Entreprises

OCP: 1,7 milliard de DH pour l'équipement de la mine de Sidi Chennane

Par | Edition N°:99 Le 14/10/1993 | Partager

Malgré le choix du site largement déterminé par la proximité des équipements déjà existants, le projet Sidi Chennane coûtera 1,7 milliard de Dirhams. Cette enveloppe tient compte du complexe industriel qui se greffe à l'exploitation de la mine. La gestion de celle-ci sera informatisée. Une ligne de flottation est prévue à Khouribga pour l'exploitation du niveau trois pour le début 1995.

L'OCP-Khouribga est à pied d'oeuvre pour achever les travaux d'installation de la mine de Sidi Chennane qui prendra le relais de Sidi Daoui. L'ouverture de cette nouvelle mine permettra de maintenir la capacité actuelle de production de la zone de Khouribga. Les réserves connues de cette mine sont estimées à 900 millions de tonnes. La durée d'exploitation est estimée à 25 ans.

A l'achèvement des travaux, Sidi Chennane aura coûté 200 millions de Dollars, soit 1,7 milliard de Dirhams, financés par un crédit du gouvernement espagnol à des "conditions favorables".

Récupération des équipements de Sidi Daoui

La nouvelle mine entrera en exploitation en octobre 1994. Dans une première phase, il sera extrait 6 millions de tonnes/an. La production atteindra 10 à 12 millions de tonnes à l'horizon 2.000. A cette date, l'exploitation de Sidi Daoui sera totalement arrêtée.

Dans cette zone phosphatière les ressources sont localisées dans un triangle de 30km de côté, formé par Khouribga, Oued-Zem et Fqih Ben Salah. Toute fois, l'ouverture de la mine de Sidi Chennane marque le déplacement des activités minières dans la province de Béni-Mellal qui englobe 95% des gisements de cette zone.

Sidi Chennane est donc à cheval entre la province de Khouribga et celle de Béni-Mellal. Le gisement qui sera exploité couvre une superficie de 3.000ha. Le terrain a été cédé à l'OCP par l'Etat moyennant une majoration évaluée à 40% du prix, la partie située dans la province de Khouribga étant des terres collectives.

L'équipement de la mine est un projet clé en main. Il est réalisé par l'entreprise espagnole ENI qui a fait appel à quelque 20 sous-traitants locaux et étrangers.

Tous les équipements de Sidi Daoui récupérables seront transférés à la nouvelle mine. M. El Houssaïn Youzalen, directeur des Exploitations Minières de Khouribga, estime que la reprise des équipements de Sidi Daoui ainsi que l'utilisation "au mieux" des infrastructures existantes ont permis l'économie de 200 millions de Dollars. La rentabilité interne du projet est de 20%. Les travaux ont débuté en 1991.

Un complexe industriel

Pour l'exploitation d'une mine tout un complexe industriel doit être greffé. D'ailleurs, la région de Khouribga pourrait elle-même être considérée comme une grande usine.

Plusieurs ateliers meublent un paysage quelque peu désertique, liés par des lignes de convoyeurs. Le désenclavement de la mine a d'abord nécessité la construction de 20km de routes (7m de largeur goudronnée) reliant la RS133 (Khouribga-Fqih Ben Salah) à la RP22 (Oued-Zem-Fqih Ben Salah) et de 12km le long du convoyeur de la liaison (6m de largeur goudronnée). La tranche de 20km a été réceptionnée par le Ministère des Travaux Publics.

A Sidi Chennane, une trémie d'épierrage avec criblage intégré est en construction. La trémie reçoit le "tout venant" chargé dans des camions ou des engins monstrueux de 170 tonnes. Le phosphate est séparé du stérile par un premier criblage à 90x90mm2. Le stérile est concassé pour le stockage.

Le phosphate est alors recriblé à une maille de 15x50mm2. Les refus sont reconcassés. Le produit obtenu est stocké dans deux aires parallèles d'une capacité de 174.000m3 chacune. Trois machines gèrent ces aires de stockage. Deux stockeuses d'une capacité de 2.000t/h répartissent le produit dans les deux aires. Puis une roue-pelle centrale de 2.800t/h alimente la bande du convoyeur en puisant dans ces deux aires. Les concepteurs de cette trémie ont prévue un détournement du tout-venant. En effet, la troisième couche, à faible teneur, sera pour la première fois exploitée.

La "couche trois" sera traitée grâce à l'installation d'une ligne de flottation. L'appel d'offres technique est lancé. La mise en chantier est prévu pour la mi-1994. Les travaux dureront près de 18 mois.

En plus, l'usine de traitement de Béni-Idir sera réaménagée, le but étant une meilleure utilisation des installations pour la gestion des multiples qualités dont le nombre est passé de 8 à 20. Ce réaménagement consiste en un raccordement, un rallongement et un déplacement de plusieurs convoyeurs de débit variant entre 150 et 3.000T/h.

25 km de convoyeurs

La liaison par convoyeurs permet le transport du phosphate criblé depuis les stocks situés sur le site de Sidi Chennane à un nouveau parc de stockage et de reprise dénommé "Sidi El Wafi". Les convoyeurs parcourent 25km.

Le nombre des convoyeurs est de 10 dont 5 principaux. La longueur unitaire des convoyeurs principaux est de 4.000 à 5.500m. La liaison entre deux convoyeurs principaux est matérialisée par un poste électrique. Le transport du phosphate est réalisé sur une bande de 1,2m de largeur. La bande a une vitesse de 4,3m par seconde.

Intégrant les postes électriques, le kilomètre/convoyeur coûte 100 millions de DH.

La mine de Sidi Chennane disposera de sa propre Unité de Gestion et de Maintenance (UGM ). Les bureaux administratifs(1.100m2) seront bientôt achevés. Les responsables voudraient superviser sur place le chantier.

L'UGM, a proximité de Sidi Chennane, comprendra des ateliers (14.500m2) de maintenance, d'entretien et de réparation des engins et des machines de chantier. Un autre atelier dénommé T1 sera spécialisé dans l'entretien des installations fixes.

D'autres bâtiments sont en cours de construction pour le stockage des pièces de rechange, pour la distribution d'air comprimé pour le serrage des boulons ou pour l'affectation quotidienne du personnel aux engins et machines de chantier.

Par ailleurs, la gestion de la trémie de Sidi Chennane, du parc El Wafi et de la liaison sera automatique et télécommandée. "Notre objectif n'est pas l'informatisation en soi, mais la rentabilisation des opérations, l'affection au mieux des moyens d'exploitation et la gestion en temps réel des différentes qualités de phosphates", expliquent les responsables.

L'informatisation mobilise 29 automates programmables, 3 consoles. imprimantes et pupitres, 23km de liaison télécommandée et deux salles de commande. Elle absorbera 5% du coût global du projet, soit 5 millions de Dollars ou près de 44 millions de DH.

La démarche qualité à l'OCP

Dans un contexte international marqué par la crise et la rude concurrence, la qualité s'est imposée comme une des préoccupations majeures de toute entreprise, donc un leitmotiv dans tous les arguments de vente : qualité du produit ou du service, mais aussi en amont, qualité du process de production pour arriver à bout de tous les coûts cachés. Née au Japon, la démarche qualité a fait des émules. Les méthodes se sont développées, depuis, à travers le monde.

Au Maroc, l'OCP se présente comme un des précurseurs dans ce domaine. Les premiers cercles de qualité, installés en 1985, ont mûri. Aujourd'hui, l'Office a maîtrisé son sujet. Il est monté d'un cran depuis 1990 avec la définition d'une "Approche qualité totale". Objectif, améliorer les performances à tous les niveaux. A cet effet, dix "EAQ" (équipes d'amélioration de la qualité) composées de cadres (ingénieurs, financiers...) sont toujours à pied d'oeuvre pour veiller au fonctionnement optimal des services. En dessous, 55 "ECQ" (équipes de coût de la qualité), sont mises en place pour étudier les coûts de non conformité aussi bien au niveau de la gestion que de la production. Après identification des problèmes, les "ECQ" soumettent des projets aux "EAQ" qui, à leur tour, mettent en place des "GAQ" (groupe d'amélioration de la qualité) chargés de trouver des réponses. Actuellement, il existe au sein de l'Office 105 "GAQ". Ce nombre est variable. Un "GAQ" peut, ou être dissous après la résolution d'un problème, ou être reconduit pour s'occuper d'un autre.

En revanche, un cercle de qualité ne disparaît pas, mais ses membres peuvent changer. Chaque cercle de qualité est composé d'éléments volontaires en plus de l'animateur qui dirige les réunions. Les séances se tiennent une fois par semaine en raison d'une heure par rencontre. La méthodologie est standardisée. Elle repose sur quatre étapes, l'identification des problèmes, leur analyse, la mise en place des solutions et la vérification de leur application. Actuellement, les cercles de qualités sont au nombre de 211. Ils mobilisent 2.016 membres et 537 animateurs. La dernière évaluation relève 7.566 problèmes identifiés dont 1.708 définitivement résolus

Sidi Daoui: La fin d'une époque

La fermeture de Sidi Daoui marque la fin d'une longue histoire. Ouverte en 1951, cette mine, qui porte le nom d'un saint de la région, aura été pendant quelques années la plus grande mine de phosphates du monde avec une production annuelle de 10 millions de tonnes. Après 42 ans de service, Sidi Daoui offre ses dernières ressources, abstraction faite de la "couche trois" qui n'est d'ailleurs pas exploitée dans toute la région. Ses installations et ses hommes se déplaceront quelques kilomètres plus au Sud. La fermeture d'une mine laisse souvent des regrets, surtout à ceux qui avaient lié une histoire d'amour à ce "terroir". Mais, de par les trois usines de traitement qui s'étaient greffées tout autour, la lumière jaillira toujours de cette exploitation qui avait pris le relais de la zone proche de la ville de Khouribga.

Fait important, l'ouverture de Sidi Chennane marque le déplacement de l'activité d'extraction dans la province de Béni-Mellal. Cependant, la ville de Khouribga garde jalousement son nom de capital du phosphate, même si elle a appris à vivre indépendamment de cette ressource qui lui a donné une âme. A l'heure actuelle, le phosphate ne concerne qu'environ 50% de l'activité économique de la région. D'autres sources de revenus centrées sur l'élevage s'y sont développées. Dans tous les cas, une tradition de mineur s'y est développée. D'ailleurs, pour le recrutement, les descendants de la "famille OCP" sont toujours privilégiés par rapport à leurs concurrents d'égale compétence. L'activité minière de la région a démarré en 1912 à Boujniba avec l'exploitation des galeries "à fleur de gisement". A l'époque, le phosphate était transporté à dos d'âne et déposé sur un plateau. Il était lavé, séché puis labouré par des chameaux. La main d'oeuvre était d'abord composée d'autochtones. A chaque campagne agricole, les travailleurs retournaient dans leurs terres pour s'occuper des cultures. Pour remédier à ce phénomène, il a été fait appel en grande partie aux Berbères du Rif et du Sud installés dans les premiers villages miniers de Boujniba et de Khouribga. L'activité minière de la région s'est consolidée en 1925 avec la mise en service de la ligne de chemin de fer.

Laïla TRIKI
& Alié Dior NDOUR

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc