur attendent d'ailleurs dans mon bureau. Nous n'allons quand même pas laisser tomber l'enquête alors que nous sommes si près du but?
    - Inspecteur Bachir, j'ai des instructions. Est-ce clair?
    - Mais patron
    - Inspecteur Bachir, ne compliquez pas davantage les choses. Je vous ai donné un ordre, exécutez-le! Et si vous voulez tout savoir, le procureur dont vous connaissez l'intégrité a lui-même reçu des instructions similaires".
    Maudites instructions! Qui les donne? Comment? Par quel moyen? D'un simple coup de téléphone, les instructions déchirent, éclatent, transforment, canalisent la vie des gens! Entre quatre murs, à l'aune de leurs intérêts, d'occultes puissances récompensent, punissent, jettent en prison, soustraient à la justice, se vengent, libèrent, étouffent, harcèlent, pillent, rançonnent, fidélisent! Par des instructions!
    Un silence de plomb s'abat sur les deux hommes. Nasser est gêné. Il continue à tourner le dos à Bachir. Il n'ose toujours pas le regarder en face. Il a honte au fond de lui-même. Il sait qu'il a été un modèle d'intégrité et de rectitude pour son assistant. Il ne l'est plus. Le modèle s'est brisé aujourd'hui. Il a manqué de courage devant sa hiérarchie, devant Bachir. Il n'aurait pas dû abdiquer. Pas aussi facilement. Il aurait dû continuer l'enquête, rechercher la vérité, arrêter le ou les coupables. Pourquoi n'a-t-il pas agi ainsi? Peur de représailles administratives? Souci de préserver les acquis d'une longue carrière de fonctionnaire à quelques années de la retraite? Conscience de l'inanité de toute résistance devant des décisions déjà prises, ailleurs? Pour le moment, Nasser ne sent pas le courage de lutter. Il ne croit plus en rien. Il se sent écrasé par le poids du système. Mais pendant combien de temps pourra-t-il garder le silence? Pourra-t-il dorénavant dormir sans réagir devant l'injustice? Devant l'arbitraire?


    Prochain épisode, lundi 20 septembre:
    Le meurtrier est libre comme l'air!

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