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    Economie

    Reportage

    En Russie, neuf oranges sur dix sont marocaines
    Par L'Economiste | Edition N°:656 Le 09/12/1999 | Partager



    · Malgré la crise, le marché russe garde son attrait aux yeux des exportateurs marocains
    · Les particularités des partenaires russes


    La Russie sera-t-elle le nouvel Eldorado des exportateurs de fruits et légumes marocains? En tout cas, ceux-ci le conçoivent un peu comme cela. L'importante délégation qui a accompagné la visite de M. Habib El Malki, ministre de l'Agriculture, du Développement Rural et des Pêches Maritimes en Russie, le confirme: le marché russe, malgré sa crise financière chronique, garde beaucoup d'attraits aux yeux des Marocains. Déjà l'année dernière, il a absorbé plus du tiers des exportations marocaines d'agrumes (près de 200.000 tonnes) et un peu moins du cinquième de celles des tomates (autour de 40.000 tonnes).
    Ce volume significatif est réalisé malgré les difficultés d'accès à ce marché qui est à plus de trois semaines de bateau de Casablanca ou d'Agadir.
    En Russie, le schéma de distribution des fruits et légumes marocain est un peu particulier.
    Dans la majorité des cas, les marchandises sont vendues au prix FOB (Free on Board) départ Casablanca ou Agadir. L'affrètement revient donc aux partenaires russes qui s'en accommodent très bien, vu la compétitivité de leur flotte. Les Marocains ne s'en plaignent pas non plus, puisque cette situation leur permet d'éviter le risque sur le transport.
    Les partenaires russes sont d'un genre un peu particulier. Entre le jeune entrepreneur quadrilingue de la jeune intelligentsia et un général, directeur d'une usine de fabrication de missiles, le gap peut paraître important. Pourtant, les deux font partie d'une nouvelle classe sociale très aisée dans une Russie qui meurt de faim. Mais les états d'âme ne sont pas particulièrement le point fort de ces nouveaux Russes. "Business is business" se traduit très bien en russe. Vu les prix pratiqués pour la production marocaine, c'est une clientèle très élitiste qui en consomme. Au point que les oranges marocaines en deviennent des cadeaux très prisés des petits enfants lors des fêtes de Noël.
    En tout cas, les Marocains semblent mieux s'accommoder de ces particularités du marché que leurs concurrents. Sur le marché des agrumes par exemple, ils s'adjugent plus de 90% des ventes. Les concurrents espagnols ont jeté l'éponge devant ces particularités, malgré l'aide des restitutions à l'export. Des opérateurs sud-africains approvisionnent bien la Russie, mais les longs trajets de plus d'un mois en bateaux frigorifiés finissent par avoir raison de la qualité et du goût de la marchandise.
    Le marché reste donc essentiellement entre les mains des opérateurs marocains, regroupés en deux blocs depuis la division de l'AFB, l'ancienne structure de logistique et de commercialisation. Ainsi, Fresh Fruit et MFB (Maroc Fruit Board) ont chacun ses partenaires privilégiés sur place. La coordination entre les deux, malgré les différents commerciaux qui agitent de temps en temps l'édifice, paraît donc vitale pour préserver ce marché très porteur. Les Marocains y croient, surtout pour soulager de peu les destinations européennes surchargées et limitées par le contingentement.


    Tomates, devises et mafia rouge...


    Elle est invisible, et pourtant elle est là, omnipotente. Comme pour beaucoup de secteurs de l'économie russe, la mafia rouge verrouille le circuit de commercialisation des fruits et légumes.
    Mais motus et bouche cousue, les Russes n'aiment pas qu'on en parle. Selon un membre de la délégation marocaine, des tentatives ont été effectuées pour pouvoir rencontrer les gros bonnets de l'Organisation. Un niet catégorique leur a été répondu, renforcé par le fait que des journalistes pouvaient être de la partie. Paradoxalement, la présence mafieuse a peut-être profité à l'offre marocaine. Même dans les plus durs moments de la crise financière, l'Organisation a toujours gardé un important matelas de devises, qui a permis de payer rubis sur ongle ses approvisionnements.

    Ghassan KHABER

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