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    Culture

    Entretien avec Kamal Beleghmi

    Par L'Economiste | Edition N°:1169 Le 21/12/2001 | Partager

    En 1983, Mohamed Belghmi, l'un des pionnier du tourisme, crée «Atlas Corporation Studios« à Ouarzazate sur un site de 30 hectares. Après un démarrage en trombe avec le film «Le joyau du Nil« qui a lancé d'une manière déterminante la carrière de Michael Douglas en 1984, son fils Kamal Belghmi, prend en main la gestion de cette entreprise cinématographique et voit les studios évoluer doucement mais sûrement. Riche d'une solide formation dans les écoles de gestion aux Etats-Unis et en France, il s'est pleinement impliqué, depuis une année, dans cette entreprise familiale qu'il a l'ambition de transformer en firme internationale. - Tendances: Parlez-nous un peu de la genèse des studios de Ouarzazate?- Kamal Belghmi: Mon père a toujours été un ami des artistes, surtout ceux du cinéma français. Je pense qu'à l'époque, on lui a conseillé de créer ces studios car Ouarzazate est une ville particulière. Elle est très appréciée pour la qualité de sa luminosité, la diversité de ses paysages, pour son climat où vous avez à peu près 320 jours de soleil par an, en plus d'une mosaïque ethnique et culturelle exceptionnelle, sans parler de la disponibilité des habitants pour la figuration. Aujourd'hui, nous avons une multitude de figurants qui ont un niveau professionnel très appréciable. On assiste à la montée d'une nouvelle génération d'acteurs qui sont ambitieux. Tout ceci constitue des critères de choix pour les productions étrangères. Ajoutons à cela le coût de production des films qui est faible grâce au faible coût de la main d'oeuvre locale. Ces productions bénéficient aussi de la mobilisation des autorités et des Forces Armées Royales pour que les films se réalisent dans les meilleures conditions.- Aujourd'hui, comment définissez-vous «Atlas Corporation studios«?- C'est évidemment une entreprise familiale. Mais quand on lance une entreprise, quelle qu'en soit la nature, elle est appelée à évoluer pour qu'elle devienne plus crédible et qu'elle réponde aux normes de production. Nous essayons donc, dans la mesure du possible et avec nos propres moyens, de répondre à ces normes.- Quel genre de relation entretenez-vous avec le CCM (Centre Cinématographique Marocain)?- En tant que prestataires de services, de plateaux de tournage, de décors cinématographiques que sont les studios, nous n'avons pas de lien vraiment direct avec le CCM dans la mesure où ce sont des productions marocaines qui amènent des films étrangers. Donc ce sont elles qui ont affaire au CCM pour les autorisations. Par contre quand la production étrangère est sur place, nous nous occupons de la construction des décors. Nous avons pour cela, des ateliers de plâtre, de sculpture, de menuiserie, de travail avec le polystyrène, la résine... c'est une main-d'oeuvre qui est qualifiée et qu'on utilise pour les besoins de tournage. Nous disposons également d'ateliers de costumes que nous fabriquons nous-mêmes. - Ce sont des ateliers permanents ou occasionnels?- Ce sont des ateliers où tout le monde travail en freelance en période de tournage. Vous imaginez, quand 200 personnes travaillent pour les costumes d'Asterix, une fois que le film se termine nous ne répondons plus à une demande. Il vous faut une demande en permanence pour maintenir 3.200 personnes. - Jusqu'à présent quelles sont les grandes sociétés qui ont travaillé avec vous?- Disons que les plus gros tournages qu'on a eu sont « Le Joyau du Nil« en 1984, ensuite nous avons eu «The living daylights« qui était le premier film de James Bond de Thimoty Dalton en 1986, ensuite nous avons eu plusieurs films télévisés, notamment «Solomon et Sheba«, «Moses«, «Slave of dreams«. Nous avons eu également «Le Légionnaire«, de Peter MacDonald avec J-C Van Dam, nous avons eu «Kundun« de Martin Scorsese. Pour la petite histoire, il y a eu 300 Tibétains qui sont venus à Ouarzazate vu que Scorsese ne pouvait pas faire un film sur le Dalaï-Lama dans le petit village où il s'est réfugié quand il a quitté le Tibet. Les autorités chinoises ont fait pression sur l'Inde pour que le film ne soit pas tourné là-bas. Scorsese est donc venu au Maroc. En plus des 300 figurants tibétains, il y a eu quelques 200 à 300 Marocains de type asiatique qui ont été recrutés en tant que figurants. - En période de tournage, le tourisme connaît aussi un essor?- Je dirais que les deux sont liés. Ce sont deux vecteurs importants du développement économique pour la région de Ouarzazate. Cette ville, en termes de tourisme, répond à une demande pour tout ce qui est circuit de passage. Ce n'est pas tout à fait une ville de séjour. Elle n'est pas encore suffisamment desservie au niveau de l'aérien pour devenir une destination de séjour. Mais il y a une différence entre un cinéaste et un touriste. Ce dernier a une durée de séjour très faible, contrairement à un cinéaste qui a une durée de séjour qui peut aller jusqu'à huit ou neuf mois comme ce fut le cas pour Asterix. C'est un résident, il consomme non seulement l'hébergement et l'hôtellerie mais aussi le transport. Il a un impact sur les petits commerces de la ville, sur les restaurants... Donc l'impact du cinéma est encore plus grand que celui du touriste de package. - Qu'en est-il de la situation des studios après le 11 septembre?- On avait des projets importants, notamment «Smoke and mirrors« avec Michael Douglas qui devait être tourné sur huit mois avec 4 mois de préparation et 4 mois de tournage. Il y a aussi un autre film qui devait être tourné à Ouarzazate, Il s'agit de «Alexander the Great«. Ce film fait l'objet de plusieurs projets de télévision et de films long-métrages. On attend toujours. - Ces projets sont-ils maintenus ou annulés?- Disons qu'ils sont reportés. Après les événements du 11 septembre, les assurances aux USA ne couvrent pas le déplacement des acteurs sur le Maroc. Nous attendons que la situation se débloque.- Jusqu'à quel point les studios ont-ils été touchés par ces événements?- Non seulement les studios mais l'ensemble de la profession à Ouarzazate. Il ne faut pas oublier que dans cette ville il y a entre 90 000 et 100 000 personnes qui travaillent dans le cinéma. Dans ce nombre d'emplois temporaires, vous avez des figurants, des techniciens et des artisans qualifiés. Je dirais donc que tout un secteur est affecté au même titre que le secteur du tourisme. - Et le cinéma arabe, avez-vous des contacts avec des sociétés de production?- C'est quelque chose qui est en train de venir. Il ne faut pas oublier que dans le cinéma arabe, nous avons de forts concurrents, notamment l'Egypte qui dispose d'une infrastructure plus intéressante et de studios insonorisés. Le cinéma égyptien a une histoire qui date des années 30. Pour situer un peu les choses, nous en sommes encore à une phase artisanale. Alors qu'ils ont atteint la phase industrielle.- Que faudrait-il faire, alors, pour passer au stade professionnel?- Il s'agit, pour le futur, de travailler dans des canevas plus structurés et d'une manière plus professionnelle. Il y a encore des choses à mettre en chantier, notamment renforcer les textes de loi en matière de propriété intellectuelle et artistique. Les artistes marocains en général et, en particulier les acteurs, n'ont pas un agent qui défend leurs intérêts. Est-ce que ces figurants vont toujours le rester ou faudrait-il les encourager à devenir des acteurs? Donc pour protéger un talent et lui permettre de se développer, il faut qu'il y ait un canevas juridique derrière.- Que faites-vous concrètement dans ce sens?- Je ne peux pas me prononcer, je ne suis qu'un observateur. Je donne mon opinion sur ce qui serait souhaitable de faire pour que le secteur se développe. Il ne faut pas oublier le volet formation. Nous manquons d'écoles suffisamment importantes pour former des réalisateurs et des acteurs en manque d'espaces d'art. Cette formation concerne également le métier d'acteur qu'il faudrait développer pour que nos artistes aient la possibilité d'évoluer à l'étranger. Et ce, en ayant des formations alternées avec d'autres écoles à l'étranger.- Seriez-vous en train de dire que vous pensez créer une école de cinéma?- Je crois que c'est indispensable. En termes de destination cinématographique, les productions ont leurs cycles. On peut avoir des phénomènes de mode avant que le cycle se retrouve dans une courbe descendante. En plus, il n y a pas de bases suffisamment solides pour maintenir cette destination. Alors pour la rendre plus crédible et pour établir des jalons qui nous permettent de passer à une phase industrielle, il faut s'inspirer de ce qui se fait dans les autres pays. On ne peut avoir des productions qui se réalisent au niveau cinématographique sur le plan local sans avoir d'école de cinéma.- Qui seraient vos partenaires ou interlocuteurs dans ce genre de projets? - C'est une question difficile. Moi je me situe en tant qu'observateur. Je ne peux pas dire qui pourrait être mon partenaire pour créer une école. Je dis que pour pérenniser le cinéma au Maroc et pour que demain le Maroc ne soit plus une destination démodée, il faut former les artistes. Nous avons aujourd'hui une production cinématographique, qui en termes de longs-métrages est autour de 10 films par an. C'est insuffisant. Il faut qu'on puisse passer, à moyen terme, à 30 long-métrages. Il faut aussi qu'on ait beaucoup plus de salles de cinéma. Dans les années 70, elles étaient autour de 300 salles avec 18 millions d'entrées. Aujourd'hui, on se retrouve avec à peu près 150 avec 11 millions d'entrées. Là aussi, il faut prévoir des fonds pour la rénovation des salles subsistantes. Il est temps de penser à alléger les impôts et taxes, à exonérer des droits de douane les biens d'équipement (les appareils de projection audiovisuelle, les fauteuils...) - Pensez-vous qu'il faut avoir une culture cinématographique pour gérer les studios, ou est-ce qu'il s'agit d'une simple entreprise comme les autres?- C'est une véritable PME si on raisonne par les critères d'une PME moderne. En tant que gestionnaire dans un sens large, on peut gérer un studio de cinéma. Mais il faut avoir un minimum de culture cinématographique. Il faut être au fait de ce qui se passe sur le marché, il ne faut pas hésiter à voyager, à rencontrer des gens...- Selon vous quel serait l'idéal pour les studios Atlas?- C'est une question très pertinente. Je dirai que tout dépend du tournant que prendra le Maroc au niveau cinématographique. Quand une production vient au Maroc, elle a un budget à dépenser dans le tournage «on location« (tout ce qui est extérieur). Alors si nous restons juste une terre d'accueil pour les tournages étrangers, nous serons beaucoup plus fragilisés à terme. Par contre si nous avons des subventions importantes pour réaliser des studios insonorisés, nous irons beaucoup plus dans le sens d'une industrie. Car ce qui fait marcher ce genre de studio dans le monde, ce sont plus les films télévisés que les long-métrages parce qu'au niveau de la distribution, le film est déjà vendu avant qu'il soit réalisé. Toutefois, il ne faut pas trop s'attendre à ce que des productions étrangères qui sont liées contractuellement avec des grands studios en Angleterre, en France ou aux Etats-Unis, viennent pour utiliser des plateaux insonorisés. Car eux mêmes, ils reçoivent des subventions de leur gouvernement qui les obligent à consommer des prestations dans leur pays aussi bien au niveau de ces studios qu'au niveau de ce qu'on appelle les prestations post-production.- Et vous pour quelle formule optez-vous?- Je pense qu'en termes de marketing, il faut que la production locale représente 30% du budget investi par les productions étrangères, pour qu'on puisse parler sérieusement de production locale. Bien entendu, je ne parle pas de l'immédiat. Il y a des marchés pour la production locale. Quand on voit le film de Yamina Benguigui, «Inchallah Dimanche« qui a été primé à Marrakech, on se dit qu'il y a aussi un marché maghrébin à conquérir. Toutefois, il ne suffit pas d'être ambitieux, il faut avancer d'une manière stratégique et faire des choix d'investissement qui soient cohérents avec le reste du développement du secteur. - Combien de films sont tournés, en moyenne, par an?- Depuis la création des studios, nous avons eu plus d'une cinquantaine de films. Je dirais qu'on réalise dans les bonnes années une moyenne de deux longs-métrages par an et parfois un seul. En dehors des longs, il y a les courts métrages, les documentaires, les films publicitaires et les clips musicaux. Néanmoins, je crois que l'avenir du Maroc, par rapport à l'Afrique du Sud est dans le tournage de films publicitaires. Il faudrait développer ce créneau, car nous sommes un pays qui se trouve à côté de l'Europe. Donc, un producteur qui va réaliser un film publicitaire en Afrique du Sud aura à parcourir plus d'heures de vol. Il est vrai que ce pays a une meilleure prestation (35 agences de pub).

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