Culture

Pour apaiser son spleen, Claude Poirier traverse l'AfriqueDeuxième épisode: La prédiction du marabout

Par | Edition N°:969 Le 02/03/2001 | Partager

Vers 5 heures du matin, le cauchemar de ce train prend fin. Il s'arrête à Choum, en plein désert. Résultats de 10 heures de voies ferrées, tremblement de terre de force 10: l'avant et l'arrière de Nadrêva, la caravane, sont cassés et se baladent dans le vide. Mais Claude doit encore attendre pour pouvoir descendre ses véhicules de la plate-forme: la grue de la gare est en panne. Coup de chance, tout de même, juste derrière la plate-forme, un wagon-citerne avec 70.000 litres d'eau.Claude réussit à rafistoler sa caravane et continue son voyage en direction de Nouakchott. En route, préoccupé par l'état de sa caravane, il s'arrête pour jeter un coup d'oeil. Ses chiens le suivent. Claude remonte dans sa Toyota et oublie ses chiens dans le désert. Environ 4 km plus loin, un véhicule le double en klaxonnant, avec à bord un groupe de personnes qui avaient retrouvé ses deux chiens: «Mon périple est une succession de miracles!» dit-il. A Nouakchott, il rencontre des voyageurs français qui avaient pris le convoi de Dakhla. Tout le monde était au courant de son histoire avec les trafiquants mauritaniens qui, d'ailleurs, le cherchent partout. Ils seraient même en route pour Nouakchott! Pour les semer, Claude décide de ne pas emprunter la route qui mène vers le Sénégal (qui est en bon état). Il passera plutôt par le Mali. En sortant de l'Ambassade de ce pays (où il a obtenu un visa), un Malien l'interpelle. C'est un jeune homme de 29 ans, fauché, qui veut retourner chez lui, à Bamako.Au début, Claude refuse de le prendre avec lui. Le Malien, Kali, insiste et finit par le convaincre. Kali avait vécu 6 ans entre le Sénégal et la Mauritanie et maintenant il rentre chez lui. Dorénavant, ils seront deux à faire ce périple. Entre Nouakchott et le Mali, Claude assure que les routes sont les plus accidentées du monde. «Il m'a fallu 5 jours pour faire 340 km et en conduisant 12 heures par jour», affirme-t-il. 2,4 km à l'heure!A la frontière malienne, les douaniers découvrent que Claude n'a pas d'assurance. D'ailleurs, personne n'a voulu assurer ce voyage de fou, «même pas Axa Grands Risque» souligne-t-il. Comme en Afrique tout finit par s'arranger, les douaniers le laissent passer.Un peu plus loin, un gendarme les arrête: «Mais d'où est-ce que vous venez?» leur demande-t-il étonné. Claude explique qu'il est passé par Néma, près de la frontière mauritanienne. Le gendarme sursaute: «A Néma, l'année dernière, un gang de Touaregs armés jusqu'aux dents a volé neuf véhicules du Paris-Dakar; il y a trois mois, tout un convoi d'Allemands a été pillé…» Une fois de plus, un miracle est survenu.A partir de là, une piste de 500 km environ les attend. Elle est lamentable. L'enfer encore une fois. Cinq jours ont été nécessaires pour atteindre Bamako. Entre-temps, Claude et Kali (qui assurait la traduction) s'arrêtaient dans des villages où ils étaient très bien accueillis.A partir du Mali, les gens n'avaient jamais vu de caravane de leur vie. Kali est devenu un véritable compagnon de route. «Je n'oublierai jamais le fait que Kali ait vendu sa radiocassette pour que l'on puisse payer le carburant». En effet, à la frontière malienne, personne ne pouvait changer les traveller's-chèques de Claude. Et comme ils avaient besoin de francs CFA, Kali a fait le nécessaire. Voilà pour la petite histoire.Un soir, dans un village malien à 100 km environ de la capitale Bamako, Claude rencontre le marabout du village. Celui-ci lui explique que ses problèmes en France sont le résultat d'un gri-gri que l'un de ses associés lui a fait. «Ne t'inquiète pas, le gri-gri se retournera contre cette personne», affirme le marabout en remettant à Claude un talisman qu'il porte toujours à son coup. Claude a du mal à y croire, mais en même temps, tout ce qu'il lui a dit est tellement vrai… Trois mois plus tard, il téléphone à sa femme en France (dont il est séparé) et il apprend qu'elle a un cancer. Il comprend alors que «l'associé» dont le marabout parlait est sa femme! Elle n'avait pas du tout digéré le départ de Claude. Troublante coïncidence. Dès la sortie du village, la route qui est complètement accidentée depuis la frontière, devient, comme par enchantement, facile. Plus de 90 km traversés en 3 heures seulement: «les doigts dans le nez!»A Bamako, Kali et Claude se séparent. Le premier rejoint son village natal. Et Claude, qui loge chez l'oncle de Kali, reste quelques jours à Bamako, le temps de réparer sa caravane. Il y passe Noël 1999, seul. «Pas de réveillon, je me suis couché à 21 heures». La réparation de Nadrêva prend plus de temps que prévu. Kali revient et retrouve son ami toujours à Bamako. Il insiste encore une fois pour continuer le voyage avec lui. Et comme la première fois, Claude finit par céder. «C'est le destin qui a voulu ça!»Pour le visa, l'Ambassade de la Côte d'Ivoire leur demande une somme astronomique. Ils optent alors pour le Burkina-Fasso. L'après-midi même, Claude entend à la radio: «coup d'Etat militaire en Côte d'Ivoire». «Encore un miracle!» se dit-il. Les deux voyageurs traversent donc le Burkina et ont droit à des accueils chaleureux, attroupements autour de sa caravane et étonnements devant les chiens. Au Togo, c'est l'horreur: les routes sont catastrophiques, semées de trous énormes que l'on ne peut pas éviter… et des bandes qui attaquent chaque jour les voyageurs. Le réveillon 2000, ils le passent chez le chef de brigade de la gendarmerie, à Parakou, une petite ville du Togo. Tout le monde chante et danse. Claude est content. Dans le même temps, des tempêtes tuent des gens en France. Il ironise: Moi, je suis là à risquer ma peau sur les routes et il ne m'arrive rien, tandis que mes compatriotes sont bien au chaud chez eux et sont pourtant tués par la tempête. Avant d'entrer au Nigeria, les voyageurs passent par le Bénin. Claude décide de rendre visite à une Française qui gère une ONG à Adjohoun (à 20 km du Nigeria) et qu'il avait rencontrée dans le convoi de Dakhla…Abdelmohsin EL HASSOUNI

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