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Des brownies à la peau de banane La recette contre le gaspillage alimentaire

Par Reinaldo José LOPES | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager
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A la tête du projet Favela Orgânica, Regina Tchelly a appris à plus de 30.000 personnes à faire pousser des légumes dans peu d’espace et à transformer peaux de bananes, tiges de brocolis, peaux de citrouilles et autres matières premières improbables en mets de choix (Ph. Alan Miguel Gonçalves)

Risotto d'écorces de pastèques, truffes à la peau de banane, pâtes aux pieds de brocoli... comment valoriser toutes les parties d'un aliment et lutter ainsi contre le gaspillage alimentaire. C'est le défi que s'est lancé la société Favela Orgânica et... ça marche!

«A une époque, j’étais terriblement difficile avec la nourriture», avoue Regina Tchelly, 35 ans. Cette cuisinière-entrepreneuse vit à Morro da Babilônia, Rio de Janeiro. «J’aurais refusé de m’approcher de tout ce qui ressemble à une céréale complète». Depuis six ans, pourtant, c’est exactement ce qu’elle fait – et bien plus encore. A la tête du projet Favela Orgânica, Regina a appris à plus de 30.000 personnes à faire pousser des légumes dans peu d’espace et à transformer peaux de bananes, tiges de brocolis, peaux de citrouilles et autres matières premières improbables en mets de choix. Ce qui ne peut être utilisé en cuisine devient du compost pour les potagers de maison.
Le gaspillage de nourriture est loin d’être un problème négligeable, au Brésil et dans le monde. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), jusqu’à un tiers des aliments produits dans le monde sont gâtés ou gaspillés avant d’être consommés. Le Brésil fait partie des dix pays qui gaspillent le plus de nourriture, estime le World Resources Institute: près de 40.000 tonnes par an.
La fondatrice de Favela Orgânica est arrivée adolescente à Rio. Elle a d’abord travaillé comme employée de maison pendant des années, avant de se décider à demander un financement d’amorçage à l’Agência de Redes Para Juventude car un programme gouvernemental de cette agence fédérant les réseaux pour la jeunesse soutient le petit entrepreneuriat social. En 2011, Regina ouvre son premier atelier, chez elle. «Mon plus grand souci est de créer une gastronomie non élitiste. Mes recettes visent une nourriture à la fois abondante, mais aussi riche en émotions, en souvenirs affectifs – des plats que votre grand-mère aurait pu cuisiner pour vous», explique-t-elle.
Anita de Oliveira Santos, une aide-soignante de 42 ans originaire de Morro da Babilônia, dit que les ateliers de Regina lui ont ouvert les yeux en grand. Les recettes qui lui ont immédiatement plu sont le brigadeiro (une confiserie typiquement brésilienne, généralement à base de lait concentré sucré et de chocolat en poudre) à la peau de banane et le risotto à l’écorce de melon. «On l’appelle le Viagra naturel», s’exclame-t-elle.
Regina va bientôt mettre ses recettes et ses conseils à portée d’une audience bien plus large. En août, elle fera ses débuts à la télévision en présentant sa propre émission sur Futura, une chaîne éducative. «Dès qu’il s’agit de lutte contre le gaspillage alimentaire, je suis convaincue qu’il n’y a pas de retour possible», dit-elle. «Le monde entier réclame cette nouvelle approche. Un pays comme le Brésil, avec son immense biodiversité, n’a aucune excuse pour ne pas l’adopter».

Reinaldo José LOPES

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