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La batterie «remplissable», la nouvelle trouvaille de Yazami

Par L'Economiste | Edition N°:4714 Le 23/02/2016 | Partager
L’inventeur marocain a déjà déposé 12 brevets pour protéger son invention
Un grand groupe pétrolier mise sur ses technologies

Rachid Yazami, professeur et scientifique principal à Nanyang Technological University de Singapour: «Aujourd’hui, les batteries sont à électrodes solides, si vous les transformez en liquide, vous pouvez aller dans des stations de remplissage et non de recharge» (Ph. RY)

C’est sans doute le plus célèbre inventeur marocain du moment. Depuis qu’il a remporté le prix Draper en 2014, l’équivalent du prix Nobel de l’ingénierie, dont il ne connaissait pas, pour l’anecdote, l’existence, Rachid Yazami sillonne le monde. Durant son bref passage à Rabat la semaine dernière, pour la session annuelle de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, il nous a fait part de sa dernière trouvaille, la batterie «remplissable» destinée à la voiture électrique. Une technologie nouvelle qui promet de bouleverser, encore une fois, l’industrie des batteries.

- L’Economiste: Depuis le prix Draper, qu’est-ce qui a changé pour vous?
- Rachid Yazami:
Quand vous recevez ce prix, cela bouleverse votre  vie! Vous devenez, que vous le vouliez ou non, une personne mondialement connue, invitée partout. Par exemple, après cette réunion de l’Académie Hassan II, je dois partir en Californie pour assister à une rencontre de la Gordon Research Conference. Ma recherche en a aussi bénéficié. Plus d’investisseurs s’intéressent à mes travaux et sont prêts à les financer.  

- La puce intelligente pour recharger les batteries sera-t-elle bientôt commercialisée?
- J’ai en fait développé plusieurs inventions, mais il y en a deux qui sont plus connues que les autres. L’invention pour laquelle j’ai reçu le prix est celle relative à la batterie au lithium que vous avez dans votre téléphone. Je l’ai mise au point en 1980, je n’avais que 25 ou 26 ans. J’ai inventé une composante essentielle, le pôle moins que l’on appelle l’anode, et qui a permis à la batterie au lithium de fonctionner.    
La nouvelle invention depuis le Draper est celle de la puce électronique intelligente, qui va à l’intérieur de la batterie pour se renseigner sur un certain nombre de données fondamentales pour son fonctionnement. Ce qui a le plus retenu l’attention de la presse, c’est la courte durée de la charge, à savoir 10 minutes. Mais pour moi, le plus important c’est que les batteries durent plus longtemps, qu’elles soient sûres et qu’elles ne vous explosent pas à la figure, ce qui arrive malheureusement de plus en plus.

- Sera-t-elle bientôt sur le marché?
- J’ai fondé une société à Singapour qui s’appelle KVI (kelvin Volta Inc), qui dispose d’une licence pour exploiter tous les brevets, et en particulier celui de la puce électronique. Avec le financement qui va arriver d’ici quelques mois, je recruterai une cinquantaine de chercheurs, de différentes nationalités, afin de travailler dessus. Grâce à l’association future avec des géants de l’électronique et de l’industrie du silicium, le semi conducteur, j’espère que d’ici 2017 ou 2018 nous pourrons lancer cette invention sur le marché.

- Quelle est la source de ces financements?
- Une grande compagnie du Moyen-Orient qui opère dans l’énergie et qui s’intéresse beaucoup aux nouvelles technologies. De plus en plus de groupes pétroliers pensent à préparer l’avenir. Conscients que d’ici une cinquantaine d’années les réserves de pétrole commenceront à s’épuiser, ils misent sur la diversification. Par ailleurs, ils savent très bien qu’en mettant un dollar aujourd’hui, ils en gagneront  dix dans 5 ans.   

- Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
- Sur la voiture électrique, et plus précisément sur une batterie avec des électrodes liquides que nous n’aurons pas besoin de recharger, mais de remplir. Aujourd’hui, les batteries sont à électrodes solides, si vous les transformez en liquide, vous pouvez aller dans des stations de remplissage et non de recharge. Cela prendra 5 minutes.  

- Avec quoi faudra-t-il les remplir?
- Avec des liquides spéciaux que j’ai inventés. Contrairement à un réservoir d’essence qui se vide après 500 km, quand vous remplissez ma batterie, elle garde le même volume. On utilise la matière qui est dedans mais ce n’est pas consommable. Il s’agit juste d’un transfert. Après, on la vide et on la remplit à nouveau.

- A quel stade en êtes-vous?
- Je travaille sur le prototype. De manière générale, entre le moment où vous trouvez une chimie d’une batterie et le moment où vous la commercialisez, il se passe 10 ans, si vraiment tout va bien. Quand les Japonais ont commencé à travailler sur la batterie au lithium, ils ont commencé en 1983 et ils ne l’ont commercialisée qu’en 1991. Chaque compagnie avait mobilisé 50 personnes.
J’attends qu’un investisseur y mette un financement pour recruter une équipe de 5 ou 8 chercheurs. Il faut donc attendre au moins 5 ans avant de pouvoir l’utiliser. Nous avons déjà déposé 12 brevets uniquement sur cette invention.

Un master à l’université Mohammed VI polytechnique

Actuellement installé à Singapour, Rachid Yazami est prêt à partager son expérience dans la recherche sur les batteries au Maroc. En partenariat avec des chercheurs des universités de Rabat et de Marrakech, il a monté un master sur le stockage de l’énergie et les sciences des matériaux à l’université Mohammed VI polytechnique de Benguerir. Le programme a démarré en 2015.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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