Economie

M Berdugo: "Le tourisme doit générer des sensations"

Le tourisme fait toujours recette. La salle de conférences de l'Ecole Française des Affaires s'est avérée encore plus petite pour accueillir M. Serge Berdugo. ministre du Tourisme, et les professionnels venus débattre des problèmes du secteur, à l'occasion de la troisième séance mensuelle de l'année de la CFCIM (Chambre Française de Commerce et d'lndustrie du Maroc) tenue le 31 mars. Pourtant, le thème soumis à la réflexion des conférenciers, "Tourisme: un secteur d'avenir", dégage l'odeur d'un plat maintes fois servi. Mais, pour un ministre récemment installé, dans un secteur pas si simple à gérer et en proie à des malaises passagers mais rudes de conséquences, la rencontre fut une occasion pour exposer la politique de son département devant un parterre de professionnels. Il voulait aussi bénéficier d'un "feed-back".

Deux éléments essentiels ressortent de l'exposé de M. Berdugo: le professionnalisme et la collaboration de toutes les parties prenantes, notamment les responsables institutionnels et le privé (financier, transport, hôtels, agences de voyage, guides...) d'autant que "le Ministère du Tourisme est plus souvent un animateur qu'"un opérateur, un catalyseur qu'un intervenant direct", a-t-il souligné.

Ces deux points ne sont pas tout à fait nouveaux dans le langage des autorités de tutelle. Il n'en demeure pas moins qu'avec plus de conviction et de rigueur ils constituent la trame de l'approche développée par la nouvelle équipe.

Le professionnalisme implique d'abord un autre regard vis-à-vis du tourisme. Pour M. Berdugo, qui se veut "ministre du tourisme et des touristes", "il est essentiel de dépasser la vision réductrice du secteur à un simple pourvoyeur de devises et d'emplois par une autre plus profonde le considérant comme un générateur de sensations, un fabricant de rêves et une source de quiétude".

Il s'agit donc d'accrocher le touriste et lui donner le goût de revenir en lui offrant une prestation sans reproche. Pour cela, tout le potentiel doit être mis en oeuvre en vue de diversifier l'offre. Ceci est justement conditionné par une réelle coordination ou un "nouveau contrat moral" entre les divers intervenants, y compris les pouvoirs publics, à qui le ministre a demandé de rationaliser les attitudes, de moderniser les méthodes et de placer les actions dans le cadre de la loi et des règles déontologiques. Il fallait cependant faire un diagnostic exhaustif et objectif du secteur pour pouvoir l'amputer de certains de ses maux chroniques. De la part d'un intervenant direct mais étranger, cet état des lieux revêt un net intérêt. Ainsi, après avoir mentionné les points forts du tourisme marocain (beauté et diversité des paysages, gentillesse de la population, sécurité de la destination...), M. Jean-Paul Lespinasse, secrétaire général du groupe Accor, n'a pas manqué de mettre le doigt sur des problèmes, certes identifiés depuis longtemps, mais qui continuent de gangrener le secteur aux yeux de la plupart des professionnels.

Parmi les freins au développement du tourisme, le prix élevé du transport vers la destination Maroc a fait l'unanimité. M. Lespinasse, approuvé en cela par la grande majorité des professionnels présents, n'a pas été tout à fait tendre. Il considère qu'un "produit touristique, pour être compétitif, doit inclure une incidence du transport aérien à un niveau suffisamment bas pour que la clientèle puisse venir toute l'année". Sur ce point, M. Noureddine Layt, directeur commercial de la RAM, est monté au créneau pour signifier à l'assistance que le prix du transport ne constitue pas réellement un frein. A titre d'illustration, il a fait remarquer que le plein tarif ne concerne que 8 à 9 % des passagers de la RAM. Des prix qu'il a communiqués, il ressort que la part du transport, dans un package, ne dépasse pas 1.200 FF, environ 2.000 Dirhams, pour une liaison Europe-Maroc et peut même descendre jusqu'à 400 FF, soit près de 700 Dirhams, pour un Paris-Marrakech. Concernant ce volet transport, M. Mohamed Benamour a mis l'accent sur le niveau élevé des taxes aéroportuaires et du prix du kérosène.

En l'absence de Moulay Zine Zahidi, président du CIH, principal bailleur de fonds du secteur, le volet financement, un point important, n'a pu être abordé en profondeur. Mais côté finances, un intervenant a remis sur la table la question de la fiscalité du secteur touristique, "un point qui doit être revu", estime M. Berdugo.

A.D.N.

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