Culture

Pour apaiser son spleen, Claude Poirier traverse l'AfriqueQuatrième épisode: L'étape gabonaise, le hasard et l'amour

Par | Edition N°:977 Le 16/03/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsLassés d'attendre à Yaoundé, Claude et Kali sont arrivés, sans visa, à la frontière entre le Cameroun et le Gabon. Ils découvrent qu'elle est fermée depuis 10 joursClaude s'approche des douaniers camerounais pour demander des renseignements. Ils lui proposent, afin d'en savoir plus, de passer de l'autre côté de la barrière chez les douaniers gabonais. Kali reste (avec les véhicules et les chiens) côté Cameroun, alors que Claude passe, en pirogue, côté Gabon.Les douaniers gabonais l'orientent vers leur commandant, à Bitam, une petite ville à 30 km. «Il est pratiquement jamais là-bas!« prévient un douanier.Coup de chance, encore une fois: le commandant est là. Mais il ne peut rien faire. Il l'emmène chez le commissaire de la DST. Celui-ci lui demande s'il n'a pas rencontrer au Cameroun, un peu avant la frontière, un troupeau de boeufs. «Si!« répond Claude. «Eh bien, c'est notre bouffe qui arrive«, lui lance le commissaire de la DST.«Les problèmes politiques entre Etats sont une chose, mais la nourriture, c'est plus important«, explique-t-il. Pour faire passer le troupeau, il faut rouvrir les frontières et Claude va en profiter pour traverser. Mais le problème n'est pas encore résolu. Nos voyageurs n'ont pas de visa. Comme du côté camerounais, il était difficile de survivre (il n'y a aucun commerce), le commissaire de la DST gabonaise les autorise à rentrer à Bitam. «Mais si vous n'avez pas de visa, vous devez rebrousser chemin«, les prévient-il. Pas très logique, mais c'est comme ça. A Bitam, ils sont accueillis dans une mission catholique. Là, le prêtre annonce à Claude qu'il organise le soir même un dîner en l'honneur de l'ambassadeur de Guinée. Le voyageur serait le bienvenu.La soirée se passe très bien: on mange bien et rit beaucoup! Et Claude raconte son périple. Parmi les invités, il y a le vice-Premier ministre gabonais (originaire de Bitam) et le préfet de la région. Le lendemain, Claude et Kali obtiennent «gratuitement« le visa et peuvent poursuivre leur voyage.Drôle de chance: quitter Yaoundé sur un coup de tête, arriver à la frontière juste au moment où le troupeau doit passer, dîner avec les notables du Gabon. «Dieu y est certainement pour quelque chose!« s'exclame Claude. C'est d'ailleurs après ce périple que ce dernier a commencé à se poser des questions d'ordre spirituel.Contents, les deux voyageurs décident de rester à Bitam, quelques jours, pour assister à la première messe de deux jeunes prêtres. A cette occasion, ces derniers ont reçu d'énormes cadeaux: chaînes hi-fi, télévisions, magnétoscopes, congélateurs, chambre à coucher en laqué noir. «Prêtre au Gabon: good job!« assure Claude.La halte à Bitam est finie. Direction: Libreville (capitale du Gabon). En plein milieu d'une piste, la flèche de la caravane se casse: impossible de la tracter. Cinq minutes après, un camion arrive et s'arrête. Le chauffeur s'approche de Claude et lui dit: «Pas de problème, il y a la base de la SOGEA (une importante entreprise française de BTP) à cinq kilomètres d'ici. Ils vont tout te réparer«. C'est effectivement ce qui s'est passé. Des techniciens de la SOGEA sont venus sur place et ont tracté la caravane jusqu'aux ateliers. En quelques heures, tout était réparé.Le directeur de la SOGEA a conseillé à Claude d'attendre le lendemain pour repartir: «Il y a un énorme trou plein de boue à 70 km, tu ne passeras pas. Demain, j'envoie un bulldozer qui te frayera un passage«.Décidément, c'est trop pour une coïncidence! Si la flèche de Nadrêva n'avait pas cassé, ils seraient passés à côté de la SOGEA sans s'arrêter et se seraient enfoncés dans l'énorme bourbier, loin de toute aide. Effectivement, le bulldozer leur a tracé un chemin et ils sont passés. Avant d'arriver à la capitale gabonaise, Claude atteint l'équateur, où il s'arrête pour fêter l'événement.A Libreville, «l'une des villes les plus chères du monde«, souligne Claude, les voyageurs se rendent à la base militaire française. Ils y logent une seule nuit, puis sont priés de «quitter les lieux«. Alors, l'évêque de la mission catholique à Libreville les reçoit. C'est là que Claude apprend que les frontières avec la RDC (ex-Zaïre) sont fermées depuis longtemps. Il y a des réfugiés partout, la situation est très tendue donc trop dangereuse. Même chose pour le pays suivant, l'Angola: guerre civile, routes minées... Il était pratiquement certain d'y laisser sa peau et celle de Kali. D'ailleurs, même les ambassades de ces pays leur refusent les visas. Mais, Claude veut absolument rejoindre le Cap en Afrique du Sud. La seule solution qu'il lui reste: la mer. Les voyageurs doivent attendre un mois à Libreville le prochain bateau en partance pour le Cap. C'est en réalité 30 jours de détente. La presse gabonaise parle de l'épopée de Claude. Il devient un héros. Les gens l'applaudissent dans la rue: «Tu vas réussir!« criaient certains. D'autres l'invitaient à dîner… et c'est alors que Claude rencontre Corinne, une Française qui habite Libreville. Agée de 40 ans, c'est la fille d'un des principaux collaborateurs de Omar Bango, le Président gabonais. Claude et Corinne sympathisent rapidement et deviennent de véritables amoureux.Un beau jour, embarquement pour le Cap. Claude, Kali, les véhicules et les deux chiens se lancent dans un voyage à bord d'un cargo panaméen: l'Evagélia. Le tout pour 15.000 FF. Huit jours plus tard, ils atteignent la ville du Cap. Claude s'attend à ce que ses chiens soient mis en quarantaine ou que Kali soit refoulé car n'ayant jusque-là aucun papier… Il aura d'autres surprises.Abdelmohsin EL HASSOUNI

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