Tribune

Réflexions sur la maîtrise de l'énergie

Par | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager


L'EXPERIENCE que nous avons acquise au projet GEM, à travers trois années de pratique de maîtrise de l'énergie dans le secteur privé, nous permet d'affirmer aujourd'hui que pratiquement 70% des activités de maîtrise de l'énergie sont économiquement rentables et peuvent donc être commerciales. Autrement dit, il est possible de convaincre, sur la seule base de gains réalisables, le décideur d'une entreprise d'investir dans des projets d'économie d'énergie. C'est là une donnée fondamentale qui peut avoir des implications importantes au niveau de la politique énergétique nationale. En effet, les pouvoirs publics peuvent, à travers des mesures simples, jouer un rôle catalyseur important dans ce domaine. En supprimant les freins structurels existants, au développement de la maîtrise de l'énergie et en créant les conditions propices à l'épanouissement des initiatives du privé, ils peuvent aider à capitaliser et généraliser les acquis réalisés et générer, à moindre frais, des économies d'énergie appréciables pour le Maroc.

Pour ce faire, une nouvelle approche impliquant tous les opérateurs de l'énergie, notamment les pouvoirs publics, l'association professionnelle l'AMGE, les bureaux d'études spécialisés dans les audits énergétiques, les fournisseurs de matériel, les écoles d'ingénieurs doit être adoptée. Il va de l'intérêt national et de l'ensemble de ces opérateurs d'adhérer à une nouvelle orientation cohérente et globale dans ce domaine. Certes, la maîtrise de l'énergie ne va pas résoudre le problème de la forte dépendance du Maroc vis-à-vis de l'importation du pétrole. Elle peut néanmoins contribuer à réduire sensiblement la demande de l'énergie que notre pays doit importer en quantité de plus en plus importante pour faire face aux impératifs du développement économique. A titre d'exemple et pour être concret, prenons le cas du sujet d'actualité: l'électricité. Il existe actuellement un déficit qui sera comblé certainement en 1995 par la mise en service de la première tranche de la centrale d'El Jorf. Le problème a été largement discuté à travers plusieurs articles dans les journaux nationaux. On a parlé de problèmes techniques, des investissements importants nécessaires pour satisfaire la demande électrique, du taux de croissance rapide de cette demande, des factures électriques impayées, de l'impact négatif des délestages sur la production industrielle nationale Le problème dans son ensemble est complexe. Il existe cependant des mesures simples d'utilisation rationnelle de l'électricité qui permettent de minimiser les pertes en ligne, réduire la demande et même retarder les échéances de construction de nouvelles centrales. Je ne prétends pas que de telles mesures sont de nature à résoudre entièrement le problème du déficit. Cependant, et même si le gain sur la demande nationale est estimé à 1 ou 2%, elles doivent être mises en oeuvre à court terme, en attendant le fonctionnement de la nouvelle centrale d'El Jorf. Surtout que ces mesures ne nécessitent pas d'importants investissements, mais plutôt un programme d'incitation, d'information et de sensibilisation des utilisateurs.

Abdelmourhit LAHBABI, Ph. D
Expert-Conseil en maîtrise de l'énergie
Secrétaire Général Adjoint de l'AMGE

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