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Economie

Le choc démographique

Par L'Economiste | Edition N°:1930 Le 03/01/2005 | Partager

. Changement de comportement plus abrupt au Maroc qu’ailleurs. Vers de gros problèmes pour les retraitesNous voilà donc 29,9 millions (29.891.708 exactement) vivants sur le territoire marocain. Nous étions près de 15 millions, il y a trente-trois ans. En trois décades, la population a doublé. Les deux tiers vivaient dans le monde rural. Aujourd’hui, moins de la moitié. Beaucoup se disent extrêmement surpris des chiffres du dernier recensement (voir L’Economiste du 24 et 30 décembre, le courrier des lecteurs). Pourtant, doubler une population en trente ans, ce n’est pas si mal, disent les experts: Et il n’est pas possible, par simple subjectivité, de réfuter tout ce travail, jugé d’ailleurs bon par les démographes. Des chiffres sur lesquels se basent l’OMS, la FAO, le PNUD, la Banque mondiale et tous les autres organismes mondiaux…De toutes façons, cela n’occulte aucunement le “choc démographique” qu’a vécu le Royaume sur ces dix dernières années. Et cela correspond, avec un changement plus abrupt, à l’évolution des autres pays en développement.Le Maroc a entamé sa dernière phase de transition démographique, où le taux de fécondité atteint le seuil de renouvellement des générations en ville (deux enfants par femme, dont une fille) et où nous compterons de moins en moins de jeunes pour prendre en charge les vieux de 2020…Un gros casse-tête attend à ce propos les prochains gouvernements qui devront continuer le travail d’aujourd’hui (système de retraite performant et couverture sociale généralisée). Les jeunes enfantent beaucoup moins et l’espérance de vie s’allonge. Le Royaume suit la même tendance que la Tunisie où la démographie s’est accrue de 1,2%, par an. Entre 1971 et 1982, cinq millions de Marocains se sont ajoutés. C’est-à-dire, comme le lisent les démographes, pour chaque deux cents personnes, nous avions 5 personnes de plus chaque année. Entre 1982 et 1994, six millions, soit la “poussée” la plus forte sur la période. Cela fait 4 personnes pour chaque deux cents individus. Et puis, brutalement, l’accroissement s’est affaissé sur la dernière décennie. Seulement trois millions de nouvelles personnes ont été recensées. Soit trois nouvelles personnes pour deux cents personnes. La génération née entre 1965 et 1980, où le boom démographique était important, arrive aujourd’hui sur le marché du travail et prépare les jeunes de demains qui seront moins nombreux que les vieux. Ce qui donnera quelques sérieux problèmes pour le financement des retraites…


Le doute, toujours ce doute…

Après l’annonce des résultats, une partie de l’opinion publique n’était pas d’accord: “C’est faux, nous sommes 36 millions”, “C’est un complot”, “Nous sommes environ 40 millions aujourd’hui”, “C’est du gargarisme numérique”… On en passe et des plus salées. Et ceux chez qui le recenseur n’est même pas passé sont encore plus sceptiques: si, si, il y en a et c’est normal car le taux de couverture n’était “que” de plus de 97%, ce qui est mieux que le dernier recensement français, qui était à 95%. Les réactions de doute ont profondément blessé les statisticiens et démographes: la démarche marocaine est standardisée et ce, aux normes mondiales, rappellent-il. Ensuite, les résultats concordent avec ceux des pays similaires (Tunisie notamment). “Les gens doutent des chiffres, mais n’ont pas la preuve de ce qu’ils avancent, c’est une attitude réactionnaire sans justification”, dit fermement un démographe. “Je suis utilisateur, selon moi, c’est du très bon travail fait par les gens de la statistique, ils ont préparé quatre manuels de méthodologie, rien n’a été laissé au hasard”.


Ce qu’il faut retenir

■ Les Marocaines font deux fois moins d’enfants qu’il y a 20 ans: En 1980, une femme qui arrivait en fin de période de fécondité, avait eu en moyenne 6 enfants nés vivants . En 2000, une femme, au même âge, a eu en moyenne 2,5 enfants nés vivants. Techniquement on dit que “l’indice synthétique de fécondité” a chuté.■ La mortalité infantile pèse lourd, au point de jouer un rôle dans l’accroissement de la population: la mort des enfants de moins de cinq ans n’a pas beaucoup reculé en vingt ans(1). Pour avoir une idée, c’est comme si dans un derb où résideraient trois familles de 6 enfants chacune, un enfant était mort avant cinq ans.■ La chute de la fécondité a été beaucoup plus brutale au Maroc qu’en Asie. Dans les années 50, les Asiatiques avaient en moyenne 6 enfants. Elles ont mis 50 ans pour descendre à 2, aujourd’hui.■ La fécondité est tombée abruptement: La fécondité avait chuté de 32 % dans les années 80 et de 58 % dans les années 90 jusqu’à l’an 2000 (cette donnée sera aussi approchée par le recensement, mais pour l’instant on n’a encore que les résultats de l’enquête du ministère de la Santé publique).■ Les années 90 ont vu le plus faible accroissement de la population de toute l’histoire contemporaine du Royaume. Il s’agit bien sûr d’un taux. En valeur absolue, l’accroissement est le plus faible depuis 1971 (voir graphique). La baisse de l’accroissement est donc à la fois relative et absolue dans les années 90, ce qui est un phénomène exceptionnel.■ La mortalité infantile reste élevée et ce, depuis trop longtemps en dépit des mesures de protection des enfants de moins de cinq ans... Aujourd’hui (en fait en 2001) au Maroc, près de cinq enfants sur 100 meurent avant cinq ans! Soit un taux de 47 pour mille naissances. ■ La transition démographique se fait très rapidement au Maroc, peut-être trop rapidement. Une transition qui se répercutera sur l’économie…comme sur les liens de solidarité. ■ “L’aubaine démographique” n’en est peut-être pas une au Maroc: l’aubaine démographique est l’arrivée de jeunes adultes formés sur le marché du travail. Ce sont les enfants du baby-boom, nés dans les décennies 60 et 70, qui atteignent donc l’âge adulte. Cela n’arrive qu’une fois dans la vie d’un pays d’avoir une grosse tranche d’âge prête à produire de la richesse… encore faut-il qu’il y ait du travail pour fabriquer cette richesse! ■ Le “dividende démographique” est l’autre nom de “l’aubaine démographique”, c’est le moment où il y a plus d’actifs que de vieux et de jeunes (donc à charge). Après cette phase, les tranches d’âge les plus âgées connaissent une plus forte expansion tandis que les jeunes sont formés plus longtemps …Vieillirons-nous plus vite que la croissance de la richesse? C’est le grand danger qui guette le Maroc: un 4% annuel ne suffit pas à créer des emplois…■ Le “miracle asiatique” s’appuie en partie sur la lenteur de la baisse de la fécondité. Durant une longue période, les pays asiatiques ont eu une croissance de leur population active 4 fois plus rapide que celle de gens à charge.--------------------------------------------------------------(1) Selon le dernier rapport de l’OMS, basé sur les chiffres de 2002, la mortalité infantile est passé de 91 pour mille naissances en 1982 à 40 pour mille en… 2003.


En 1982 déjà…

Lors des résultats du recensement de 1982, les doutes étaient bien plus importants et viraient parfois au débat politique. En témoignaient les Unes de quelques journaux de partis, les seuls qui existaient, à l’époque. Quelques-uns avaient été jusqu’à soutenir que “la Banque mondiale disait qu’il y avait 36 millions d’habitants”. Le chiffre était bien réel… mais pour l’année 2015! En fait, le calcul de cette population possible s’appuyait sur la croissance démographique observée dans les années 60 et 70, la plus forte jamais enregistrée. On avait simplement extrapolé à partir de la population de 1960. Maintenant que l’on a observé la brutale réduction du taux de croissance, on peut se demander si le Maroc arrivera jamais à 36 millions d’habitants! Le seul moyen d’y arriver sera peut-être d’intégrer des émigrants d’Afrique subsaharienne.Mouna KADIRI

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