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Enquête

«La qualité et la quantité se payent»

Par L'Economiste | Edition N°:325 Le 09/04/1998 | Partager

Il n'est pas exclu que le budget alloué à l'Education Nationale soit revu à la hausse. En tout cas, M. Ismaïl Alaoui, nouveau ministre de l'Education Nationale, compte bien négocier plus de moyens pour son département.


-L'Economiste: Le Dépa-rtement de l'Education Nationale est une grosse machine qui connaît de grandes disparités entre milieu rural et milieu urbain, une faible scolarisation de la petite fille, un fort taux de déperdition... Pensez-vous avoir les atouts pour lutter contre tout cela?
-M. Ismaïl Alaoui: Il serait présomptueux de ma part d'affirmer que nous avons des solutions toutes prêtes. Il existe cependant une volonté convergente, la Volonté Royale d'une part et celle du gouvernement et de l'ensemble de la société d'autre part, d'agir pour mettre à niveau notre système éducatif.
Des moyens importants sont certes alloués à ce département, mais les résultats demeurent en deçà des aspirations de notre pays.
Nous disposons d'un atout important pour relever le défi: la disponibilité et l'engagement du corps enseignant. Les 260.000 enseignants et administratifs qui exercent pour ce ministère doivent nécessairement être motivés et mobilisés pour qu'ensemble nous puissions atteindre les objectifs tracés. Cela passe par l'amélioration de leurs conditions de travail et de vie, par le dynamisme de l'action sociale et des oeuvres sociales qui, au sein de ce ministère, sont indigentes. Une attention toute particulière sera portée à la situation des enseignants en milieu rural.

-Quels sont les moyens que vous allez mettre en oeuvre?
-C'est pour l'essentiel par les moyens qui relèvent du Budget de l'Etat que nous pourrons atteindre les objectifs de généralisation de l'enseignement, d'amélioration de la qualité et de répondre aux nombreuses attentes en ce domaine. La qualité et la quantité ont un prix. Il est nécessaire qu'on puisse atteindre 6 à 6,5% du PIB pour l'enseignement. N'oublions pas que, lors du programme d'ajustement structurel, les secteurs sociaux ont connu des déficits importants. Aujourd'hui, il s'agit de rattraper ce retard, notamment par un redéploiement entre ministères.

-Vous suggérez d'augmenter les moyens alloués au MEN, alors qu'il est considéré comme un département budgétivore?
-Non, il n'est pas budgétivore. Il s'agit d'une mauvaise réputation. Comme je vous l'avais affirmé plus tôt: la qualité et la quantité se payent. Nous sommes un pays jeune; nous avons beaucoup d'enfants à scolariser et nous voulons élever le niveau de notre enseignement. Malgré les efforts louables consentis, des déficits importants persistent. Ainsi, pour l'année scolaire 1998/1999, les besoins en postes s'élèvent à près de 20.000, dont environ 11.000 enseignant.
Il est à signaler que près de 1.800 laboratoires n'ont pas de préparateurs. Comment concevoir un enseignement de qualité dans de telles conditions?

-Et qu'est-ce que vous faites des enseignants en surnombre estimés à 50.000?
-Les surnombres sont un phénomène apparent qu'il faut manipuler avec prudence. Lorsqu'on prend des chiffres bruts, l'on peut en effet conclure à l'existence d'enseignants en surnombre. Mais lorsqu'on l'aborde à travers une approche du terrain, plusieurs matières et plusieurs établissements s'appauvrissent.

Pôles d'excellence


Ceci dit, il existe en effet des enseignants en surnombre, ou plus exactement un certain volume horaire non utilisé. Selon les chiffres dont nous disposons, ils sont quelque 10.000 personnes pour l'ensemble des cycles et en particulier pour le deuxième cycle fondamental et le secondaire. Il va falloir adopter une politique de rationalisation et de redéploiement de ces personnes. D'ailleurs, le Ministère s'y est déjà attelé.
-Côté pédagogie, quelles sont vos premières priorités?
-Nous en avons trois pour l'heure. Les deux premières sont fondamentales. Il s'agit d'abord de poursuivre l'effort de généralisation de l'enseignement. Notre objectif est qu'à l'horizon 2005 chaque enfant puisse trouver une place à l'école avec une baisse progressive de l'âge de scolarisation à 6 ans qui devrait être généralisée partout. La deuxième priorité consiste à améliorer le niveau de l'enseignement par une action soutenue de formation, de recyclage et de rigueur. La troisième priorité qui rejoint les deux premières consiste à améliorer les conditions de travail du personnel du Ministère pour plus d'efficacité. Nous allons présenter notre manière de voir au gouvernement afin qu'il prenne en compte nos besoins.

-Sélection, gratuité et arabisa-tion...Ces trois questions nourrissent un débat passionnel. Quels sont vos scénarios?
Je vais vous répondre point par point. En ce qui concerne l'arabisation, il est sûr que l'effort consenti pour l'enseignement des langues ne va pas se faire au détriment de l'arabe. Par ailleurs, notre option est claire: ouverture sur le monde. Comme l'a indiqué SM le Roi, celui qui ne connaît qu'une seule langue est analphabète. Il faut qu'à la fin du cycle fondamental l'élève soit capable de passer facilement de l'arabe à d'autres langues.
Pour ce qui est de la gratuité, le problème doit être abordé avec beaucoup de bon sens et d'obje-ctivité. L'enseignement préscolaire reste dans sa grande partie payant. L'enseignement fondamental correspond, quant à lui, à l'enseignement obligatoire. De ce fait, l'Etat ne peut donc demander aux parents de contribuer financièrement, alors qu'il est surtout question d'attirer le maximum d'enfants à la scolarisation.
Pour le secondaire, des études laissent supposer que ce sont les couches aisées qui en profitent. C'est un aspect qui mérite d'être analysé plus en profondeur, puisque beaucoup de familles aisées ou à revenu moyen mettent leurs enfants dans des organismes payants, notamment la Mission française, le principe de la gratuité est alors battu en brèche.
Il s'agit ainsi de voir qui en profite réellement et d'adopter un mécanisme qui ne peut léser les familles modestes.
Au même titre que la gratuité, la sélection doit également être abordée de manière objective. Elle est soit sociale, soit par mérite. La sélection qui existe aujourd'hui n'est pas juste. Il faut faire en sorte que les personnes qui ont des prédispositions intellectuelles puissent s'épanouir. Nous pensons à des pôles d'excellence qui soient ouverts à tous ceux qui en ont la capacité intellectuelle.

Propos recueillis par Malika El JOUHARI


Renforcer le multilinguisme


LA nouvelle équipe à la tête de l'Education Nationale ouvre grand la porte à l'arabisation. La méthode se veut différente. «Elle sera traitée de la même manière que les autres langues. L'effort qui sera consenti à l'enseignement des langues étrangères ne va pas se faire au détriment de l'arabe», assure M. Ismaïl Alaoui, ministre de l'Education Nationale. Pour lui, ceci est d'autant plus nécessaire que les élèves souffrent du même déficit dans la maîtrise de l'arabe que dans les autres langues. Dans la vie courante, ils parlent l'arabe dialectal ou le berbère. Sur les bancs de l'école, ils découvrent une autre manière de parler l'arabe. Dans sa stratégie, l'Education Nationale veut adopter une pédagogie appropriée pour son enseignement. Le but est d'arriver à concilier entre l'arabe dialectal et l'arabe classique, deux langues de même souche.

Outre l'arabe, le nouveau ministre de l'Education Nationale compte introduire l'enseignement du berbère. Pour ce qui est des langues étrangères, les «filières bilingues» (1) de M. Rachid Benmokhtar, ancien ministre de l'Education Nationale, auront la vie longue. Aujourd'hui, il s'agit de renforcer ces structures «multilingues», selon l'expression de M. El Alaoui. Ces filières viennent de démarrer cette année dans l'enseignement secondaire (lycée). Créées pour corriger les lacunes de l'arabisation, ces filières se veulent fonctionnelles. Ainsi, les élèves pourront apprendre les mathématiques en allemand ou en anglais par exemple.
Un intérêt particulier sera accordé à l'enseignement de certaines langues, notamment l'allemand ou l'espagnol. «Il serait erroné d'oublier les relations qui nous lient au monde de l'hispanité».

(1) Cf L'Economiste du 2 janvier 1997

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Le cursus de M. Alaoui


Avec sa nomination à la tête du Ministère de l'Education Nationale, M. Ismaïl Alaoui, passe de l'autre côté de la barrière. Professeur de l'enseignement supérieur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat, il participe aujourd'hui à la prise de décision.
Après des études primaires à Salé et secondaires à Rabat et Kénitra, il intègre le Lycée Lyauté de Casablanca où il obtient son baccalauréat ès lettres en 1959. M. Alaoui entame alors ses études supérieures à la Faculté des Lettres de Rabat avant de rejoindre l'Institut de Géographie de Paris Sorbonne d'où il sort diplômé en 1965.
M. Alaoui démarre sa carrière professionnelle en France. De 1965 à 1969, il est attaché de recherche du Centre Universitaire de la Recherche Scientifique à Paris. En 1969, il est professeur à la Faculté des Lettres de Rabat où, à plusieurs reprises, il est chef du Département Géographie.
La carrière politique de M. Alaoui commence en 1962 dans le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS). Avant de succéder à feu Ali Yata à la tête du parti, il a été depuis 1975 membre du Bureau Politique. M. Alaoui a été député de Béni Hsen dans la région du Gharb de 1984 à 1992.
De 1993 à 1997, il est député représentant les salariés et président du groupe parlementaire du PPS. Depuis novembre 1997, il a été réélu à la Chambre des Représentants, député des béni Hsen.
Chevalier de l'Ordre du Trône en 1993, M. Alaoui participe à plusieurs activités associatives. Il est président de l'Association pour le Développement du Monde Rural, vice-président de l'Association Marocaine de Soutien à l'UNICEF et vice-président de l'Association Bouregreg notamment.
M. Alaoui est marié et père de trois enfants.

Malika El JOUHARI

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