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    Economie

    Emigration: Les études évincent les pateras

    Par L'Economiste | Edition N°:918 Le 18/12/2000 | Partager

    . Le Maroc n'a pas vocation à être exportateur d'ingénieurs en NTI et pourtant il le fait. Les sociétés marocaines se battent avec les entreprises internationales mais à armes inégalesKamel a toujours rêvé -comme ses deux amis d'enfance- d'une vie meilleure ailleurs. Le rêve de l'étranger, le paradis terrestre où tout, lui semble-t-il, sera parfait. Mais ses amis n'ont pas autant de chance que lui: il ne prendra pas de patera et ne fera pas la queue pour obtenir un visa. Lui, il est courtisé depuis maintenant deux ans. On lui propose «l'étranger« sur un plateau d'argent: un bon poste, un salaire attractif, un plan de carrière et même la nationalité. Oui, Kamel a eu de la chance d'avoir fait des études dans les télécommunications. Aujourd'hui, il vient d'obtenir son diplôme. Mais bien avant la fin de son parcours, son avenir était déjà tout tracé. Les chasseurs de tête étrangers ont fait leur boulot. Le reste ne dépendait que de lui. Pourtant, Kamel n'est pas un ingrat. Il est conscient que pour son développement, le Maroc a aussi besoin d'ingénieurs dans son domaine et de ses jeunes...Tout cela, il en est conscient. Mais devant l'inertie des entreprises marocaines, il se dit qu'il n'a pas le choix. C'est aussi ce que se disent les jeunes «cerveaux« qui émigrent.Le Maroc produit quelque 1.000 diplômés dans les NTI (ingénieurs et techniciens) toutes écoles confondues, écoles privées comprises. Mais, le système éducatif national produit moins de 200 ingénieurs par an via l'INPT (l'Institut National des Postes et Télécommunications) et l'Ensias (l'Ecole nationale supérieure d'informatique, d'analyse des systèmes) et l'Ecole Mohammadia des Ingénieurs. Les besoins des entreprises en ingénieurs se chiffrent pour leur part à 8.000 d'ici 2005. Sur le plan mondial, ces chiffres sont encore plus impressionnants: 1,2 million ingénieurs sont demandés pour les 5 prochaines années. Les Etats-Unis ont chiffré leurs besoins pour cette année à 750.000 ingénieurs. Selon les estimations des grands groupes, le tiers des postes dans les nouvelles technologies est vacant.Salaires, environnement et naturalisation sont autant de motifs qui poussent les ingénieurs marocains à opter pour les sociétés étrangères. Ce phénomène ne renferme aucun caractère politique ou antinationaliste. Les raisons sont tout simplement d'ordre pratique. Le schéma habituel est l'émigration vers d'autres pays demandeurs de diplômés, sachant qu'un retour à la patrie mère, une fois naturalisé, est envisageable.C'est clair: il est difficile pour les entreprises marocaines d'offrir à ces jeunes diplômés un cadre de travail évolutif, un bon salaire et surtout une considération au sein de l'entreprise.Elles se battent avec leurs homologues à armes inégales. De l'autre côté, les stratégies pour attirer les ingénieurs ont été mises en place (voir encadré). Les entreprises ne retiennent plus leurs cadres avec des salaires élevés ni même avec des avantages en nature. Aujourd'hui, elles ont compris que le salarié doit se sentir concerné par l'entreprise. D'où l'idée des stock-options. Le Maroc n'est pas prêt pour être exportateur en ingénieurs et pourtant, il exporte vers la France, le Canada et les USA notamment.Tout ce que compte le Royaume en professionnels (gouvernement compris) des télécommunications en sont conscients. Tous dénoncent ce phénomène, ainsi que l'absence d'attraction dans les postes proposés actuellement. Mais malheureusement, personne ne présente de substitut. Il n'existe pas de plan, ni de réflexion malgré la création d'une administration chargée des nouvelles technologies. Ingénieurs et futurs ingénieurs se disent désoeuvrés. «On ne croit plus en rien..., les discours ne sont bons que dans les conférences. A quand le concret?«


    Faciliter les procédures

    C'est en France que partent la plupart des ingénieurs marocains. Il faut dire que l'Hexagone vit le même problème que le Maroc puisque ses ingénieurs émigrent aux USA et il se rabat sur les autres pays. La pénurie d'ingénieurs informaticiens sur le marché national de l'emploi a poussé la direction de la population et des migrations à prendre des mesures de facilitation, d'autant plus que ladite pénurie a conduit les sociétés à recruter des ingénieurs informaticiens par le biais de la procédure de détachement. A l'approche du bug, la direction de la population avait sorti une circulaire en 1998 à l'attention des préfets des départements afin de faciliter les procédures. «Compte tenu de la situation présente, vous n'opposerez pas la situation de l'emploi pour refuser un détachement ou un changement de statut«. La circulaire fixe d'ailleurs les conditions dont la vérification des diplômes et la garantie d'un salaire annuel brut égal au moins à 180.000 Francs. Ce salaire peut être ramené à 150.000 Francs pour les étudiants sortant d'autres filières, mais qui sont formés à l'informatique. La circulaire va même jusqu'à inciter les préfets à ne pas refuser des autorisations provisoires de travail aux étudiants étrangers ayant été sollicités par les sociétés pour être formés à l'informatique. . Des chiffres parlants- Dans un organisme public qui s'occupe des retraites (devinez!), sur 52 ingénieurs, 22 départs.- Une expertise d'un ingénieur étranger est facturée à 8.000 Francs français, frais de transport et de logement en sus; celle d'un ingénieur marocain est facturée à 3.000 DH sans aucun frais.- En France, les jeunes lauréats peuvent être rémunérés jusqu'à 20.000 FF par mois; au Maroc, les salaires oscillent entre 5.000 DH (pour l'administration) et 12.000 DH dans les sociétés privées. B. B.


    Le retour... sans rentrer

    . Maroc Telecom propose d'aider des Marocains de l'étranger à monter des start-up . La proposition a passionné les élèves ingénieurs. En quelques années, l'approche des jeunes Marocains a fondamentalement changé«Si vous avez un projet en rapport avec les télécommunications et qui doit s'implanter en Europe, venez nous voir«. M. Abdeslam Ahizoune, président de Maroc Telecom, a créé une grosse surprise chez la centaine d'élèves ingénieurs marocains venus le voir à Lyon, le 30 novembre dernier. L'association Carrefour Maghrébin avait monté cette rencontre avec l'aide de L'Economiste, pour permettre aux étudiants marocains en France de maintenir le contact avec le pays, de se faire une idée sur les opportunités, les aider à y trouver des carrières.L'invité était M. Ahizoune, qui a donc fortement étonné son auditoire avec cette proposition. «Avec toutes ces nouvelles technologies qui vous passionnent, le Maroc ne s'arrête plus à ses frontières géographiques«, a-t-il expliqué. «Vous pouvez très bien servir votre pays, comme vous semblez le souhaiter, sans être obligés d'y résider«. Naturellement, l'annonce a passionné les étudiants. A la sortie de l'amphi où se tenait la conférence, le f'tour a été quelque peu négligé: les étudiants voulaient absolument parler encore à M. Ahizoune. Les uns demandaient si ce qu'ils avaient entendu était bien ce que le président de Maroc Telecom avait voulu dire. . Des propositions même pour L'Economiste Les autres voulaient lui parler tout de suite d'un projet, en général le projet que leur école exige d'eux pour délivrer le diplôme de fin d'études. M. Ahizoune a bien failli manquer son train...L'Economiste a eu aussi son lot de propositions, entre autres celles de moduler son site Web, très connu dans la communauté marocaine à l'étranger, aux exigences du Wap.En fait, la proposition de M. Ahizoune a eu pour effet de décomplexer ces jeunes Marocains. Ils étaient prisonniers d'un véritable dilemme: leur sens nationaliste exige d'eux qu'ils participent au développement du Maroc, mais leur intérêt les retient dans une société où ils voient des avantages financiers, des relations de travail plus équilibrées... La proposition résout cette contradiction et les réconcilie avec eux-mêmes.. Ce que les jeunes ignorentCe sentiment était déjà perceptible dans l'amphi: après l'annonce, les questions des étudiants sont devenues plus directes, tout en perdant de leur agressivité. Les élèves insistent pour connaître les niveaux de salaire et les critères de carrière. Contrairement à leurs aînés d'il y a quatre ou cinq ans, ils ne se préoccupent plus beaucoup de trouver le job.Les étudiants d'aujourd'hui sont dans la mouvance de l'euphorie européenne et mondiale sur l'emploi. Ils pensent qu'au Maroc il en va de même. Ce qui n'est pas le cas. En revanche, ils ne se trompent pas sur les carrières: elles vont plus vite au Maroc (quand les jeunes arrivent à mettre le pied à l'étrier) qu'en Europe où les Maghrébins auront en général des évolutions plus difficiles. Les élèves ingénieurs ne se font aucune illusion sur les effets du racisme. Cependant, face à lui, ils développent des stratégies pragmatiques alors que leurs aînés se contentaient de le dénoncer.Les relations de travail, quant à elles, posent un gros problème aux élèves ingénieurs: c'est ce qu'ils appréhendent le plus dans l'éventualité d'un retour. Ils ne veulent pas retomber dans des rapports paternalistes et mal définis car ils se sont habitués à d'autres comportements, plus clairs tout en étant plus exigeants sur la productivité. Ils savent que le fossé qui sépare le Maroc de l'Europe est immense dans ce domaine, mais ils savent aussi qu'il y a des entreprises marocaines fonctionnant selon le modèle moderne. Ce qu'ils ignorent, c'est comment les repérer dans le tissu local... N. S.

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