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    Chronique des Changes: semaine du 18 au 22 Novembre 1991 : Le Dirham en baisse contre le Franc

    Par L'Economiste | Edition N°:5 Le 28/11/1991 | Partager


    A nouveau ont circulé des rumeurs d'ajustement du Dirham, cette semaine, dans les milieux d'affaires de Casablanca. La présence au Maroc d'une mission du FMI, chargée de négocier un nouveau stand by est sans doute à l'origine de ces hypothèses, de même que l'annonce réitérée par le ministre des Finances concernant l'objectif de convertibilité du Dh. Pour les spécialistes en effet, il est difficilement admissible que la liberté que l'on prévoit de rendre au Dh en 1993, se fasse sans des ajustements du prix international de la monnaie nationale, même si le ministère des Finances a pris soin de fixer un objectif intermédiaire, la balance des paiements équilibrée pour l'année prochaine.


    Parmi les dix devises représentant notre échantillon d'observation de l'évolution du Dirham au cours de la semaine considérée, la monnaie marocaine se retrouve en hausse contre cinq devises - par ordre décroissant d'appréciation : le Dollar, le Rial Saoudien (quasiment fixe contre la monnaie américaine), le Yen Japonais, la Pesete Espagnole et la Livre Sterling - et en baisse contre les cinq restantes, à savoir, le Franc Français, le Deutschmark, le Dinar Tunisien, la Lire Italienne et l'Ecu.

    L'effet pondération du panier


    Cette symétrie ne concerne cependant pas les degrés de variation - positive et négative - du taux de change du Dirham contre ces monnaies. En effet, l'ampleur de la valorisation hebdomadaire de la monnaie nationale, par exemple contre le Dollar (1,93% et 1,91% contre le Rial Sauoudien) ou contre le Yen (1,69% environ), représente plus du double de celle de la dépréciation la plus forte enregistrée par le Dirham contre, précisément, le Franc Français (-0,81%), ou contre le Deutschmark (-0,78%).
    Cela ne doit guère surprendre compte tenu de la plus forte pondération -tenue secrète par la Banque Centrale- qui est dévolue aux monnaies composantes de l'Ecu comparativement à celle réservée au Billet vert, et ce, dans le panier de référence à partir duquel la Banque Centrale détermine chaque jour le taux de change du Dirham. Or, au cours de la semaine sous revue, le Dollar a enregistré des records de baisse vis-à-vis des monnaies européennes (des niveaux de cours inédits depuis neuf mois). Cette chute s'est échelonnée entre -2,62% contre la devise française (-2,36% contre ECU) et -1,59% contre la Livre Sterling.
    Les raisons de cette glissade n'ont pas varié : en premier lieu les sérieux doutes que nourrissent les marchés par rapport au scénario de «sortie de crise» pour l'économie américaine; les chiffres des demandes d'indemnisation de chômage aux Etats-Unis-habituellement ignorés par les cambistes- ont conforté ce scepticisme en enregistrant une forte hausse hebdomadaire (+39.000), et ont ainsi pesé sur le Billet vert. Puis, comme second grand facteur d'affaiblissement du Dollar il y a le corollaire du premier facteur, à savoir, la poursuite anticipée de l'assouplissement monétaire aux Etats-Unis. A cet égard, on prête aux autorités monétaires américaines l'intention de rendre progressivement nul, le taux d'interêt réel- c'est à dire le coût de l'argent une fois que le taux de croissance des prix est déflaté- et ce, pour revivifier une économie languis-sante, cédant en cela à la pression des «politiques» en cette période prééléctorale.

    Tendances confirmées


    En outre, le Dirham connut, contre huit devises sur les dix composant notre panier, des variations de même sens que la semaine précédente, mais certainement pas de même degré ni de même amplitude. C'est-à-dire que la monnaie nationale a continué de baisser par rapport aux mêmes monnaies que précédemment mais d'une manière plus forte; de même qu'elle a poursuivi sa progression face aux mêmes autres devises, quoique à un rythme plus soutenu. Deux monnaies ont fait exception à ce scénario : la devise espagnole qui, contre le Dirham s'est dépréciée cette semaine (-0,86%) et la Lire italienne qui, au contraire s'est appréciée face au Dirham (0,54%).
    La baisse de la Pesete espagnole n'est sans doute que technique car, assortie de rendements élevés, demeure-t-elle attrayante. De plus, parce que l'assouplissement -certes prudent- de la politique monétaire espagnole n'a pas réussi à modérer l'appétit des cambistes et des investisseurs à son égard, la Banque d'Espagne s'est résolue à en vendre quelques montants contre des Marks sur les marchés des changes. Ceux-ci furent revendus d'ailleurs, cette fois-ci contre Sterling, afin de donner un «coup de main» à la vieille Dame de Threadneedle Street ( Banque d'Angleterre ) et soutenir le Sterling. Cette dernière devise continue en effet d'être la véritable «lanterne rouge» du Mécanisme Européen de Change (baisse -0,85% contre ECU) en attente du sommet de la CEE à Maastricht et du sort qui sera réservé à la bande de 6% au sein de laquelle elle évolue actuellement. Exprimée en Ecus, la Pesete espagnole a perdu en une semaine (au 21 Novembre) un demi pour cent de sa valeur. Ceci explique sans doute que le Dirham ait été côté par Bank-Al-Maghrib en hausse (de +0,86%) par rapport à elle alors que lui-même s'est déprécié (-0,30%) contre la monnaie «composite» européenne.

    Hausse de la Lire


    Pour tempérer la vigueur du Mark Allemand, la Banque d'Italie a dû majorer un des taux (celui des prises en pension) auquel elle refinance habituellement les banques.
    Cette mesure n'a pas empêché la monnaie cisalpine de continuer, cette semaine encore, de corriger (à la baisse, en cédant 12 centimes au cours de la semaine considérée) l'appréciation enregistrée par rapport à l'Ecu depuis le début de l'année (+0,19%). En revanche, la Lire italienne a accompagné la monnaie composite européenne dans son ascension face au Dollar, mais moins que proportionnellement avec une hausse de 2,26%, et face à la monnaie nationale (+0,54%), à l'instar du Franc Français (+0,81%) et de la devise allemande (+0,78%).
    Le Deutschemark a toujours le vent en poupe (+0,33% contre l'Ecu). Il fut, en début de semaine, soutenu par l'anticipation d'un relèvement des taux directeurs allemands à l'occasion de la réunion du Conseil de la Bundesbank, le Jeudi 21 Novembre. Le fait que la Banque Centrale n'ait pas bougé n'a pas déçu outre mesure. Les marchés considèrent que ce n'est que «partie remise», l'institut d'émission de Francfort réservant probablement son action comme «cadeau de fin d'année».
    De plus en plus en France, on se plaint de ce que la politique monétaire française soit décidée précisément à Francfort. Les détracteurs de cette thèse ont eu moins d'arguments à leur disposition cette semaine lorsque le Banque de France, pour défendre le Franc, a subitement décidé d'effacer en un jour, l'effort patiemment accompli depuis 2 mois, de décrue des taux d'intérêt dans l'Hexagone, et ce, par le relèvement de ses taux directeurs (plus un demi pour cent pour le taux d'appel d'offres et plus un quart pour celui des prises en pension).
    Dans la chronique de la semaine précédente, nous pressentions que les interventions sur les marchés des changes ne suffiraient plus à contrer un mouvement de fond en faveur du Mark Allemand, surtout lorsque la monnaie «attaquée» ne dispose plus de prime de rendement par rapport à la devise d'outre-Rhin. Avec le geste de la Banque de France, lundi 18, cette prime est rétablie mais la devise française a tout de même perdu au cours de la période considérée (jusqu'au 21 Novembre) près de 3 centimes (-0,03%) contre le Mark.
    En revanche, ces trois centimes se retrouvent- par hasard- comme différentiel d'appréciation des devises française et allemande vis-à-vis du Dirham (respectivement hausse de 0,81% et 0,78% contre le Dirham).

    Rumeurs sur le Dirham


    Enfin, des rumeurs de prochain ajustement à la baisse de la monnaie nationale ont circulé cette semaine. Entend-on par là un autre réaménagement du panier de référence comme cela eut lieu en Mai 1990 ? Car, aux termes de la pratique de «flottement géré du Dirham», régime de change officiel du Maroc, il ne pourrait s'agir, à notre connaissance, que de cela. Sans donner un quelconque crédit à ces rumeurs, il suffit de noter que malgré l'affaiblissement de cette semaine, la monnaie marocaine se trouve encore à des niveaux de cours supérieurs de 1,74% (contre l'ECU), et de 1,30% (contre la devise française) par rapport à ceux qui prévalaient à la fin de l'année dernière. A la faveur d'une glissade supplémentaire du Dollar et en raison de ses conséquences éventuelles sur la cotation du Dirham, il n'est pas déraisonnable de penser alors que celui-ci puisse retrouver progressivement les niveaux de cours de la fin Décembre 1990.
    B.B.T.
    N.B. : Pour l'observation de l'évolution du taux de change du Dirham et l'élaboration de cette chronique, nous avons retenu comme devises :
    - les 5 monnaies nationales européennes suivantes : Franc français, Deutschmark, Livre sterling, Pesete espagnole, Lire italienne,
    - l'Ecu, le Dollar américain et le Yen japonais,
    - et les deux devises arabes : le Rial saoudien et le Dinar tunisien.
    Les variations hebdomadaires sont calculées à partir des cours milieu de fourchettes, côtés par Bank Al-Maghrib.

    Brahim Benjelloun Touimi

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