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Fête du Trône/Diplomatie: Rabat regagne du terrain en Amérique latine

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5324 Le 27/07/2018 | Partager
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Abdelkader Chaoui, ancien ambassadeur du Maroc au Chili: «A mon avis, le gros du travail de la diplomatie en Amérique latine devra commencer d’abord en Espagne» (Ph.A.C)​

Ex-ambassadeur du Maroc au Chili entre 2008 et 2016, après avoir été ministre plénipotentiaire à Madrid (2004-2008), Abdelkader Chaoui est un fin connaisseur de l’Amérique latine. Après des années de flottement, voire d’absence, Rabat a réussi un spectaculaire retour diplomatique dans plusieurs capitales du sous-continent qui étaient jadis des inconditionnels du Polisario. Résultat, ce dernier, comme son sponsor principal, l’Algérie, sont sur la défensive. 

- L’Economiste: Comment analysez-vous notre présence diplomatique en Amérique latine?
- Abdelkader Chaoui:
Le Maroc était présent en Amérique latine depuis fort longtemps, et avait ses ambassadeurs dans de grands Etats comme le Mexique, l’Argentine, le Brésil et le Chili. Mais c’est à partir de 2008 que la diplomatie marocaine opère un virage pour contrer l’activisme du Polisario dans la région. C’est ainsi qu’on a relevé notre représentation au rang d’ambassade au Panama, Guatemala, en Uruguay et au Cuba, certains de ces pays étant très proches du Polisario. Il fallait contrecarrer le travail insidieux accompli depuis des années par les «groupes de soutien au peuple sahraoui», dans quasiment tous les pays de l’Amérique latine. Un travail de sape entretenu financièrement par l’Algérie. 

- Et le Chili où vous étiez ambassadeur?
- Je peux dire que le cas du Chili est un exemple de cette offensive diplomatique marocaine. C’est le 2e pays le plus développé en Amérique latine après le Brésil, avec une démocratie exemplaire et des ressources économiques et naturelles considérables. Comme dans d’autres pays d’Amérique latine, il n’a pas échappé à l’influence et aux pressions du lobby du Polisario. La «RASD» avait un ambassadeur itinérant qui sillonnait le continent. Le Chili allait même rallier ses thèses n’eut été le réveil de la diplomatie marocaine. Résultat, non seulement Santiago n’a pas reconnu le Polisario, mais depuis 2012, et quel que soit le gouvernement en place, le Chili s’en tient à une position constante: au regard du droit international, la RASD ne remplit pas les critères d’un Etat. 

- Pourquoi nous ne dupliquons pas la même recette dans d’autres pays?
- Jusqu’à récemment, l’on reprochait à l’Etat marocain l’absence d’une stratégie qui sert de boussole aux diplomates dans la région. Il y a aussi un manque flagrant d’information sur le pays. Un quidam qui s’adresse à une ambassade ou à un consulat pour avoir des documents utiles sur le Maroc ne récolte que du vent. Autre exemple, alors que d’autres pays réunissent régulièrement en Amérique Latine leurs ambassadeurs et consuls pour débattre de la politique diplomatique, jamais les diplomates marocains dans ce continent n’ont pris une telle initiative. Du moins jusqu’à mon départ en 2016. 
Ceci dit, à mon sens, le gros du travail de la diplomatie en Amérique latine devra commencer d’abord en Espagne. Et le Maroc a les moyens matériels et humains de le faire: une ambassade à Madrid forte de 52 fonctionnaires, 7 consulats à travers l’Espagne, sans parler des 700.000 résidents marocains dans ce pays, qui sont autant d’ambassadeurs.


  • De beaux succès du Maroc

La poignée des pays latino-américains qui ont reconnu la RASD comme Cuba, Venezuela et le Panama, l’ont surtout fait par affinité idéologique avec le Polisario. Mais depuis, le Maroc a engrangé quelques beaux succès en convaincant plusieurs pays de revenir sur cette reconnaissance.  L’Amérique latine et centrale n’est plus une terre acquise au Polisario. Petit tour d’horizon.
Panama: reconnaissance 1978, retrait en 2013
Dominique: reconnaissance 1979, retrait en 2010
Costa Rica: reconnaissance 1980, retrait en 2000
Pérou: reconnaissance 1984, retrait 1996
Colombie: reconnaissance 1985, retrait 2000
Guatemala: reconnaissance 1986, retrait en 1998
République dominicaine: reconnaissance en 1986, retrait en 2002
Paraguay: reconnaissance 2000, retrait en 2014

  • Le commerce aussi compte

Outre le volet diplomatique, la visite royale de 2004 a aussi scellé une base de coopération commerciale entre les deux espaces Maroc-Amérique latine, avec la signature de l’Accord Cadre Marché commun du Sud -Mercosur-Maroc, qui inclut la concession réciproque de préférences commerciales -semblable à celui conclu avec l’Egypte en juillet 2004. Il servira de base pour la future négociation d’une plus grande intégration commerciale. L’objectif est d’arriver à un accord de libre-échange. 
En Amérique latine, le Maghreb est perçu comme une porte d’entrée au monde arabe et africain, et particulièrement le Maroc qui dispose d’un statut privilégié avec l’Union européenne. La signature d’un accord de libre-échange entre le Maroc et le Mercosur «permettra au secteur exportateur national de renforcer son positionnement au sein d’un bloc économique en forte expansion, notamment dans les activités agro-industrielles, les filières oléicoles et les produits de la mer », a indiqué à la MAP, lors des négociations de cet accord en 2017, Nabil Adghoghi, l’ambassadeur du Maroc au Brésil.

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