Economie

Les primes des fonctionnaires des Finances font des jaloux

Par L'Economiste | Edition N°:608 Le 04/10/1999 | Partager

· Un chef de division du Ministère des Finances a le même revenu qu'un directeur du Département de l'Agriculture ou de l'Industrie

· Les fonctionnaires veulent généraliser la prime


L'information est d'abord passée inaperçue. Elle s'est ensuite vite propagée comme une traînée de poudre dans les couloirs des ministères à Rabat. M. Fathallah Oualalou, ministre de l'Economie et des Finances, a pris la décision le 1er juillet dernier de revoir à la hausse "le barème de la prime de base semestrielle" réservée exclusivement aux fonctionnaires de son Département. Celle-ci se calcule en fonction de l'échelle et du nombre d'échelons. Cette indemnité vient en complément de la prime de fonction. Ainsi, un chef de division du Ministère des Finances a le même revenu mensuel qu'un directeur du Département de l'Agriculture ou de l'Industrie. Celui-ci tourne autour de 23.000 DH nets. Pour financer ces dépenses non inscrites dans la masse salariale du Budget, le ministre a trouvé l'astuce. Il puisera dans "la masse des services financiers", un compte d'affectation spéciale alimenté par les pénalités des impôts et des douanes et dont le montant pour cette année s'élève à 200 millions de DH.
Si des responsables de ce ministère se frottent les mains, il en va autrement pour les fonctionnaires sans responsabilité qui sont mal lotis. Le mécontentement gagne du terrain.

La décision a provoqué la colère des fonctionnaires d'autres ministères. Nombre de directeurs estiment que ce "traitement inégal" du personnel de l'Administration ne constitue pas une motivation. Pour eux, un directeur du Ministère des Finances ne donne pas plus que son homologue de l'Agriculture ou de l'Industrie. "Les pouvoirs publics donnent l'impression de valoriser le personnel chargé de collecter l'argent au détriment de celui chargé de le dépenser. Pour mieux l'employer, il faudra peut-être songer les motiver", fait remarquer un haut cadre des Finances.
Pour la plupart des fonctionnaires des 40 autres ministères, les primes doivent être généralisées. "Il n'y a pas de fonctionnaires de première et deuxième catégories". Mais songent-ils à lier le revenu au travail effectué? Certains proposent d'instaurer un système en cours dans le secteur privé: le niveau de la prime serait fonction de la rentabilité et de l'efficacité. C'est une piste à explorer dans le cadre de la réforme de l'Administration qui tarde à démarrer.
Par ailleurs, certains craignent de voir l'Administration se vider de sa substance si rien ne change, les cadres performants étant tentés d'aller vers le secteur privé qui offre de meilleurs salaires.
Les détracteurs de la décision de M. Oualalou se trouvent également dans les rangs de son parti. Des militants de l'USFP regrettent que l'argentier du pays n'ait pas "réservé un traitement social" à la masse des services financiers. Pour eux, avec les 200 millions de DH, il est possible d'embaucher pas moins de 2.700 cadres dans l'Administration (qui est déjà pléthorique). C'est environ le nombre des diplômés chômeurs dont une partie organisent des sit-in périodiques devant le Parlement et les ministères.


Les directions concernées


IL s'agit de l'Inspection Générale des Finances, la Direction du Budget, la Direction du Trésor et des Finances Extérieures, La Direction des Etablissements et Participations Publiques, la Direction des Assurances et de la Prévoyance Sociale, la Direction des Domaines, le Contrôle Général des Engagements de Dépenses, la Direction des Affaires Administratives Générales, la Direction des Ressources Humaines, la Direction des Investissements Extérieurs et la Direction des Etudes et des Prévisions Financières

Mohamed CHAOUI

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