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Competences & rh

Ils en ont bavé: petits jobs, informel, précarité…

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4990 Le 28/03/2017 | Partager
Des anciens Neet qui renaissent de leurs cendres
Grâce à l’accompagnement qui leur a été offert, ils ont repris confiance en eux
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Dans les yeux des uns, vous pouvez entrevoir de l’espoir, mêlé à la joie d’avoir vaincu leur peur, leur désespoir, mais aussi leurs illusions et croyances limitantes. Dans les  yeux des autres, vous pouvez percevoir un brin de timidité, de la surprise d’être le centre d’intérêt d’un média, et un peu de gêne d’être exposés à l’objectif d’une caméra. Mais ils ont tous une chose en commun, ils ont décidé de s’en sortir, coûte que coûte, quelques années après avoir abandonné leur scolarité  (Ph. Khalifa)

Une fois en dehors du système scolaire, les plus jeunes en voient de toutes les couleurs. Si quelques-uns s’inscrivent dans des formations professionnelles, beaucoup enchaînent, très tôt, les petits jobs précaires ou sont exploités dans des activités informelles, voire illégales. Certains finissent par se décourager et sombrer dans l’oisiveté la plus totale. Ils deviennent des Neet (Not in Education, Employment or Training: ni à l’école, ni en emploi, ni en formation), ou encore des «nini»: ni étudiants, ni en emploi. Une catégorie très peu étudiée au Maroc, et qui compte près de 2,7 millions de 15-29 ans, selon le HCP. Démotivés et perdus, ils s’enferment dans leur bulle.
Les jeunes accompagnés par L’Heure Joyeuse ont presque tous été des nini à un moment donné de leur parcours. Ils nous ont raconté leur itinéraire.

■ «Je ne baisserai plus jamais les bras»
Basma, 19 ans, une jeune fille timide et à la santé fragile, a toujours eu des difficultés à l’école. Ses mains tremblantes l’ont souvent empêchée d’écrire correctement. Ne comprenant ni son écriture, ni sa condition, ses profs la sanctionnaient automatiquement. «Mes enseignants n’ont jamais tenté de me comprendre et ils ne m’ont jamais fait de cadeaux. J’ai constaté que je perdais mon temps à l’école, et j’ai donc décidé de la quitter», regrette Basma. Elle a abandonné sa scolarité en 2013, à l’âge de 15 ans, quand elle était en 2e année du collège. Pendant deux ans, elle reste chez elle à ne rien faire, avant de souscrire à une formation en cuisine, moyennant 180 DH par mois. Faute de moyens, elle arrête son cursus et sombre encore dans deux années d’inactivité, avant de s’inscrire au programme de L’Heure Joyeuse. Depuis qu’elle a reçu la formation en life skills de l’ONG, sa personnalité a complètement changé. «Pendant un an et demi, je n’ai jamais osé prendre la parole à la maison de jeunes dont je suis membre. Aujourd’hui, j’ai plus confiance en moi, je m’exprime librement et j’impose mes idées», confie fièrement
■ En finir avec l’informel
Karim, 19 ans, a lui aussi abandonné l’école très jeune, à la 2e année du primaire. Son établissement trop éloigné, il avait du mal à se réveiller très tôt le matin pour s’y rendre à pied. Deux mois après son décrochage, c’était l’été. Il a donc travaillé à la plage. Son job, surveiller des parasols. Il intègre ensuite un garage de mécanique, où il passe un an. Karim,  trop jeune et sans qualification, cumule les petits boulots. Il a, par exemple, été livreur de marchandises sur un triporteur. Pour obtenir un diplôme, il s’inscrit dans une formation en aluminium dans un centre de l’OFPPT. Son cursus d’un an terminé, il erre pendant un moment, avant d’atterrir à L’Heure Joyeuse. Informatique, français, communication,… il découvre tout un monde qu’il ignorait. Armé de nouvelles compétences, il souhaite en finir avec l’informel et intégrer une entreprise spécialisée en aluminium.     

■ Deux ans d’oisiveté totale
Dans son entourage, beaucoup de jeunes sont en dehors du système scolaire. Comme eux, Kamal, 20 ans, a fini par mettre le holà, en 2013, quand il était à la 3e année du collège. Pour partir au collège, il devait parcourir chaque jour un long trajet d’Al Inara à Mkansa, alors que les moyens de transport y sont rares. Lassé, et surtout malade, il s’absentait souvent. Un beau jour, il a décidé de jeter l’éponge. «Je n’étais pas très sérieux non plus à l’époque», avoue-t-il l’air gêné. Pendant un an, il travaille au noir dans une structure spécialisée dans l’aluminium. 2015 et 2016, il les passe chez lui, à ne rien faire de particulier. Vers fin 2016, un chargé d’accueil de L’Heure Joyeuse, qui fait le tour des quartiers difficiles, vient le chercher chez lui et l’incite à s’inscrire dans le centre de formation par apprentissage de l’ONG, spécialisé en électricité du bâtiment. «Contrairement à l’école, ici les profs sont proches de nous, ils nous comprennent, nous expliquent tout et nous poussent à aller de l’avant», témoigne Karim. «Ils nous apprennent ce qu’est la vraie vie», poursuit-il.
Son projet, travailler, acquérir de l’expérience, pour ensuite se mettre à son propre compte.  

■ Il commence à travailler à l’âge de 10 ans   
Même si sa famille souhaitait qu’il continue ses études, il a très tôt décidé d’y mettre un terme, à la 5e année du primaire, à l’âge de 10 ans. L’école n’était pas pour lui, d’après ses dires. Seddik, aujourd’hui âgé de 22 ans, a commencé à travailler 6 mois après avoir arrêté sa scolarité, en enchaînant de petits boulots. Il a ensuite été embauché par un artisan, au noir, pour une période de sept ans. Des formations, il n’en veut toujours pas. «Avec l’expérience que j’ai, je ne vois pas ce qu’un centre pourrait m’apprendre de plus. Ce qui me manquait, c’était les life skills que j’ai appris grâce à L’Heure Joyeuse», explique Seddik. Il ne veut plus perdre de temps, il prévoit de lancer le plus rapidement possible sa propre affaire.  

■ Plus question d’être une «nini»
Des problèmes familiaux l’ont obligée à quitter le lycée il y a de cela plus de sept ans. Depuis, la seule occupation de Mouna a été de participer aux tâches ménagères et de s’occuper de ses petits frères, jusqu’au jour où une amie lui recommande le centre d’orientation et d’insertion professionnelle de L’Heure Joyeuse. A 28 ans, elle décide de prendre un nouveau départ, et surtout, de gagner  son autonomie financière. Son rêve, devenir modéliste. «J’ai déjà cherché une école. J’aimerais travailler le jour et étudier le soir. Mon objectif est de lancer, à terme, ma propre affaire», livre-t-elle. Plus question de naviguer à vue, Mouna dispose aujourd’hui d’un projet de vie et d’une stratégie de carrière. Elle en a conscience, rien n’est jamais facile, mais elle a repris confiance en elle et elle est prête à se battre.

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En franchissant la porte de L’Heure Joyeuse, les jeunes découvrent un nouveau monde. La formation en soft skills qu’ils reçoivent en 9 semaines leur permet d’appréhender l’avenir différemment. Souvent, il suffit de les écouter et de leur témoigner de l’intérêt pour les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes (Ph. Khalifa)

■ Humilié, il décide de quitter l’école
Impliqué dans une bagarre au collège, il est accusé d’avoir frappé un garçon à la tête, ce qu’il a toujours nié. Comme punition, Adil, 17 ans, est chargé d’évacuer l’eau de pluie de la cours de récréation de son établissement à l’aide d’une raclette. Mais même s’il a exécuté sa punition, qu’il a très mal vécue, ses profs ont continué à l’humilier, selon ses dires. «Leur regard n’a pas changé, il ont continué à mal me traiter. J’ai donc décidé de partir en 2016, même si j’aimais bien l’école. J’ai des regrets, mais ne n’y retournerai plus jamais», raconte Adil. Il était en 3e année.
Adil a déjà travaillé, dès l’âge de 11 ans, de manière informelle durant ses vacances d’été, dans des usines ou ateliers de fabrication de chaussures. Depuis qu’il a intégré le centre de formation en électricité, qui lui offrira un diplôme reconnu par l’Etat, il appréhende l’avenir différemment. Son premier défi sera de décrocher un stage pour ensuite s’insérer durablement sur le marché de l’emploi.

■ «Je saisis ma dernière chance»  
Après avoir échoué aux examens de la 2e année du lycée, Noureddine a pris la décision d’arrêter ses études, il y a un an, à l’âge de 21 ans. Ses parents, qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une scolarité étant jeunes, plaçaient pourtant beaucoup d’espoir en lui et voulaient le voir à l’université. «Je me suis senti trop âgé pour être au lycée et j’avais l’impression de perdre mon temps. J’ai pensé que je devais trouver un emploi rapidement, sachant que je travaillais souvent durant les vacances d’été», explique-t-il. Vers fin 2016, avec un ami, il s’inscrit au centre de formation en électricité de Mkansa. «Je ferai tout pour être à la hauteur de cette chance qui m’a été donnée», assure-t-il. Son expérience ratée à l’école, même si elle a été dure à accepter, ne l’empêchera pas d’aller de l’avant. Pour réaliser le rêve de ses parents, il prévoit de s’inscrire plus tard comme candidat libre au baccalauréat et de poursuivre ensuite ses études, tout en travaillant.

■ «Maintenant, mon projet d’avenir est clair»
A la 3e année du collège, à l’âge de 18 ans, et après avoir redoublé deux fois, Mehdi est sommé de quitter les bancs de l’école. Comme la majorité de ses camarades, il travaillait toujours durant ses vacances scolaires. Comme ses oncles, il faisait des bricoles en électricité, un domaine qui le passionne. Après avoir quitté l’école, son projet d’avenir était clair dans sa tête. Mehdi, 19 ans aujourd’hui, a rapidement intégré le centre de formation en électricité de L’Heure Joyeuse. «Dans ce centre, les formateurs sont plus disponibles et nous aident beaucoup, contrairement à l’école. Au lieu de rester dans la rue, mes parents m’ont encouragé à m’y inscrire», relève-t-il. Mehdi souhaite rapidement développer son expertise pour devenir travailleur indépendant.

■ «Je n’ai trouvé personne pour m’orienter»
Quand il a arrêté ses études en 2012, à l’âge de 15 ans, Yassine ne savait pas quoi faire de sa vie. Dégoûté de l’école, et surtout, poussé à la porte par l’un de ses enseignants qui, selon lui, ne l’appréciait guère, il a pris la lourde décision de tout abandonner. De toutes les façons, il s’absentait trop, ne faisait que traîner avec ses amis et n’apprenait pas grand-chose. «Je n’ai malheureusement trouvé personne pour me conseiller ou m’orienter», regrette-t-il. Dès 2012, il commence à travailler, dans la menuiserie, le plâtre,… A chaque fois, il ne tenait qu’un ou deux mois en poste, parfois une semaine. Il alternait les petits jobs et les longues phases d’oisiveté. «Je n’arrivais pas à m’adapter au rythme du monde professionnel», confie-t-il. Après avoir été victime d’un accident, il reste longtemps chez lui. Jusqu’au jour où, conseillé par des amis, il s’inscrit au centre de formation par alternance de L’Heure Joyeuse. Son passage par les cours de life skills le transforme. «J’avais la mentalité de la rue... Progressivement, j’ai changé. Je sais maintenant comment me comporter. Je veux travailler sans tarder», avance-t-il sereinement.   

■ La revanche d’une ex-petite bonne
La vie n’a pas été tendre avec Touria. Petite fille issue d’une famille démunie à Fès, elle a arrêté sa scolarité en 2007, vers l’âge de 10 ans, alors qu’elle était à la 6e année du primaire. Elle a dû travailler très jeune comme petite bonne chez une famille casablancaise. Néanmoins, Touria, ambitieuse, mais aussi sérieuse et travailleuse, n’a jamais désespéré. Elle a continué à rêver de se construire un avenir meilleur. Devant son enthousiasme, ses employeurs décident de l’inscrire dans la cellule d’insertion et d’orientation  professionnelle de L’Heure Joyeuse. Touria rejoint la Coip en 2013, à l’âge de 16 ans. Une fois son certificat en poche, la Coip l’insère dans un hôtel 5 étoiles à Casablanca. Malgré son faible niveau d’études, l’enseigne décide de la prendre pour une formation d’une année en cuisine, car convaincue par ses aptitudes comportementales. Une chance inespérée pour la jeune femme aujourd’hui âgée de 20 ans. Employée en CDD, elle a pu louer un studio et vivre en totale indépendance.

 

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