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Economie

Jouahri: «Nous devons sortir de la logique de pompier»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5892 Le 26/11/2020 | Partager
Il prône non seulement la rationalisation mais aussi la priorisation de la dépense
Accélérer le rythme des réformes et en lancer d'autres pour renforcer la résilience économique et sociale
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Pour Abdellatif Jouahri, «toutes les parties doivent se mettre d’accord sur les priorités, le gouvernement, le Parlement, les établissements publics, le secteur privé. L’entreprise doit également se réveiller pour se concentrer sur sa compétitivité et sortir de la logique du mur des lamentations» (Ph. L'Economiste)

Après plus de 4 heures et demi de discussions avec Abdellatif Jouahri devant la Commission des finances de la Chambre des représentants mardi, les députés ont montré leur disposition à rallonger cette réunion de mardi dernier. Tellement les propos du wali de Bank Al Maghrib étaient percutants et remettant en cause nombre de leurs certitudes. A la fin de cette rencontre, il a quitté la grande salle sous les applaudissements des parlementaires. Plusieurs d’entre eux auraient souhaité échanger avec lui ou prendre une photo, mais le respect des consignes de distanciation, comme l’a annoncé le président de la Commission, les en a dissuadé.

En tout cas, Abdellatif Jouahri a attiré l’attention des députés sur certaines évolutions dans les organisations mondiales où la répartition des richesses ou la corruption ne sont plus des tabous. Il a prôné la généralisation du principe du lien de la responsabilité à la reddition des comptes à tous les niveaux, du ministre au patron d’établissement public. Il a donné l’exemple de la présidente de la Corée du Sud, 13ème puissance mondiale, qui a fini en prison.

Le wali a prôné non seulement la rationalisation mais aussi la priorisation de la dépense quand les ressources font défaut. «Toutes les parties doivent se mettre d’accord sur les priorités, le gouvernement, le Parlement, les établissements publics, le secteur privé. L’entreprise doit également se réveiller pour se concentrer sur sa compétitivité et de sortir de la logique du mur des lamentations», dit-il. Le travail fait dans le cadre de l’observatoire des TPME sur les structures des entreprises marocaines a révélé une surprise de taille: le Maroc ne compte que 500 grandes entreprises. 

Cette contrainte ne lui a pas fait oublier la profondeur de la crise économique. En dépit des mesures prises dans le cadre du Comité de veille économique, à la suite de l’état d’urgence sanitaire, le Maroc n’est pas encore sorti du tunnel. Il est impératif de tirer les enseignements de la crise pour améliorer le système de santé, réduire les vulnérabilités économiques, intégrer le formel, régler le problème de la faiblesse du tissu productif et la domination du cash dans l’activité économique, estime t-il. Il s’agit d’accélérer le rythme des réformes et en lancer de nouvelles pour renforcer la résilience économique et sociale. L’idée est de permettre au pays de répondre aux futures crises. Les effets pourront être plus catastrophiques que ceux d’aujourd’hui. Il est donc essentiel de travailler sur la structure économique et sociale pour donner davantage d’immunité à l’économie et à  la société. A la veille des élections, ce sont autant d’éléments importants qui pourraient inspirer des partis politiques pour élaborer leurs programmes économiques, a indiqué un député.

Qu’importe, pour lui, c’est à ce prix qu’il sera possible de voir «le retour de la confiance, le lien social, le vivre ensemble,… Autant d’ingrédients essentiels pour accéder au cercle limité des pays émergents. Nous avons les moyens de le faire», a-t-il affirmé. En tout cas, la sortie de crise n’est pas pour demain.  En effet, la reprise économique sera lente et ne commencera réellement qu’à partir de 2023, a-t-il indiqué. C’est pour cela que «les politiques et les réformes structurelles doivent s’orienter vers la résilience et sortir de la logique de pompier». Surtout que le Maroc vit une récession, avec une augmentation des pertes d’emplois de 580.000, une hausse du déficit budgétaire et du taux d’endettement du Trésor qui est passé de 65% à 76% du PIB.

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Il est à signaler que la dernière récession de cette ampleur de l’économie nationale remonte à l’année 1995, avec un taux de croissance de -5,4%. Actuellement, la Banque centrale réactualise ses prévisions macro-économiques dans le cadre de la réunion de son conseil le 15 décembre prochain

Abdellatif Jouahri n’a pas laissé passer les critiques des parlementaires contre les banques. Il a d’ailleurs proposé ses bons offices pour réunir les députés et les banquiers de la place. Il l’a déjà fait à deux reprises pour rapprocher les points de vue de la CGEM et des banques. Cette initiative avait abouti à un mémorandum adressé au chef du gouvernement. Il s’est dit prêt à inviter les banquiers à l’accompagner au Parlement pour traiter franchement des questions qui fâchent et aplanir l’ambiance malsaine : «Il ne faut pas rester sur cette impression totalement négative et noire. J’estime qu’il ya des marocains de très grande qualité dans ce pays. Il faut reconnecter les liens et éviter de rester sur les malentendus», a-t-il ajouté. 

Toutefois, il reconnaît que «partout dans le monde, les banques ne sont pas aimées. Mais elles sont soumises à des règles de plus en plus coercitives, avec des responsabilités et des réglementations lourdes, leurs rentabilités ont baissé,… Je ne les absous pas. Nous asseyons de plus en plus pour que leur compétitivité augmente, les réclamations soient suivies». En même temps, pour d’autres catégories qui sont leurs clients, la Banque centrale apporte sa contribution au titre de l’inclusion financière pour que les personnes comprennent vraiment ce qu’est un crédit, un bilan,….

Pour le wali, si les entreprises n’accèdent pas aux financements, ce n’est pas forcément la faute aux banques. Il connaît bien le secteur puisqu’il a été président de banque pendant une dizaine d’années. A ce titre, il a décrit la réalité du terrain sans vouloir à tout prix défendre les banques. «Je peux vous dire que si les entreprises n’accèdent pas au financement, c’est souvent la cause de l’information financière». En effet, les PME ont trois bilans, un pour le fisc, un pour la banque et un pour le patron qui est le seul à connaître la véritable situation de son entreprise. "Tant que ce problème n’est pas réglé, les banques ne peuvent accorder des crédits». Il veut bien prendre en charge les dossiers de financements propres qui n’ont pas abouti.

                                                                                     

Premier bilan d’Intelaka

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 (Ph. L'Economiste)

Le programme Intelaka a été lancé en février dernier. Malgré les limites imposées aux activités économiques par la pandémie, son exécution s’est poursuivie à un rythme plus lent que celui initialement prévu. Au 15 novembre dernier, le total des crédits accordés a atteint 1,9 milliard de DH pour 9.443 bénéficiaires. 60% ont obtenu des financements avec des montants inférieurs à 100.000 DH, 26% entre 100.000 et 300.000 DH, 6% entre 300.000 et 500.000 DH et 8% au-delà des 500.000 DH. Les bénéficiaires des prêts sont des entrepreneurs individuels à hauteur de 47% des TPE à 53%. Ils ont investi les secteurs de commerce pour 25%, l’agriculture (14%), l’industrie (13%), les services (13%) et le tourisme (10%). Cela a abouti à la création de 1.689 entreprises et de 28.004 postes d’emplois projetés. Parmi les bénéficiaires, 86% d’entre eux sont des hommes et 14% des femmes, 79%  sont en ville, 21% dans le monde rural. Les dossiers rejetés sont de l’ordre de 19%. Le refus s’explique par le niveau élevé de l’endettement de celui qui a présenté le dossier, des prêts impayés auprès d’autres banques, limitation de la qualité et de la rentabilité du projet, manque d’expérience du demandeur avec la nature de l’activité du projet, impossibilité de présenter des justificatifs des dépenses prévues, absence d’équilibre entre le montant demandé et la nature du projet. Ces données renseignent sur le déficit de l’accompagnement des porteurs de projets, particulièrement dans le domaine de la formation et de l’appui technique. Cet accompagnement est essentiel pour améliorer les résultats de ce programme, a noté le wali de Bank Al Maghrib.

                                                                                     

Les banques affectées par la crise aussi

La pandémie a également eu un impact sur les banques, particulièrement sur le niveau de défaut de remboursement et du coût des risques. Ainsi, à la fin des neuf premiers mois de cette année, les créances en souffrance ont augmenté de plusieurs milliards de DH et le taux de non remboursement atteint 8,4% contre 7,7 à la fin de 2019. A fin septembre, les crédits reportés et non payés se sont élevés à 13,2 milliards de DH alors que le montant des prêts qui bénéficient de la suspension de remboursement atteint 15,1 milliards de DH. Rappelons que les institutions internationales prennent en considération ces risques lorsqu’elles procèdent au classement des banques marocaines. C’est ce qui est arrivé le 3 novembre dernier lorsque l’agence de notation Fitch a baissé la note accordée à trois banques marocaines. D’autre part, la rentabilité des banques a enregistré une tendance baissière au cours de la dernière décennie. Elle est passée de 1,2 à 0,9% et on s’attend que ses rendements reculent davantage au cours de 2020, dans le sillage de la baisse des taux d’intérêt. A cela s’ajoutent l’octroi d’une grande partie des crédits à des taux préférentiels et la hausse du coût des risques. A fin juin dernier, le rendement des actifs a reculé à 0,6% contre 0,9% en 2019 et la rentabilité des fonds propres à 5,9% contre 9,4%.
En dépit de ces développements, le système bancaire demeure solide comme le montrent les macro stress tests réalisés par Bank Al Maghrib en juin dernier. Le wali a demandé aux banques d’effectuer un deuxième test avant la fin de l’année, en prenant en compte l’hypothèse d’un choc plus fort. En plus de ses effets sur le système bancaire, la crise pourrait présenter des risques sur la stabilité financière. Ce qui l’a poussé à lancer un appel pour la création d’un groupe de travail chargé du suivi hebdomadaire des risques que la crise représente pour la stabilité financière. Par ailleurs, la Bourse de Casablanca n’est pas sortie indemne de cette épreuve. Elle a enregistré une importante baisse, particulièrement dans les secteurs de la promotion immobilière de -50% et  les banques de -33%. Ce qui a poussé l’Autorité marocaine du marché des capitaux à réduire les marges de changement des prix des actions.

Mohamed CHAOUI

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