Affaires

Sidi Harazem: Une décharge menace la source thermale

Par L'Economiste | Edition N°:2483 Le 13/03/2007 | Partager

. Le gestionnaire accusé de ne pas respecter le cahier des charges. La nappe phréatique menacée. La population et les autorités locales tirent la sonnette d’alarmeLa commune de Sidi Harazem est réputée pour son eau et sa source thermale. Située à une trentaine de km de la ville de Fès, celle-ci est très fréquentée par les curistes pour ses vertus curatives des maladies du foie et des reins. Ce site paisible, qui attire le long de l’année de nombreux curistes nationaux et étrangers, est promu pour devenir une destination de choix du tourisme thermal. Dans cette perspective, le commune rurale a mis en œuvre, depuis quelques années, un plan de mise à niveau et de développement. De nombreux équipements de base (électricité, eau potable et routes) et infrastructures d’accueil (parc de jeux pour enfants, café, restaurant, espaces verts…) sont au programme. La commune prévoit également de réaliser plusieurs autres projets pour l’amélioration de l’attractivité du site: camping, piscine, résidences touristiques, un centre de santé... Autant de projets qui risquent, selon Mohamed Kandil, président de la commune rurale de Sidi Harazem, d’être anéantis par la proximité d’une décharge publique. Celle-ci, située sur la commune voisine d’Aïn Beida, cause en effet de sérieux dégâts sur l’environnement et la nappe phréatique de Sidi Harazem. Pourtant, la sonnette d’alarme a été tirée à plusieurs reprises.«Nous avons toujours contesté le choix de l’emplacement de la décharge publique de la ville de Fès en raison de sa proximité des sources thermales et de la nappe phréatique», explique Kandil. De fait, des réunions ont été tenues avec les responsables communaux. Sans succès. Car, finalement, le projet a été autorisé sans tenir compte de son impact sur la source thermale, les douars et terres agricoles. Le quartier Narjiss, la faculté de médecine et l’hôpital universitaire (construit à 2 km de la décharge et qui ouvrira ses portes prochainement) sont aussi menacés. A noter que le site de 110 hectares s’étend le long de la rocade de Sidi Harazem En fait, la décision d’installer la décharge à cet endroit remonte à 2001. La commune urbaine de Fès avait décidé la fermeture de l’ancien dépotoir de la commune Aïn Bouali. L’étude de faisabilité aurait coûté la bagatelle de 4 millions de DH. La gestion a été concédée, par appel d’offres, au groupement américano-marocain Ecomed-Edgeboro-Gesi pour prendre en charge l’aménagement, l’équipement et l’exploitation de la première décharge contrôlée au Maroc. Et ce, dans le cadre d’un contrat de gestion déléguée de 10 ans avec la commune urbaine de Fès. Contrat qui a été élargi à 30 ans. Le cahier des charges de concession prévoit la réalisation de plusieurs travaux  et équipements dont le coût est estimé à 75 millions de DH: routes d’accès, casiers de collecte et de traitement des effluents liquides (lixiviats) et gazeux (biogaz), des ouvrages d’évacuation des eaux de pluies...«L’exploitation de la décharge a démarré en avril 2004 avec des équipements et un matériel adéquat, un mode de gestion et d’exploitation approprié et un personnel qualifié», affirme Hassan Mohammi, directeur technique d’Ecomed. «Toutes les mesures ont été prises pour la bonne gestion de la décharge et la préservation de toutes les composantes de l’environnement: eau, air, sol, faune et flore», ajoute-t-il. Mais après six mois d’exploitation, le biogaz a commencé à se dégager des lixiviats répandant des odeurs nauséabondes sur le centre de Sidi Harazem, les douars avoisinants ainsi que les quartiers limitrophes de la ville de Fès. «Ces odeurs ont commencé à se dégager  plutôt que prévu à cause de la nature des déchets marocains riches en matière organique. On a pris, depuis, toutes les dispositions pour la gestion de ces facteurs de pollution liquides et gazeux, mais il y a un certain pourcentage de biogaz qui échappe toujours des  conduites en polyéthylène dans lesquelles sont refoulés les lixiviats», déclare Mohammi. Devant cette situation, les responsables locaux et les habitants de la région ont attiré l’attention sur les dangers de cette décharge. Les mauvaises odeurs incommodent les visiteurs de la station Sidi Harazem qui n’hésitent pas à fuir les lieux. A ceci s’ajoute le malaise des habitants obligés de vivre dans une telle atmosphère. «Le directeur du seul établissement hôtelier du centre, celui du camping ainsi que les exploitants des piscines se plaignent de l’impact de ces désagréments sur leurs affaires», souligne le président de la commune. Outre l’impact sur l’activité économique de la commune de Sidi Harazem qui tourne autour de la station thermale, le risque de pollution plane aussi sur les  eaux de la source. «La décharge est installée dans un couloir menant directement à la source Sidi Harazem, ce qui constitue un grave danger pour la nappe phréatique et les eaux thermales. Nous avons soulevé ce problème à maintes reprises. Au cours d’une visite du site en 2005, nous avons constaté que la décharge ne comporte aucun des équipements prévus dans le cahier des charges, notamment ceux relatifs à la conversion énergétique du biogaz». En 2006, des  écoulements  des eaux pluviales de la décharge vers la source thermale ont été constatés. «Face à cette situation, nous avons relevé un échantillon et nous l’avons fait analyser dans un laboratoire. Par la suite, nous avons à nouveau alerté les autorités de la ville de Fès sur les dangers de la décharge sur la source et ses eaux consommées par des milliers de visiteurs et également exploitées par la société Sotherma. En vain», ajoute Kandil. Selon un expert en environnement casablancais, le lixiviat devrait être traité avec une technique d’évaporation forcée alors que la société gestionnaire n’utilise qu’un recyclage avec une évaporation naturelle. «Le biogaz qui doit être brûlé par un système actif constitué d’une torchère munie de pompe ne l’est brûlé que passivement avec une sorte de cheminée, reliée au système de collecte du biogaz. La quantité produite dépasse largement la quantité brûlée, ce qui explique les dégagements de mauvaises odeurs», ajoute-t-il. Au sujet de la réalisation d’une installation de bioconversion,  Hassan Mouhammi avance un délai d’une année: «Au début on ne pouvait installer ce système qui permet de transformer le biogaz en énergie électrique en raison de son coût élevé et de l’insuffisance du débit de biogaz produit. Aujourd’hui, grâce à un débit de biogaz de 3.120 litres par minute, on peut passer à une autre étape». Ce dernier affirme qu’un avenant aurait été signé, il y a 4 mois, avec la communauté urbaine de Fès pour la mise en place d’une usine de bioconversion. L’expert casablancais assure toutefois que l’entreprise gestionnaire de la décharge ne peut procéder à la valorisation électrique des effluents liquides (lixiviat) et gazeux (biogaz) sans la connaissance précise des quantités et des débits produits et de leurs teneurs. «Sans ce système de mesure et des autres équipements que l’entreprise s’est engagée à installer lors de la passation du marché,  et surtout sans une gestion efficiente de la décharge, la situation ne peut  que se dégrader. A noter que le danger plane également sur la source de Moulay Yacoub, notamment en cas de débordement des casiers de lixiviats pendant les périodes pluviales», précise l’expert. Dans l’attente d’une solution, la population du centre de Sidi Harazem, des douars et des quartiers proches vont continuer à respirer les mauvaises odeurs d’une décharge supposée être  contrôlée, au prix de 14 millions de DH par an déboursés par la commune urbaine. Mais ce sujet semble d’ailleurs déranger plusieurs responsables de la ville de Fès qui se contentent de «faire la politique de l’autruche». En attendant, l’avenir de la station thermale et de toute la région est en danger. Aujourd’hui, autorités locales, acteurs associatifs et populations ont décidé de se mobiliser pour sauver la station thermale de Sidi Harazem, principale source de revenus de la région. Pétitions, manifestations et sit-in sont prévus. Une action en justice contre la société chargée de la gestion de la décharge est aussi envisagée.


Intérêt

La société Ecomed de droit marocain, constituée de capitaux marocains (40%) et américains (60%), a été  créée par le groupe américain Edgeboro International Inc. L’éthique veut que les entités ayant participé à l’établissement des études ne sont pas autorisées à soumissionner à la réalisation des travaux correspondants. En effet, leur connaissance technique et financière du dossier les place dans une position privilégiée par rapport aux autres entreprises soumissionnaires. Pourtant, c’est le groupement Sadat Edgeboro International Inc qui a élaboré l’étude de faisabilité, le schéma directeur de gestion des déchets solides de la ville de Fès et le dossier d’appel d’offres correspondant. D’où les interrogations de nombreux observateurs.De notre correspondante, Rachida BAMI

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