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    Fête du Trône/Modèle de croissance A la recherche d’un nouveau logiciel

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5324 Le 27/07/2018 | Partager
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    Emmanuel Pinto Moreira, économiste principal auprès de la Banque mondiale:  «Le modèle de développement actuel n’a pas pu corriger les inégalités et les contraintes structurelles auxquelles le pays fait face…»     (Ph. Banque mondiale)

    La majorité d’économistes d’institutions nationales comme internationales (OCDE, Banque mondiale, CMC…) sont unanimes pour considérer que le modèle de croissance marocain s’essouffle. Le modèle basé sur la demande intérieure devient dépassé. Toutes les propositions vont dans le sens de la nécessité de changer le cap en s’orientant vers l’export et l’industrie. Aussi, il est recommandé de s’attaquer aux grandes lacunes et de mettre en place des politiques économiques innovantes. Décryptage avec Emmanuel Pinto Moreira, économiste principal auprès de la Banque mondiale. 

    - L’Economiste: En quoi le niveau du chômage structurel des jeunes vous semble-t-il la principale fragilité du «modèle» économique du Maroc?
    - Emmanuel Pinto Moreira:
    La dynamique des progrès réalisés au cours des deux décennies passées s’essouffle et le modèle de développement basé essentiellement sur l’investissement public a montré ses limites. Le pays est demeuré bloqué dans le piège des pays à revenu intermédiaire tranche basse. Malgré l’émergence des nouveaux métiers du Maroc, le modèle n’a pas su générer suffisamment d’emplois notamment pour les jeunes diplômés, le chômage et le faible taux de participation au marché du travail étant devenus des phénomènes structurels. Après des années de baisse, le taux de chômage a stagné à environ 9% et a récemment augmenté à 10,2% en 2017. Plus de la moitié de la population en âge de travailler (15 ans et plus) est inactive et cette tendance s’est aggravée cette dernière décennie. Plus de la moitié des travailleurs ne perçoit pas un salaire (employés non-salariés) et travaille donc soit gratuitement (22% comme apprentis ou employés de maison non rémunérés) ou en tant qu’employés à propre compte (32%). Singulièrement, le taux de participation des femmes et des jeunes au marché du travail est parmi les plus bas du monde. 

    - Où voyez-vous d’autres contraintes?
    - Le modèle de développement actuel n’a pas pu corriger les inégalités et les contraintes structurelles auxquelles le pays fait face. Il s’agit, en l’occurrence, des inégalités sociales et territoriales, les insuffisances en matière de gouvernance globale notamment les incohérences dans la conception et la mise en œuvre des réformes et des politiques publiques. A cela s’ajoutent, la faiblesse du capital humain et des rigidités structurelles entravant l’amélioration de la productivité et de la compétitivité de l’économie. A travers son Plan national de l’emploi (2018), le gouvernement s’attelle aujourd’hui à apporter des réponses à la problématique de l’emploi au Maroc, avec l’ambition de créer 1,2 million d’emplois par le secteur privé formel à l’horizon 2021. Le soutien aux TPME et l’accompagnement des jeunes (et des jeunes femmes en particulier) pour leur insertion professionnelle représenteraient un autre vecteur important pour une politique active de l’emploi. 

    - Quels sont les éventuels ajustements à apporter aux choix de la politique économique?
    - Comme nous l’avons dit plus haut, le modèle actuel du Maroc a montré ses limites dans la perspective de transformer le pays économiquement. Dans une telle perspective, plusieurs ajustements sont nécessaires. D’abord, le cœur de la nouvelle stratégie de croissance et de développement du Maroc doit reposer sur l’accélération de la transition vers l’efficience technologique mondiale. Et ce, afin que le pays puisse se positionner favorablement dans les chaînes globales de valeur et être préparé à la concurrence internationale sur les marchés de biens et services qui requièrent une main d’œuvre très qualifiée et des intrants technologiques. 
    Il convient d’éliminer le «biais contre l’exportation» des biens et services en poursuivant la politique de flexibilité du taux de change afin d’améliorer la compétitivité (à moyen et long termes), d’absorber les chocs monétaires (court terme) et d’éviter que la volatilité des capitaux n’affecte les liquidités intérieures et déstabilise le système financier (à court et moyen termes). Aussi, une telle politique appellerait à une réduction des incitations accordées aux secteurs nationaux afin de favoriser la concurrence, un traitement de la question des préférences commerciales qui conduisent les producteurs locaux à rester tournés uniquement vers le marché intérieur et l’amélioration du régime de l’investissement étranger. Enfin, la politique adoptée par le Maroc vis-à-vis de ses voisins d’Afrique sub-saharienne est un autre axe de cette politique de transformation. En continuant à diversifier ses échanges et ses investissements sud-sud par l’expansion des activités économiques en Afrique dans des secteurs à haute valeur ajoutée, le Maroc gagnerait sensiblement en compétitivité. 

    - Les nouvelles technologies peuvent-elles booster la croissance? 
    - Le nouveau modèle de croissance et de développement du Maroc devrait également mettre l’accent sur l’utilisation des nouvelles technologies pour développer le secteur des services. Ce secteur devrait être une source de croissance et de création d’emplois. Les emplois dans les secteurs de haute technologie aussi bien dans les pays en développement qu’en voie de développement ont montré une plus grande résilience aux retournements conjoncturels et aux crises économiques que les emplois créés dans tout autre secteur. Une étude récente de McKinsey, 2016 «Digital globalisation: The New Era of Global Flows» montre que la croissance de l’emploi dans les secteurs de la haute technologie a dépassé celle dans les autres secteurs d’un ratio de 27 à 1 entre 2001 et 2011. En outre, la demande pour le secteur digital pourrait créer au Maroc des emplois dans d’autres secteurs de biens et services locaux. L’effet multiplicateur est quatre fois plus élevé dans le secteur technologique que dans le secteur manufacturier. A cet égard, l’étude de McKinsey montre que pour un emploi créé dans le secteur de haute technologie, approximativement 4,3 emplois sont créés dans tous les groupes de revenu et professions, y compris les enseignants, les juristes, docteurs, parmi d’autres professions. 

     


    La pauvreté a reculé, pas le sentiment de pauvreté

    • Pays à revenu intermédiaire tranche haute: Le principal défi est celui de se hisser au rang des pays à revenu intermédiaire tranche haute qui réalise une croissance soutenue, forte et inclusive et assure à tous les Marocains, notamment les jeunes, des opportunités économiques. S’il est vrai que le taux de pauvreté a considérablement baissé, le sentiment de pauvreté demeure très élevé. A l’échelle nationale, le taux de pauvreté subjective (le pourcentage des ménages qui se considèrent eux-mêmes comme pauvres) a augmenté de 41,8% en 2007 à 45,1% en 2014. La perception de la pauvreté est plus forte chez les plus pauvres, mais elle est grandissante parmi les plus aisés, en particulier dans les zones rurales. 
    • Lutter contre les inégalités: Un autre défi corrélé à cela a trait aux inégalités croissantes. Les inégalités se sont creusées dans certaines régions. Près d’un quart des ménages ruraux n’ont pas d’accès direct à une route et vivent au moins à 10 kilomètres des services de santé de base. L’insuffisance des infrastructures et services de transport est toujours une marque des régions les moins avancées ainsi que des quartiers périphériques pauvres des agglomérations urbaines au Maroc. Une moyenne de 63% des naissances dans les zones rurales bénéficient de la présence d’un personnel qualifié, contre 92% dans les zones urbaines. Les groupes défavorisés, notamment les filles et les populations qui habitent dans les régions rurales et reculées sont encore confrontés à d’importantes inégalités en matière d’accès à l’éducation. Un défi qui est étroitement lié au sentiment de pauvreté est l’existence d’un écart d’aspirations. La structure actuelle des dépenses de consommation des ménages marocains est comparable à celle de l’Europe dans les années 1950 et 1960 (HCP 2014, 2016). En particulier, la part des dépenses alimentaires dans le budget reste élevée (environ 40 %), ce qui traduit le faible pouvoir d’achat des familles et la prédominance des dépenses essentielles dans leur budget. 
    • La taille de la classe moyenne: Elle est petite par rapport à celle d’autres économies de marché de même niveau de développement qui ont connu un décollage économique. Si l’on suppose qu’un ménage de la classe moyenne a un revenu minimum de 10 dollars par personne par jour (PPP 2011), ou 1.200 dollars par mois pour une famille de quatre (Pew Research Center, 2015), seulement 25% de la population marocaine constitue la classe moyenne. Ceci est très faible comparé à la taille de la classe moyenne dans les pays émergents (environ 50% au Brésil et en Turquie) et dans les pays ayant connu un décollage économique. La classe moyenne représentait déjà 53% de la population de la Corée du Sud dans les années 80. 
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